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Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

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Sortie du 20 octobre 2004 - 28/10/04

2046


De Wong Kar Wai
(France – Chine, 2004, 2h15)
Avec Tony Leung, Gong Li, Zhang Ziyi, Carina Lau, Maggie Cheung
Sélection Officielle – Compétition Cannes 2004

L'entretien avec Wong Kar-wai
 
   Synopsis : Milieu des années 1960. Chow Mo Wan est écrivain. Quand il ne doit pas rédiger des piges pour payer sa chambre et qu’il ne court pas les femmes dans les dédales de l’hôtel où il réside, il s’attelle à l’écriture d’un roman de science-fiction baptisé « 2046 » dans lequel un train part pour une destination du même nom, où les gens peuvent retrouver leurs souvenirs. Personne n’en était jamais revenu, sauf lui. Quand les moments de sa vie et ses relations avec les femmes se superposent avec une similitude troublante, la prose qu’il rédige abondement semble éclairer (ou non) la situation.
 
Critique : On le sait, Wong Kar Wai développe sensiblement les mêmes bribes d’histoire, de film en film. Il s’attache aussi à faire resurgir les figures les plus reconnaissables de son cinéma : un hôtel décrépi, un dandy qui cache ses blessures derrière une nonchalance élégante et des femmes magnifiques qui tentent de dissimuler les leurs derrière une assurance tout aussi vacillante. Ses figures constituent moins les éléments que le matériau d’un cinéma qui semble ne prendre forme qu’à l’étape du montage.
 
Chez Wong Kar Wai, c’est la répétition, l’accumulation où l’annulation d’une scène ou d’une réplique par une autre qui fait sens, au prix de la perdition du spectateur dans ce kaléidoscope où s’entrechoquent sans cessent ce que l’on croit être les mêmes personnages, dans les mêmes couloirs ou les mêmes night-clubs. « Ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même » continue d’être le credo téméraire du réalisateur et « 2046 » est à ce titre son film le plus audacieux, le plus au bord de la rupture.
 
C’est, derrière l’habituel rythme lancinant, qui avait tant plu dans son œuvre précédente, « In The Mood for Love », et qui se trouve tout de même plus malmené ici au profit d’une logique interne toujours plus nébuleuse, une sorte de film de crise. On peut le rapprocher, non pas formellement mais au sein de leur carrière respective, de « 8 1/2 » de Fellini ou de « Lost Highway » de David Lynch, dans le sens où le point limite semble avoir été atteint et ne peut déboucher que sur un crash ou une refonte totale du style du cinéaste dans les années à venir. S’il prend son temps (quatre ans de travail pour « 2046 »), Wong Kar Wai ne s’économise pas. Mais d’un point de vue sensoriel et émotionnel, l’expérience débouche bien sur ce spleen qui parcourt tout son cinéma, un spleen aussi conséquent que le nombre qui donne son titre à ce nouveau film. 
 
 Julien Welter
 
 
 Synopsis: Chow Mo Wan est écrivain. Il travaille sur un roman de science-fiction où un étrange train part pour l'avenir, destination 2046. Tous ceux qui prennent ce train ont un même désir : retrouver leurs souvenirs perdus. Ce roman qui devait parler de l'avenir est au bout du compte un livre sur le passé. Son histoire se transforme en film dans le film.
 
Critique: Wong Kar-waï a trimé près de cinq ans sur ce nouveau film, jusqu'à cette dernière semaine pour être précis. D'où le retard dans l'acheminement de la copie de Paris vers Cannes, où il fallait encore très vite réaliser le sous-titrage pour le festival. Résultat : la projection de presse prévue dans le Grand Théâtre Lumière à 8 h 30 a dû être annulée, ce qui a encore fait monter la tension et le battage médiatique autour du film. Et puis, enfin, vers 22 h 30 et après une attente de près de deux heures, voilà ce qui nous attendait :
 
Wong Kar-waï nous livre la suite de son film IN THE MOOD FOR LOVE, auréolé à Cannes en 2000. Le rôle principal de l'écrivain est tenu par Tony Leung Chiu Wai, l'acteur sans doute le plus connu du cinéma de Hong Kong. Dès le premier plan du film, Wong Kar-waï nous transporte dans un univers hyper-stylisé aux couleurs des années 60, mais dont les formes arrondies sont le fruit d'une esthétique très personnelle : des teintes ocre et or, une immense conque striée de jaune et de noir aux effets hypnotiques. Et puis nous voilà dans ce train en route pour 2046, où un passager (la star du cinéma japonais Takuya Kimura) s'efforce de convaincre une belle androïde (Faye Wong) de descendre du train. Mais la belle n'est qu'une machine insensible à ses avances…
 
Ceux qui connaissent les films de Wong Kar-waï ne se sentiront pas dépaysés : il y retrouveront tous les personnages habituels de son cinéma. Les thèmes aussi sont les mêmes : temps, solitude, lenteur et vitesse sont les thèmes récurrents de son œuvre. Mais à l'opposé de ses films précédents, « 2046 » ne parvient pas vraiment à susciter l'empathie avec ses personnages. Si bien que tous les petits détails du film font l'effet de références à ses œuvres antérieures. Un exemple : Tony Leung fume une cigarette, la caméra s'attarde, le montre en gros plan. Il paraît triste, il pense sans doute à celle qu'il aime, mais une fois encore il passe à côté de la femme de sa vie. Aussitôt, on pense à une scène quasi identique dans IN THE MOOD FOR LOVE, où Tony Leung était adossé à mur et fumait une cigarette au ralenti, avec exactement le même regard. Sans doute, ce moment focalise toute la nostalgie dont un acteur est capable, mais il ne suscite absolument aucune nostalgie chez le spectateur.
 
Plus intensément qu'à son ordinaire, Wong Kar-waï joue avec la répétition de certaines scènes et de légères variations sur des thèmes familiers, en alternant souvent entre le passé des années soixante et le futur de l'an 2046. Si le film est époustouflant côté décors (William Chang Suk Ping) et cadrage (Christopher Doyle, Kwan Pun Leung, Lai Yiu Fai), il est en revanche assez peu convaincant dans son contenu. L'intrigue reste assez légère, et l'excellente interprétation des personnages ne suffit pas à faire de ces deux heures de projection l'événement hors pair qui nous était annoncé.
 
 Nana A.T. Rebhan

Edité le : 28-10-04
Dernière mise à jour le : 28-10-04