Je me souviens de cette première rencontre avec les bonobos de Lola. Jusqu’à cet instant, « Bonobos, le dernier refuge » n’était qu’un projet couché sur du papier. Ils sont arrivés, puissants et très envahissants. Surtout ne pas bouger, se laisser épouiller sans rien dire, se faire accepter. Tembo a léché ma sueur au goût salé, Happi a fouillé mes cheveux à la recherche d’improbables bestioles ou larves, Mendy a joué avec les tirettes de mon pantalon. Ils grimpaient sur le dos, s’amusaient avec nos sacs ou nos lacets, un vrai bizutage.Puis il y eu les contacts physiques, ces « câlins » l’un contre l’autre et cette émotion de sentir battre le cœur de notre plus proche cousin. Je me souviens surtout de leur odeur. Les bonobos sentent le musc et le sous-bois, un parfum puissant où se mêlent les odeurs de la forêt équatoriale. Cette odeur est à jamais inscrite dans ma mémoire.
Je me souviens du petit matin sur le fleuve Congo. Le calvaire pour trouver deux pirogues et deux moteurs en état de marche fut bien vite oublié. Le Congo est féerique au petit matin : ses brumes mystérieuses laissent à peine deviner les frêles esquifs des pêcheurs. Les piroguiers semblent glisser sur l’eau. L’eau est parfois noire de limon. Je m’y suis baigné avec Pascal après avoir lamentablement perdu au 8 américain. C’était le gage. L’eau est chaude et grasse, un vrai bouillon de culture où il convient de ne pas s’attarder, quelques crocodiles s’y promenant parfois. Nous en croiserons un cinq minutes après le bain, heureusement ligoté par des pêcheurs dans le fond d’une pirogue.Les images se bousculent : les turbulents petits bonobos de la nursery accrochés à la perche de Fabrice, l’ingénieur du son, les échanges avec la formidable équipe de Lola, la magie de l’Afrique luxuriante. Mais si je ne dois en garder qu’une, j’aimerai que ce soit celle du sourire de Claudine André. Dans ce pays en guerre depuis si longtemps où l’on pratique le viol des femmes et le cannibalisme comme arme de guerre, le sourire de Claudine est un miracle. Comment réussit-elle à mener ce projet insensé ? Comment réussit-elle à motiver son équipe dans un contexte social et économique dramatique ? Comment trouve-t-elle les ressources pour trouver du positif dans chaque instant de la vie ? C’est une rencontre rare, Claudine m’a donné une leçon de vie que je n’oublierai jamais.
Dominique Hennequin









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