Synopsis : Chendgdu aujourd’hui : des gratte-ciels à perte de vue et un panorama transformé en permanence. L’usine 420 et sa cité ouvrière modèle disparaissent pour laisser place à un complexe d’appartements de luxe : 24 City. Trois générations, huit personnages : anciens ouvriers, nouveaux riches chinois, entre nostalgie du socialisme évanoui pour les anciens et désir de réussite pour les jeunes. Leur histoire est l’Histoire de la Chine. Critique : L’usine 420 est une fabrique de pièces détachées destinées à l’aviation militaire. Jia Zhang Ke l’investit en mêlant la fiction et le documentaire sans volonté de les opposer ou de questionner cette césure absurde. En réalité, la fiction décolle les œillères du documentaire avec une malice inattendue, lorsque la ronde d’un vigile au sein d’un bâtiment désaffecté est interrompue par la projection d’un pavé - probablement lancé par l’assistant réalisateur - qui brisent les vitraux : enfin il est possible de s’amuser à tout casser sans crainte d’être arrêté par un surveillant ou dénoncé par un collègue, semble nous dire la séquence. Fidèle à Jia Zhang Ke, l’actrice Zao Thao est de la partie. Joue-t-elle la fille d’une ancienne ouvrière qui raconte le calvaire de sa génitrice, les larmes aux yeux, avant de s’en retourner conduire son modèle Volkswagen flambant neuf, ou nous dévoile-t-elle sa propre histoire ? Cette ambiguïté est celle de l’histoire chinoise. Elle se décèle dans l’écoute attentive de ces témoignages dramatiques, voire même tragiques, mais captés le plus souvent dans un cadre agréable, une pièce baignée de lumière, une salle où l’on joue en arrière-plan.
Il ne s’agit pas uniquement d’offrir un contrepoint. Dans les gravas du paysage chinois, c’est toute une manière de concevoir le cinéma que continue inlassablement de dépoussiérer Jia Zhang Ke. Au cœur d’un pays où tant de longs métrages se fabriquent à l’aide de petites caméras numériques et sans l’accord du Bureau du film de Pékin, l’ambition des jeunes réalisateurs est elle-même révolutionnée. Au lieu de désapprouver les conventions, ces derniers se demandent comment suivre une Chine en prise avec un changement perpétuel et gigantesque. Si la société harmonieuse prônée par le président Hu Jintao doit faire son chemin, le cinéma doit trouver le sien. Dans « 24 City », Jia Zhang Ke continue d’associer matériel dernier cri (de la HD au rendu stupéfiant) et monde ancien en fixant calmement la disparition d’un complexe industriel qui laisse place à des lotissements dernier cri. La création se mêle au chaos.
Le cinéaste dépasse aussi cette fascination ou ce dégoût militant envers le progrès. Politiser son film inciterait chacun à l’approuver ou non. Ne pas le faire offre la possibilité de percevoir la Chine autrement, en bousculant les a priori. Les portraits qu’il contient gomment la désignation habituelle du bien et du mal, au profit d’une manière affranchie de penser la mondialisation. De hauts-fourneaux en structures démantelées, leur auteur se porte dans les excavations de son pays, celles combinées de l’industrie et de la mémoire. Gagné par une inspiration inoxydable, il se sent chez lui aux abords des hangars désertés. Lorsque les ouvriers qui ont jadis investi ces lieux s’expriment, le siècle précédent est récapitulé, avec ses vicissitudes et ses joies momentanées, souvent en un seul plan fixe. Ce qui est d’avant-garde devient alors classique et ce qui est classique d’avant-garde : la mise en scène la plus élémentaire signe le renouveau.En friche ou manufacturé, le vingt-et-unième siècle a trouvé avec Jia Zhang Ke un regard à sa mesure.
Julien Welter







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Une vieille fabrique de pièces détachées et ses anciens employés sont le sujet de cette œuvre hybride, une investigation de l’auteur infatigable de « Still Life ».
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