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19/05/04

10 on Ten

ailleurs sur le web

Documentaire d’Abbas Kiarostami
(France / Iran, 2004, 83 mn)
Avec Abbas Kiarostami
 
Sélection Officielle Un Certain Regard
     
 Synopsis Sur les traces de « Ten », Abbas Kiarostami nous entraîne le long du processus de création de ses films et nous livre une œuvre à part entière, une percutante réflexion sur le cinéma.
 
Critique Concu au départ comme un documentaire destiné à devenir un bonus sur le DVD de « Ten », « 10 on Ten » est devenu par la grâce d’une sélection à Cannes et d’une prochaine sortie très réduite en salle un film-documentaire à part entière bien qu’un peu décalé. Abbas Kiarostami donne dans ce film une leçon en dix parties intitulées respectivement : Introduction, la caméra, le sujet, le scénario, les repérages, la musique, l’acteur, les accessoires, le réalisateur et la dernière leçon. De prime abord très didactique, ce cours bien particulier est donné depuis une voiture qui roule, caméra braquée sur la réalisateur, en clin d’oeil au dispositif de « Ten », mais les paysages bucoliques traversés sont ceux du « Goût de la Cerise », des collines verdoyantes aux abords de Teheran, en opposition aux décors urbains de son dernier film. De ce « cours », on retient d’abord l’extrême ironie du metteur en scène, tant sur lui-même que sur son œuvre ou sur les déréglements de la société où il vit.
 
 Une longue partie de son discours est ainsi consacrée aux bienfaits de la caméra numérique qui permet une presque totale liberté de créer, de filmer. Le mot « liberté » est ainsi prononcé presque constamment et, très finement, s’insinue un constraste entre cette liberté de mouvement de la caméra, le plan fixe en mouvement de cette caméra dans une voiture en train de filmer ce cinéaste qui parle dans un pays où la liberté est un mot tabou, une attitude qui se paie parfois très cher. Encore une fois, Kariostami jongle avec élégance sur le fil du rasoir avec des réalités douloureuses. Mais le discours prend parfois une allure didactique assez lourde, s’emplit et se désemplit en alternance de poncifs et de belles anecdotes.
 
Par exemple, Kiarostami aime tourner avec des acteurs non-professionnels, il aime qu’ils portent leurs habits et leurs maquillages pour être vraiment eux-mêmes, il aime qu’ils ne voient pas la caméra. Il improvise beaucoup par rapport au script original, il reste fasciné par la réalité si supérieure à l’histoire qu’il raconte. Il se sent un « maldidacte » plus qu’un autodidacte. L’image est orpheline san le son et inversement. La musique est souvent trop présente pour faire oublier un manque de scénario. Il faut oublier un instant la technique et se concentrer sur le récit et la poésie de ce récit. Ne jamais oublier les primitifs du cinéma, pionniers de la simplicité. Mais c’est au terme de ce voyage où l’on aura finalement peu appris de choses sur le cinéaste et ses méthodes, expliquées mais néanmoins toujours mystérieuses et opaques, que quelque chose, enfin, survient.
 
A la fin de ce cours, le cinéaste descend de voiture en haut d’une route escarpée. Il contourne la voiture un long moment hors-champ et l’on entend des crissements ou ruissellement sur du gravier : le « maître » soulage-t-il sa vessie comme un vieux professeur d’université après une conférence trop longue ? Le doute plane. Les rires fusent. Encore une fois, ironie mordante. Ce qui est sûr c’est que le cinéaste dit « je vais vous montrer quelque chose… ». il empoigne la caméra, filme le paysage, un petit arbre, les pierres au sol puis une colonie de fourmis oeuvrant fébrilement. Une fourmi noire parmi d’autres soulève un grain blanc dix fois plus gros qu’elle et l’enfonce dans le sol pour en faire profiter sa communauté, il disparaît avec elle par on ne sait quel ensorcelement. Un travail de titan, un tour de magie, une merveille qui lui aura fait suer sang et eau : comme chaque œuvre d’art, comme chaque film, et le cinéma est là.
 
 Delphine Valloire
 
 
 Synopsis. Le réalisateur Abbas Kiarostami prend lui-même place au volant du taxi que conduisait la protagoniste de son film « Ten » (2002), pour nous offrir un cours de cinéma dans les environs de Téhéran où il avait déjà tourné « Le Goût de la Cerise », Palme d'Or à Cannes en 1997.
 
Critique. À chaque nouveau film de ce grand cinéaste iranien, le plus célèbre avec Mohsen Makhmalbaf, le dispositif technique et les structures narratives ne cessent de s'épurer. Cette fois, Kiarostami braque sa caméra sur le siège passager d'un taxi qui, dans son dernier film « TEN », était conduit par une femme divorcée élevant seule sa progéniture. À l'instar de « Ten » où il nous livrait dix séquences des déboires sentimentaux de six femmes se confiant à une conductrice de taxi, Abbas Kiarostami prend lui-même le volant pour nous donner une leçon en dix parties sur le processus de création de ses films. Il serpente à travers les collines qui encerclent Téhéran, et sept ans après, le fameux cerisier du film « Le Goût de la Cerise » est toujours là, juste un peu plus grand.
 
Bien sûr, le choix du lieu n'est pas fortuit : Kiarostami affectionne tout particulièrement cet endroit, mais surtout, lors de son tournage en 1996, il avait dû pour la première recourir à la caméra numérique après la destruction d'une partie des bobines du film. Pour compléter les bobines manquantes, il avait fallu monter dans le film une partie de la documentation vidéo tournée en marge du tournage. Depuis, Kiarostami est un chaud partisan de la caméra DV, seule garante à ses yeux d'un regard authentique sur son sujet et ses acteurs, qu'il déniche le plus souvent parmi les gens de la rue.
 

Avec la sérénité et le charisme d'un sage professeur qui ne cherche pas à asséner ses vérités, Abbas Kiarostami emmène le spectateur dans son périple de 82 minutes sur des pistes poussiéreuses, afin de lui faire partager sa réflexion sur le cinéma, et en particulier sur la caméra, le sujet, le scénario, les repérages, la musique, l'acteur, les accessoires et le réalisateur. Il n'hésite pas ici et là à illustrer son « idéal du cinéma » à l'aide d'extraits de ses propres films. Au lieu de se rendre esclave de techniques et d'effets spéciaux toujours plus sophistiqués, et de brider sa créativité à lire des modes d'emploi d'une effarante complexité, Abbas Kiarostami préfère opter pour un regard contemplatif : il suffit pour cela de rester assez longtemps assis quelque part, de faire preuve de patience et d'attention pour qu'à un moment ou à un autre le sujet s'impose de lui-même à la caméra. Un peu comme la fourmi qui à la fin du film déploie des efforts titanesques pour enfoncer dans le sol un grain de blé, quand après avoir soulagé sa vessie (on ne voit rien, mais cela s'entend) Kiarostami braque sa caméra vers le gravier qui se trouve à ses pieds.

 Martin Rosefeldt

 

Edité le : 13-05-04
Dernière mise à jour le : 19-05-04