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Le fabuleux destin des inventions - 29/12/04

3 - Euphorie et désenchantement

2000 Volt ont raison du "câble de l'avenir"


Le 5 août 1857, l’opération commence. Après cinq milles marins seulement, le câble se casse dans la dérouleuse. Un mauvais présage, même si la réparation réussit.
Le câble doit être épissé avec celui de l’autre navire au milieu de l’Atlantique. Un contact permanent est maintenu avec la station terrestre pour tester le fonctionnement du câble. Durant dix jours, tout se déroule sans le moindre incident. Soudain, la catastrophe. Après 330 milles marins, le câble se rompt à nouveau. Un ingénieur a freiné trop brutalement la dérouleuse. L’équipage tente plusieurs fois de fixer une bouée au câble. En vain. Cyrus Field et ses hommes sont anéantis : un demi million de dollars coule au fond de l’Atlantique.


Comme par miracle

L’opération est relancée une année plus tard. Cette fois, les deux bateaux partent du milieu de l’Atlantique, mais ils sont pris dans une terrible tempête. Une fois assemblées les deux extrémités de leur câble respectif,
l’ « Agamemnon » doit assurer la pose vers l’Irlande et le « Niagara » celle en direction de Terre-Neuve. La mission semble toutefois marquée par la malchance. À peine le câble est-il joint qu’il se rompt. Les navires doivent sans cesse regagner leur point de départ. Démoralisés, les ouvriers reprennent l’opération depuis le début vingt jours durant. Ils réussissent finalement à épisser durablement les deux moitiés de câble.

Comme par miracle, les deux navires arrivent à destination sans le moindre problème après avoir chacun posé plus de 1 800 kilomètres de câbles. Le 5 août 1858, l’« Agamemnon » atteint la côte près de l’île de Valentia sous les coups de canon de l’artillerie irlandaise. Le même jour, l’équipage du « Niagara » annonce l’arrivée du câble dans la baie de la Trinité, à Terre-Neuve. Pour la première fois de l’histoire, l’Ancien et le Nouveau Monde sont reliés par la télégraphie.


On fête les héros


L’événement déclenche l’euphorie et des jours de festivités avec parades et banquets. Des tranches de câbles inutilisés sont vendus par le joaillier Tiffany sous forme de rondelle sertie dans une broche, accompagnée bien sûr d’un certificat d’authenticité délivré par la compagnie désormais célèbre de Cyrus Field.
Considérés jusque-là comme des fantaisistes, Cyrus Field et ses associés deviennent en une nuit des héros. Grâce au télégraphe, le gouvernement britannique peut annuler un ordre de transfert de ses troupes du Canada vers l’Inde, épargnant ainsi une fortune.


Une décision fatale

Alors que Field célèbre encore son succès, le câble commence à montrer des signes de faiblesse. La transmission des vœux de la reine d’Angleterre au Président des États-Unis met plus de seize heures à franchir l’Atlantique. Parmi les questions les plus fréquemment télégraphiées à l’époque : « Avez-vous bien reçu mon message ? » ou encore : « Pouvez-vous répéter, je vous prie ? » La qualité des signaux fléchit de jour en jour. Cyrus Field est profondément inquiet. Seuls 270 messages ont pu être envoyés en un peu moins d’un mois. Field soupçonne son ingénieur en chef, un ancien chirurgien du nom de Whitehouse, d’avoir commis une erreur de conception pour le câble. Les signaux devenant de plus en plus faibles, l’autodidacte Whitehouse prend une décision fatale. Il se dit qu’en augmentant le voltage, les impulsions seront plus fortes.

Il fait envoyer 2 000 volts dans le câble instable. La première liaison de télégraphie transatlantique reçoit le coup de grâce : le câble est grillé dans les fonds marins. Après la défaillance du câble, le public change radicalement son opinion sur Field et son projet. On l’accuse même d’être un charlatan, un spéculateur ; un journal avance en effet qu’aucun câble n’a jamais été posé et que Field aurait tout inventé pour se faire de l’argent en bourse. Une chose est sûre, sa compagnie de télégraphe fait banqueroute.

© ZDF/Axel Engstfeld Filmproduktion

Edité le : 29-12-04
Dernière mise à jour le : 29-12-04