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Mardi, 08 février 2005 22h45 - 31/01/05

2ème partie

Thomas Mann et les siens (2/3)


1933 - 1941

La villa de Thomas Mann à Munich est fouillée par des SA pendant qu'il séjourne en Suisse avec sa femme Katia. Le poète redoute que son journal qu'il a laissé à son domicile ne tombe entre les mains des Nazis et que ses écrits les plus intimes ne soient dévoilés. Aussi charge-t-il son fils Golo de le lui envoyer. Cependant, une dénonciation entraîne la saisie de la valise contenant les cahiers – le chauffeur de la famille Mann est un sympathisant nazi, qui apporte la valise dans la "Braunes Haus" de la Gestapo.

Thomas Mann est catastrophé. Il craint, sans doute à raison, que son secret ne soit dévoilé : la police munichoise souhaite en effet l'interner préventivement. Mais pour des raisons que l'on ne s'explique pas, la douane de Lindau finit par laisser passer la valise sans mettre la main sur son contenu sulfureux.

Une vie agitée et nomade commence alors pour les Mann, qui vont d'hôtel en hôtel. Thomas, qui a besoin d'ordre et de protection, est le premier à en souffrir. Katia Mann fait tout pour que son mari retrouve au plus vite le petit monde familier de son bureau et les "petites affaires" qu'il aime tant.

Ils quittent Arosa pour Lugano avant de d'établir sur le littoral méditerranéen français, à Sanary-sur-Mer, qui accueille déjà un grand nombre d'écrivains émigrés qui y passent d'étranges "vacances". Thomas Mann comprend vite que les Nazis ne sont pas qu'un phénomène désagréable qui se dissipera au bout quelques mois. Le cauchemar va durer, car le peuple allemand admire le "Führer".

Contrairement à son jeune frère, Heinrich Mann se sent chez lui en France, d'autant que Nelly a réussi à fuir le Reich et se trouve désormais à ses côtés. Thomas Mann aspire à retourner en terre germanophone, et décide alors d'émigrer en Suisse avec sa famille.

Erika Mann et son amie Therese Giehse ont quitté l'Allemagne, et réouvert leur cabaret "Die Pfeffermühle" à Zurich à l'automne 1933. Erika y reçoit la visite de son frère Klaus, accompagné de son éditeur Fritz Landshoff. Ils souhaitent lancer une revue littéraire allemande en exil antinazie intitulée "Die Sammlung", et essaient de gagner leur père à leur cause; ce dernier reste toutefois réticent.

Le premier numéro "Die Sammlung" contient de violentes diatribes contre le régime nazi, signées notamment de la plume d'Heinrich Mann, ce qui va à l’encontre des conventions passées avec Thomas Mann. Ce dernier, qui est cité comme collaborateur officiel de la publication, s'en offusque et prend ses distances avec " Die Sammlung", craignant de nuire au succès de "Joseph et ses frères" en Allemagne. Il se considère comme une voix qui s'élève de l'exil et s'adresse aux "prisonniers" du Reich. Erika devra adresser un ultimatum à son père dans une lettre pour que celui-ci se décide en 1936 à prendre publiquement et sans aucune ambiguïté position contre les nazis dans le "Neue Zürcher Zeitung". À la fin de l'année, il est déchu de sa nationalité; sa villa et le mobilier qu'elle contient sont vendus aux enchères.

Pour les deux cadets de la famille Mann, Elisabeth et Michael, l'exil est synonyme d'une adolescence à l'étranger. Golo s'installe tout d'abord à Prague. Klaus, le dandy héroïnomane, est devenu écrivain politique. À Amsterdam, il débute un nouveau roman dans lequel il imagine la vie sous le troisième Reich. "Mephisto" est une œuvre magistrale inspirée par son ami intime d'autrefois, Gustaf Grüdgens, promu au rang de directeur du Staatstheater grâce à la protection de Göring. Klaus décrit Gründgens comme l'archétype du sympathisant politique qui, par ambition, vend son talent à un pouvoir scélérat qui a du sang sur les mains.

Thomas Quinn Curtiss, jeune Américain dont Klaus est profondément épris, veut qu’il abandonne la drogue désintoxiquer. La tendre affection qu'il lui porte incite Klaus à suivre une cure de désintoxication. Son père qui finance son séjour à l'hôpital, condamne la faiblesse morbide de son fils, à laquelle il reproche d'être incompatible avec la lutte contre les spectres du fascisme.

En 1938, Thomas et Katia Mann partent pour les Etats-Unis donner un cycle de conférences. Lors d'une conférence de presse organisée à New York, Thomas Mann donne son point de vue sur la perte de sa nationalité et sur son départ d'Allemagne. Sa déclaration s'achève par cette phrase désormais légendaire : "Là où je suis est la culture allemande". Thomas Mann obtient une chaire à l'université de Princeton, et les Mann s'installent définitivement en Amérique la même année.

Klaus et Erika se trouvent déjà à New York; ils vivent à l'hôtel Bedford, résidence de nombreux émigrants européens. Par le biais d'articles, de conférences et de livres, ils s'évertuent à prévenir les Américains des dangers du fascisme. Klaus accumule les dettes et fait une rechute. Sa toxicomanie est plus forte que son amour, et Thomas Quinn Curtiss le quitte.

Elisabeth, alors âgée de 19 ans, fait la connaissance à Princeton de Giuseppe Borgese, professeur en littérature et sciences politiques. Elle tombe amoureuse de cet Italien qui a 36 ans de plus qu'elle, et l’épouse en 1939. Peu après, Heinrich et Nelly, qui vivent toujours à Nice, échangent leurs consentements. Leur séjour dans le Midi de la France touche à sa fin. Nelly, tenue à distance par la famille Mann, se sent étrangère. Dans une étrange communion avec Klaus, elle pense sans cesse à la mort ; l'alcool est son meilleur ami. Avec l'entrée des troupes allemandes dans Paris en juin 1940, l'Allemagne hitlérienne se rapproche dangereusement des émigrés. Après une fuite épique par les Pyrénées, Heinrich et Nelly Mann parviennent à gagner Lisbonne d’où ils rejoignent les États-Unis. Lors d'un dîner donné à l'occasion de son soixante-dixième anniversaire – auquel participe toute la famille Mann qui s'est retrouvée à Los Angeles où Thomas s'est fait construire une nouvelle maison – Heinrich exprime toute son affection à sa femme Nelly dans un discours. Toutefois, la conduite déplacée de Nelly et son alcoolisme évident la mettent au ban de la communauté des intellectuels allemands en exil…

Edité le : 31-01-05
Dernière mise à jour le : 31-01-05