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Les mercredis de l'histoire Les mercredis de l’histoire proposent une approche critique des événements et épisodes de l’histoire européenne et internationale.

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Image historique du mois - 11/03/10

Une photographie, combien d’histoires ?

Une enfant hurle en courant sur une route, les bras écartés. Elle est nue. Derrière elle s’élèvent d’épais nuages noirs. Autour d’elle, d’autres enfants pleurent. À quelques mètres derrière eux, des soldates en armes courent, eux aussi. Tous fuient devant le feu qui embrase leur village.

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Ce cliché de la guerre du Viêtnam, pris en 1972 dans le sud du pays, à Trang Bang, a fait le tour de la planète. Quand le jeune photographe Nick Ut Cong Huynh croise le chemin de Kim Phuc, elle vient d’échapper à une attaque au napalm lancée par l’aviation sud-vietnamienne. Cette fillette, au centre de la photo, est gravement brûlée. Nick Ut déclenche l’obturateur et la conduit à l’hôpital. Elle a neuf ans.

« Cette photo a donné un visage aux victimes anonymes »

Pour cette photographie, Nick Ut a obtenu le prix Pulitzer. Elle a été reproduite à des millions d’exemplaires ; à elle seule, elle a révélé l’horreur de la guerre du Viêtnam. Pourquoi elle plutôt qu’une autre ? A-t-elle influencé l’issue de la guerre, comme certains experts le prétendent ?

A ne pas manquer

La petite fille brûlée du napalm
Une photo accuse

Comment la photo d'une petite fille est devenue le symbole de la cruauté et de l'absurdité de la guerre.

sur ARTE : mercredi, 17 février 2010 à 21:25
Pour le documentariste Marc Wiese, une chose est sûre : la petite Kim Phuc a donné un visage aux innombrables victimes anonymes. C’est pour cela que l’auteur du documentaire « La petite fille brûlée au napalm. Une photo accuse » a tenu avant tout à parler de tous ceux dont l’existence a été déterminée par l’événement de Trang Bang et par la photo qui y a été prise. Ce qui fascine Marc Wiese, ce sont les histoires dans l’histoire. N’est-ce pas un incroyable hasard que les protagonistes de son film, qui tous se trouvaient au même endroit au même moment, soient toujours restés amis ?

Le seul fait que Nick Ut ait travaillé ce jour là à Trang Bang pour Associated Presse est le fruit d’un triste concours de circonstances. « Nick n’a pu prendre cette photo que parce que son frère est mort » raconte Marc Wiese. Nick Ut était en effet entré à l’agence AP pour remplacer son frère Huynh Cong La qui avait été mortellement blessé en 1965 alors qu’il était en mission dans le delta du Mékong.

« Ce cliché n’a pas modifié le cours de la guerre »

L’historien Gerhard Paul a analysé la réception de cette photo de Kim Phuc. Si elle a eu un tel impact dans le monde entier, c’est parce qu’elle allie une prise optimale à un cadrage idéal. Le cliché d’origine montrait à droite les autres photographes en train de travailler. En coupant cette partie, la petite fille était mise au centre.

L’enfant qui hurle arrive face à l’observateur et le force à réagir. Le corps entier de Kim Phuc communique sa douleur, raconte une histoire. Gerhard Paul compare l’impact de la photo de Nick Ut au « Cri » d’Edvard Munch. Il ajoute que l’effet de la photo se trouve renforcé du fait qu’elle représente des enfants : « Dès que des enfants sont en jeu, l’émotion est décuplée ». Et les volutes noires, à l’arrière-plan, laissent présumer du pire.


Conseil de lecture

Denise Chong :
« La fille de la photo ».
Belfond 2001

Un jour, Kim Phuc fait le choix de raconter son histoire, « ce sera son gagne-pain » écrit Denise Chong. Mais très vite elle devient la cible des journalistes qui la harcèlent, l’appellent, sonnent à sa porte jour et nuit. Ce livre est aussi l’histoire du Viêtnam et de la guerre du Viêtnam.
Mais pour Gerhard Paul, ce cliché est aussi à l’origine d’une erreur d’interprétation et de tout un mythe. Pour la plupart de nos contemporains, la photo est mise en relation avec une attaque américaine. Or, c’est l’aviation sud-vietnamienne qui, le 8 juin 1972, a largué des bombes au napalm sur Trang Bang, croyant que s’y trouvaient des soldats nord-vietnamiens.

Gerhard Paul se méfie en outre d’une certaine tendance à surestimer l’importance de cette photographie. Dans le documentaire de Marc Wiese, on entend Alexander Butterfield, proche collaborateur de Nixon, déclarer dans les années 1970 que « si quelqu’un disait de cette photographie qu’elle a modifié le cours de la guerre, [il] y souscrirait ». Une affirmation que l’historien trouve exagérée. « Le gouvernement américain a reproché aux médias de l’avoir attaqué par derrière, à l’image de ce couteau qu’on vous plante dans le dos. » Il est aujourd’hui encore souvent reproché aux médias d’être la cause de la défaite américaine au Viêtnam. C’est faux. « À ce moment-là, les Américains avaient déjà commencé à se retirer du Sud-Viêtnam. Sur le plan militaire, la guerre était déjà perdue », explique Gerhard Paul.

Propos recueillis par Miriam Arndts

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Sur ARTE :

La petite fille brûlée au napalm
Une photo accuse

La petite fille brûlée au napalm
mercredi, 17 février 2010 à 21:25
(Allemagne, 2009, 53mn)
WDR/ARTE
Réalisateur: Marc Wiese

Comment la photo d'une petite fille est devenue le symbole de la cruauté et de l'absurdité de la guerre.

Le 8 juin 1972, Nick Ut Coong Huynh, photographe de l'agence Associated Press, croise une petite fille de 9 ans qui court en hurlant sur une route vietnamienne. Elle vient de réchapper à un bombardement au napalm et présente d'atroces brûlures. Le journaliste appuie sur le déclencheur de son appareil, puis s'empresse de faire évacuer l'enfant vers un hôpital pour grands brûlés à Saigon. Sans lui, Kim Phúc ne serait plus de ce monde. Parallèlement, sa photo parvient aux rédactions américaines. L'image fera le tour du monde. De son côté, Kim Phúc devient une sorte d'icône pour la propagande du régime communiste vietnamien. Elle fait des études de médecine, puis se rend à Cuba pour apprendre l'anglais et l'espagnol. Au début des années 1990, elle se réfugie au Canada avec son mari. Depuis 1994, elle est ambassadrice de bonne volonté de l'Unesco.


Edité le : 21-12-09
Dernière mise à jour le : 11-03-10