
La présentation du film par la réalisatrice Natalia Kozelskaïa
« Le film est marqué par l'atmosphère dans les milieux intellectuels et artistiques dans les années qui ont suivi la perestroïka. Tchounga-Tchanga est celui d'une chanson enfantine, très populaire en Russie dans les années soixante-dix. Dans cette chanson, Tchounga-Tchanga est le nom d'une île imaginaire, un paradis au soleil, quelque part dans un Sud incertain. La quête de ce paradis, de cette « source vive » est justement ce qui préoccupe les personnages du film. Comment gère-t-on la réalité quand elle flirte avec l'absurde et ne rime pas avec normalité ?
Le film est réalisé dans le style underground des années soixante-dix. Le montage du film permet un accès surprenant et vivant à ces personnages et à leurs œuvres – un peu à la façon d'une rencontre fortuite. Il se veut une sorte d'ouvre-boîte qui éventre la boîte du temps. Le « visage » de ce temps, au travers duquel apparaissent portraits d'artistes, de poètes, d'enfants, reste anonyme, non daté. Cet anonymat souligne la modestie et la présence réelle de ce qu'on appelle le hasard ou le destin. »
Le regard de Natalia Kozelskaïa sur son film, dix ans après
«"L'Unité conventionnelle", en abrégé UC, était, à l’époque de l'inflation en Russie postcommuniste-postmoderniste des années quatre-vingt-dix, le module énigmatique qui avait remplacé l’argent réel. Avec un recul de neuf ans, pendant lesquels j’ai vécu en faisant des études de cinéma en Occident, j’ai retrouvé les figurants de ces modules et leurs énigmes en retournant en Russie – à Moscou et à Saint-Pétersbourg – en tant que voyageuse et, dans un certain sens, "touriste".
Le petit pouvoir des surveillantes à l’Ermitage, leur apparition presque artificielle, les faisait ressembler quasiment à la présence, dans la même salle, des Fenêtres d’Alexei von Iavlenski ou du Cadrat de Malevitch. L’effet de "décalage du temps" dans l’effondrement du système social, l’approche presque anecdotique de la vie quotidienne était écrasante et une source d'inspiration pour mon travail.
Le philosophe français Clément Rosset affirme que le réel est toujours du côté de l'imaginaire et seul à même de le représenter. Au contraire de l'illusion, son diable, notamment en politique - laquelle, on ne le sait que trop, peut accoucher des pires utopies, meurtrières, inhumaines.
Tchounga-Tchanga illustre à merveille, en images, ces croisements universels de l'imaginaire et de l'illusoire. »
Au fil de ses années à l'étranger, Natalia Kozelskaia a réussi à prendre du recul par rapport à son pays natal et, en même temps, à porter un regard moins idéaliste sur l'Occident. Elle vit à Paris et travaille à son nouveau projet de long métrage sur les « Zones de transit » en coproduction avec l'Allemagne, la France, la Bulgarie et la Russie.
Dossier conçu et coordonné par Claire A. Poinsignon








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