Dès 1962, les aventures de l’espion des services secrets britanniques sont portées à l’écran avec James Bond contre Dr. No, premier film d’une série qui comptabilise à ce jour 21 épisodes.
Une des particularités de cette série : ses génériques. Mis en musique par Monthy Norman et John Barry, réalisés par Maurice Binder d’abord, puis Daniel Kleinman, ces objets graphiques dont les motifs récurrents figurent les éléments clés du concept James Bond, s’imposent comme un élément matriciel de la série.
“Qu’ils soient interprétés par Sean Connery, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton, Pierce Brosnan ou Daniel Craig, les films de James Bond ont toujours reposé sur le retour des mêmes clichés. Décors exotiques, gadgets improbables, courses poursuites, scènes de torture, bombe menaçant d’exploser, récompense finale : les James Bond sont des fictions ultra balisées et la série est devenue au fil des années une véritable marque de fabrique, un label.Dans l’élaboration de ce label, les génériques tiennent une place particulièrement importante et constituent l’entrée idéale pour évoquer les grandes évolutions du personnage James Bond."
Tout commence en 1962. Les producteurs Harry Saltzman et Albert Broccoli font appel à Maurice Binder, pour concevoir le générique de James Bond contre Docteur No, premier film officiel de la série.
Maurice Binder propose tout d’abord un pré-générique, devenu indissociable de la série. L’intérieur d’un canon de revolver, la spirale, la musique, le rouge sang : tout est déjà là.
Après le pré-générique : le générique. Soit de simples points de couleurs sur un fond noir. Ces points pourraient tout d’abord renvoyer aux éclats de balles de revolver, mais ils font aussi et surtout penser aux pions d’un jeu de dames ou à ceux d’un futur jeu vidéo. Le générique place d’emblée les James Bond sous le signe du jeu, d’une partie à gagner contre un ennemi. Dans la série, l’enjeu sera clairement défini : dominer son adversaire et remporter la partie.
Deuxième intuition du générique : l’abstraction, la caractéristique principale de l’univers de James Bond. Tout au long de la série, l’agent secret croisera des ennemis répondant à des numéros, ses collègues seront dénommés par des lettres comme M ou Q, tandis que James Bond lui-même sera caractérisé par son matricule : 007. Dans tous les films, James Bond sera un personnage sans psychologie, sans morale, sans passé, sans avenir. On ne lui connaîtra aucune famille et pas vraiment d’amis. Venant du néant et retournant au néant, James Bond est une pure abstraction, obéissant à un programme, une mission qu’il exécute machinalement, comme un pion.
Et puis, au milieu du générique, Maurice Binder remplace ses pions par des silhouettes. Poursuite de l’idée précédente : les personnages de la série ne seront rien d’autres que des silhouettes impersonnelles et floues à l’identité peu fiable, monde de l’espionnage, du mensonge et du simulacre oblige. Des personnages avec des contours, mais sans fond. Ces silhouettes décollées de leur décor évoquent également le rapport particulièrement conflictuel que l’agent secret va développer avec le monde réel. Dans tous les films, James Bond naviguera dans des décors de carte postale, réduits à de simples signes comme Big Ben, la Tour Eiffel ou le Golden Gate, des décors de carton-pâte qu’il traversera sans jamais en faire réellement parti. Toujours, James Bond apparaîtra comme décollé, détaché de son environnement, à l’écart du monde, dans un espace-temps connu de lui seul.
1963 : Bons baisers de Russie, deuxième épisode de la série et deuxième générique. Maurice Binder passe la main, il est remplacé par un certain Robert Brownjohn. Ce générique impose l’idée forte de la série : la femme, l’obsession de James Bond. Dans tous les films, il lui faudra les séduire, puis les abandonner une fois la fiction terminée, voire les éliminer. Ici, la femme est utilisée comme un simple support, elle devient un objet, presque un gadget, révélateur du machisme de l’agent secret. Même idée un an plus tard, dans le générique de Goldfinger, et sa célèbre chanson interprétée par Shirley Bassey. Ce sont cette fois des images de James Bond qui se reflètent sur un corps couvert d’or. Le corps de la femme reflète, concentre, absorbe tous les enjeux de la série.
