2251Raphaël Levy
Editions Somogy, janvier 2005
Collection : Albums
Relié - 143 pages / 45 €
76000 juifs français sont partis dans les camps, seuls 2251 reviendront, marqués pour le restant de leurs jours. Raphael Levy a réalisé 54 portraits, " témoignage visuel d’une génération à l’automne de sa vie ". Vivant avec le poids de ce souvenir, le regard altéré et lointain, ayant frôlé la mort, ces hommes et ces femmes apparaissent aujourd’hui, à travers l’œil objectif du photographe.
Les portraits sur fond noir ou gris " tournant le dos à la nuit ou au brouillard " sont révélés par un éclairage sans artifices, préservant ainsi la force du regard et la prégnance des visages.
Les yeux ne se dérobent pas, affrontant le passé douloureux et silencieux, reflet de l’indicible. Marqués dans leur chair de manière indélébile, leur sourire reste éthéré, presque transparent ; seul l’écho du passé, blessure toujours ouverte, transparaît au travers de ces regards clairs, mis à nu.
Ils avaient parfois à peine vingt ans, certains étaient encore enfants, ou adolescents. Tous pensaient ne pas revenir. Ressuscités, ils ont perdu l’insouciance de leur jeunesse, et souvent leur famille entière, devenant aujourd’hui les uniques témoins.
Les portraits parlant d’eux-mêmes, seules quelques indications, tels la date de naissance, le numéro de matricule, les dates de la déportation et de la libération, viennent troubler le regard, s’étoffant parfois d’une phrase, revers des visages silencieux.
" Soixante ans après, mon conscient ne peut encore croire et appréhender Auschwitz. "
Ainsi cette femme, Isabelle Choko, déportée à 16 ans : " Je suis morte à Bergen-Belsen et ressuscitée entre la France et la Suède pour vivre ma deuxième vie, mais cette fois-ci toute seule, sans père ni mère. "
L’impression dégagée par ces portraits est fortement tenace. Les visages parcheminés, aux multiples souvenirs se dégagent de l’anonymat des milliers de disparus. La mise en avant de l’objectivité, de ces figures vieillies, laisse les regards exprimer ce que les mots ne peuvent que réduire et limiter.
Alexandra Morardet
- Raphaël Levy est né en 1968.
Autodidacte, il a développé une sensibilité picturale qui l'a amené à se concentrer naturellement vers le portrait.
L'idée de faire de façon poétique un tableau de cette génération germait en lui depuis de nombreuses années, nourrie par son patrimoine culturel et ses origines.






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