"75 Cl de prière" (moyen métrage, 1993, 30 mn)
"Corps inflammables" (moyen métrage, 1995, 40 mn)
"Froid comme l’été" (2002, 1h30)
Entretien avec Jacques Maillot à propos de "Froid comme l'été"
(réalisé à Belfort en 2002 par
Anne Claire Cieutat et Olivier Bombarda)
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Synopsis : « 75 Cl de prière » et « Corps inflammables » dessinent le portrait d’un groupe. Le premier met à profit une soirée de retrouvailles apparemment anodine, qui va dégénérer pour entraîner le dispersement de chacun. A l’origine du malentendu, une pratique exotique consistant à enfermer dans une bouteille vide (de 75 cl) des messages de vœux, y compris les souhaits qu’il vaudrait mieux taire. « Corps inflammables » début lui aussi par une fête, pour faire état des relations impossibles en quatre personnes, qui ont tous en commun de ne pas être épris de la bonne personne, ou de ne pas savoir mettre de l’ordre dans leur désir. Les altercations sont inévitables, mais le rapprochement peut encore s’opérer. « Froid comme l’été » met en parallèle le parcours de deux femmes. La première est mère, mais se sent comme étrangère à tout, jusqu’à abandonner sa fille de 14 mois qui décède. La seconde, qui ne peut avoir d’enfant, enquête sur ce fait-divers et doit retrouver cette énigmatique criminelle, partie sans savoir pourquoi sur les routes du sud de la France.
Critique : Avec « Nos vie heureuses », sorti en salles en 1999 et également disponible en DVD chez Blaq Out, Jacques Maillot semble avoir poussé au bout la logique du film polyphonique qui caractérisait son cinéma. Long de 2h30 et mettant en situation près d’une quinzaine de personnages pour esquisser un état de la jeunesse en France (exercice à l’époque très courant, entre les films d’Arnaud Desplechin – Comment je me suis disputé -, ceux d’Olivier Assayas – Fin Août, début septembre - ou de Pascale Ferran – L’Age des possibles), le film n’avait pas vraiment convaincu. On peut en trouver les ébauches dans les deux moyen métrages qui l’ont précédés, où l’exercice du film de groupe permet à Maillot de préciser un style où l’âpreté ne s’oblige pas à être agressive. Le réalisateur privilégie une sincérité des sentiments, jusqu’à la candeur, ce qui a souvent fait défaut aux cinéastes précités (notamment Desplechin et Assayas), tentés par un formalisme plus marqué.
Réalisé pour la télévision, « Froid comme l’été » est sans conteste le meilleur film de Jacques Maillot, celui où il a intelligemment pris le parti de se restreindre à deux personnages principaux et de mettre en avant leurs silences et contradictions plutôt que de les expliciter en les dialoguant. Dérangeant par les questions essentielles qu’il pose comme par sa manière de toucher à une valeur martelée comme essentielle (la fibre maternelle), « Froid comme l’été » observe le devenir d’une jeune femme toute simple, dont l’existence morne et la maternité par accident ont semble-t-il tué tout élan, au lieu de favoriser son émancipation. En lui opposant une femme d’un caractère plus affirmé, mais néanmoins faillible, Jacques Maillot demeure habille et équivoque, sans s’égarer pour autant dans la distance. La générosité qu’il manifestait dans ses premiers films a simplement su se canaliser dans un récit remarquablement économe.
Les bonus : Puisque les films de Jacques Maillot se sont toujours appuyés sur le travail des comédiens plutôt que sur l’affirmation d’un style ou d’un discours ostensible, un premier entretien vidéo questionne Olivier Py, dramaturge mais surtout acteur, et à ce titre collaborateur de longue date de Jacques Maillot. Le deuxième entretien, où s’exprime seul le réalisateur, détaille la production des trois films inclus sur le DVD, renseignant mieux sur des choix (celui de Sarah Grappin, la mère fugitive de « Froid comme l’été », dont le physique est aussi maternel que son visage sait se faire opaque) qui ont contribué à la réussite de ses films sans dénaturer leur propos.
Julien Welter






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