Un an plus tard, nouveau film Opération tonnerre et nouveau générique qui signe le retour de Maurice Binder. Rythmé cette fois par une chanson de Tom Jones, ce générique est devenu un classique de la série et constitue un véritable jalon pour les films à venir. On retrouve des silhouettes de femmes poursuivies par des plongeurs, au cours d’une danse aquatique et érotique. Maurice Binder impose ici le motif bientôt récurrent de la chasse sexuelle. Comme son esthétique, réduite à deux couleurs, le générique décrit un monde binaire. Il y a le bleu et le noir, le vert et le noir, l’homme et la femme, le chasseur et sa proie, le bon et le mauvais côté, le bloc de l’Ouest et le bloc de l’Est, le fort et le faible. Le générique insiste également sur le rôle ambigu joué par la femme dans la série. Cachée dans l’obscurité, nageant dans des eaux troubles, la femme menacera sans cesse de passer à l’ennemi, elle est certes attirante mais dans le même temps dangereuse, double comme une sirène.
1969. Au service secret de sa majesté. Premier grand tournant de la série. Sean Connery refuse d’endosser pour la sixième fois la panoplie de l’agent 007, il est remplacé par un acteur australien : George Lazenby. Succession délicate, mais, après tout, si James Bond n’est qu’un pion ou une silhouette, il peut logiquement être interprété par plusieurs acteurs.À nouveau réalisé par Maurice Binder, le générique introduit un nouvel élément important : le temps. Une horloge, un sablier, des archives du passé : à partir de ce film, le passage du temps devient un enjeu majeur. À plusieurs reprises, la série devra en effet remédier au vieillissement de son acteur principal, et le remplacer par un visage plus jeune. C’est le paradoxe temporel de la série : James Bond doit rajeunir, tout en restant le même. Il doit changer, sans jamais évoluer.
Mais, problème : à la fin du tournage d’Au service secret de sa majesté, George Lazenby refuse de s’engager pour un second épisode. Les producteurs Harry Saltzman et Albert Broccoli sont furieux. C’est sans doute pour cette raison qu’ils improvisent in extremis un autre pré-générique. Pour la première et unique fois dans l’histoire de la série, James Bond disparaît dans le rouge sang. George Lazenby a donc été effacé. Aussitôt vu, aussitôt disparu.Il faudra attendre 1971 et le film Vivre et laisser mourir pour que les producteurs trouvent un remplaçant crédible à Sean Connery. Ce sera Roger Moore qui interprétera James Bond à sept reprises, des années 70 aux années 80.
Avec Roger Moore vient le temps du second degré, de l’ironie, voire même de la parodie. Au fil des années, James Bond accomplira des cascades de plus en plus impossibles, il conduira des engins de plus en plus délirants, il utilisera des gadgets de plus en plus loufoques, tandis que Roger Moore fera de son regard en coin une marque de fabrique.
Les génériques ne résisteront pas à ce vent de parodie soufflant dorénavant sur l’univers James Bond. Dans le générique de L’Espion qui m’aimait par exemple, Roger Moore se livre à des acrobaties particulièrement improbables. L’acteur est alors en roue libre.
Avec Roger Moore, James Bond entre de plain-pied dans l’esthétique des années 80, notamment celle du clip comme dans le générique de Rien que pour vos yeux. Après avoir été novateur dans les années 60, les génériques de Maurice Binder semblent maintenant rattrapés par leur époque, ils sont dorénavant datés.
Signe révélateur : dans le générique de Dangereusement vôtre, les producteurs font appel à des icônes de la pop des années 80 : Duran Duran. Dorénavant, les génériques ne se renouvellent plus, ils tournent en rond et à vide. Nous assistons, en direct, à l’épuisement d’une forme.
À la fin des années 80, Timothy Dalton a beau remplacer un Roger Moore sur le déclin, rien n’y fait, la tentative de rajeunissement échoue. Permis de tuer, notamment, est un échec commercial sans précédent. On dit alors James Bond fini. Il faudra attendre six années avant de le revoir sur les écrans.Six années. Une éternité. Entre Permis de tuer et Golden Eye, entre 1989 et 1995, bien des choses ont changé. Pierce Brosnan a remplacé Timothy Dalton, le cinéma d’action a fait sa révolution à grands renforts d’effets spéciaux numériques, et le monde n’est plus le même depuis la chute du rideau de fer. Et puis, autre changement important, Maurice Binder , décédé quatre ans plus tôt, est remplacé par Daniel Kleinman.
L’élève va alors rendre hommage au maître, dans l’un des plus beaux génériques de la série. Empiètement musical, fondu enchaîné, spirale du temps, Kleinman va mettre en scène le mélange, la transition, le passage de relais, entre l’ancien et le nouveau, entre le James Bond désuet des années 80 et le James Bond moderne des années 90.
Chanson interprétée par Tina Turner comme autrefois Shirley Bassey pour Goldfinger, silhouettes sombres sur un fond abstrait, dualité de la femme, jeu sur l’infiniment grand et l’infiniment petit, vertige : les temps ont beau avoir changé, le monde a beau s’écrouler, partir littéralement en fumée, James Bond, lui, n’a visiblement pas changé. Daniel Kleinman renoue avec le paradoxe cher à James Bond, il parvient à réinventer le même.
Avec les films suivants, Meurs un autre jour, Le Monde ne suffit pas, Demain ne meurt jamais et en attendant le générique de Casino Royale, la nouvelle aventure de James Bond, Daniel Kleinman a donc réussi la transition avec le passé, il peut maintenant laisser libre cours à son imagination la plus folle, grâce à l’avènement des nouvelles technologies. Ses génériques redeviennent comme avant de véritables définitions de la série. Ils nous invitent à plonger dans la matrice James Bond, révélant un monde fait de mécaniques, de programmes informatiques, de circuits et de puces électroniques, un monde vide et transparent, où tout, absolument tout est virtuel, les personnages, et les images. ”Luc Lagier pour Court-Circuit (le magazine), septembre 2006.
- Les 21 films de la série James Bond
1962
James Bond contre Dr. No de Terence Young
(avec Sean Connery et Ursula Andress, 114 min)
1963
Bons baisers de Russie de Terence Young
(avec Sean Connery et Daniela Bianchi, 110 min)
1964
Goldfinger de Guy Hamilton
(avec Sean Connery et Shirley Eaton, 105 min)
1965
Opération tonnerre de Terence Young
(avec Sean Connery et Claudine Auger, 124 min)
1967
On ne vit que deux fois de Lewis Gilbert
(avec Sean Connery et Akiko Wakabayashi, 112 min)
1969
Au service secret de sa majesté de Peter Hunt
(avec George Lazenby et Diana Rigg, 136 min)
1971
Les diamants sont éternels de Guy Hamilton
(avec Sean Connery et Jill St John, 115 min)
1973
Vivre et laisser mourir de Guy Hamilton
(avec Roger Moore et Jane Seymour, 116 min)
1974
L’homme au pistolet d’or de Guy Hamilton
(avec Roger Moore et Britt Ekland (119 min)
1977
L’espion qui m’aimait de Lewis Gilbert
(avec Roger Moore et Barbara Bach (120 min)
1979
Moonraker de Lewis Gilbert
(avec Roger Moore et Lois Chiles, 121 min)
1981
Rien que pour vos yeux de John Glen
(avec Sean Connery et Carole Bouquet, 122 min)
1983
Jamais plus jamais de Irvin Kershner
(avec Sean Connery, Klaus Maria Brandauer et Barbara Carrera, 135 min)
1983
Octopussy de John Glen
(avec Roger Moore et Maud Adams, 125 min)
1985
Dangereusement vôtre de John Glen
(avec Roger Moore et Grace Jones, 125 min)
1987
Tuer n’est pas jouer de John Glen
(avec Timothy Dalton et Maryam d’Abo, 125 min)
1989
Permis de tuer de John Glen
(avec Timothy Dalton et Carey Lowell, 127 min)
1995
Goldeneye de Martin Campbell
(avec Pierce Brosnan et Izabella Scorupco, 124 min)
1997
Demain ne meurt jamais de Roger Spottiswoode
(avec Pierce Brosnan et Michelle Yeoh, 114 min)
1999
Le monde ne suffit pas de Michael Apted
(avec Pierce Brosnan et Sophie Marceau, 123 min)
2002
Meurs un autre jour de Lee Tamahori
(avec Pierce Brosnan et Halle Berry, 126 min)
2006
Casino Royale de Martin Campbell
(avec Daniel Craig et Eva Green)
- À voir
En DVD :
L’intégrale James Bond, soit 20 films édités en coffret DVD par MGM en vente le 30 octobre 2006.
Chaque film est accompagné de nombreux bonus inédits (commentaires audio des réalisateurs, guides interactifs, vidéo-clips, making-off....).
Et dès le 8 novembre, en DVD unitaire.
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En salle :
Le dernier James Bond, Casino Royale de Martin Campbell, adaptation du tout premier roman de Ian Fleming, dès le 22 novembre 2006.- À consulter :
Un site de fan français de James Bond
Un site de fan en allemand
Dossier James Bond
Multidiffusion le vendredi 20 octobre à partir de 14.55 avec, en plus, Le piège un court métrage de Pedro Carvana et Rigolleto, un moyen métrage Barry Purves







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