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Chine: Société

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Chine: Société

03/02/03

Gao Xingjian - Biographie illustrée

GAO XINGJIAN, PREMIER PRIX NOBEL DE LITTERATURE CHINOIS

L’exil et l’engagement
Toute la vie de Gao Xingjian est marquée par l’exil. En période de troubles politiques, il a toujours cherché à prendre ses distances vis-à-vis de l’épicentre politique pour attendre le retour au calme. Il considère que l’exil est la meilleure solution pour échapper à une menace politique. « L’auteur n’est pas la conscience de la société et la littérature est encore moins le reflet de cette société. Elle n’est que fuite vers les bans de la société. Celui qui se met à l’écart peut observer en gardant la tête froide. Il ne rend de compte qu’à lui-même : son regard transcende sa propre personne et il peut exprimer ce qu’il observe avec des mots. »

Cette position à la marge de la société revêt un autre aspect : celui de l’engagement politique. Quitte à déclencher une polémique, Gao prétend que le talent de Lu Xun (reconnu comme l’un des plus grands auteurs chinois du 20ème siècle) aurait été décuplé si celui-ci ne s’était pas engagé politiquement. Et il insiste : « Je déteste tous les termes qui expriment la notion de « collectif », comme peuple ou patrie. » Gao prend donc ses distances par rapport au nous de la Révolution culturelle dévoyé par le langage politique et plaide pour une responsabilité individuelle de l’auteur qui n’a d’obligation qu’envers la langue et lui-même.

Biographie

Gao Xingjian, né le 4 janvier 1940 à Ganzhou (Province de Jiangxi) dans l’Est de la Chine est aujourd’hui de nationalité française. Il est à la fois écrivain, dramaturge, traducteur, critique, metteur en scène et peintre. Gao Xingjian a grandi dans les années qui ont suivi la guerre sino-japonaise dans une famille libérale et très ouverte aux idées occidentales. Son père était employé de banque, sa mère comédienne amateur. C’est elle qui très tôt a suscité l’intérêt de Gao pour le théâtre et la littérature. En 1962, il termine ses études de français à l’institut de langues étrangères de Beijing.

Pendant la Révolution culturelle (1966 à 1976), il est envoyé en rééducation dans les campagnes des provinces de Jangxi et Anhui, et il est obligé de brûler les manuscrits qu’il a déjà écrits (environ trente kilos de papier). C’est à la campagne qu’il s’imprègne de la tradition de transmission orale. Cet environnement lui paraît plus permissif et plus créatif que le Nord, trop marqué par le confucianisme. En 1975, il repart à Beijing pour reprendre ses activités professionnelles. Le Parti a toujours besoin de gens qui maîtrisent une langue étrangère, mais Gao se sent surveillé et décide de brûler les pages qu’il vient de réécrire, c’est-à-dire à peu près un million de signes.

En 1979, il effectue son premier voyage à l’étranger, en Italie et en France, en tant que traducteur de l’écrivain Ba Jin et du poète Ai Qing. Il traduira ensuite Ionesco, Prévert et Robbe-Grillet en chinois.
Entre 1980 et 1987, il publie dans des revues littéraires chinoises des nouvelles, des essais, des drames et des monographies telles que Premier Essai sur l’Art du Roman Moderne (1981), qui a déclenché un débat très animé sur la signification et la pertinence du modernisme et du réalisme dans la littérature. Il remet en question le réalisme socialiste et devient la cible de la critique conservatrice.

Plusieurs de ses pièces expérimentales d’un style nouveau - inspirées de Brecht, de Artaud et de Beckett - ont été jouées au théâtre populaire de Beijing où il travaillait depuis 1981. Ses débuts sont marqués par le succès houleux de son drame Signal d’Alarme (1982). Mais c’est avec sa pièce absurde Arrêt d’autobus (1983) qu’il fera sa percée. Pendant « le mouvement contre la pollution intellectuelle » (fin 1983), cette pièce sera interdite et Gao Xingjian subira des attaques virulentes.
C’est à ce moment-là qu’il entame un long voyage dans le sud ; les mythes et légendes qu’il y recueillera se retrouveront dans sa pièce intitulée L’homme Sauvage (1985) qui connaîtra un franc succès sur scène. En 1986, la pièce L’autre Rive est interdite et depuis cette date, aucune pièce de Gao Xingjian n’a été jouée en Chine.

En 1987, Gao Xingjian quitte définitivement la Chine sur une invitation du Morat Institut für Kunst und Kunstwissenschaft (Institut d’art et des sciences de l’art) de Fribourg. En 1988, la direction régionale d’aide à la création lui propose de venir à Paris en tant que réfugié politique. En 1989, au lendemain du massacre de la Place Tiananmen, il rend sa carte du Parti communiste chinois. Après la parution de La Fuite qui se déroule dans le contexte de ces événements, le régime le déclare persona non grata et censure ses écrits. C’est à la suite de cela qu’il déclarera publiquement ne pas souhaiter retourner en Chine tant que ce pays sera autoritaire et autocratique.

En 1982, il entame la rédaction de son roman phare La montagne de l’âme qui sera publié en 1990. Il y retrace, sous forme d’odyssée à travers le temps et à travers l’Empire du milieu, la quête d’un personnage à la recherche de ses racines ainsi que de la paix et de la liberté intérieures. En 1999, il publie un ouvrage davantage autobiographique le Livre d’un Homme Seul.

Avec la pièce Au bord de la vie, Gao Xingjian commence à écrire en français. Il existe donc deux versions originales de cette œuvre. Il signe sa première mise en scène avec la pièce Dialoguer - Interloquer à Vienne, en Autriche (voir photo). Bon nombre de ses œuvres ont été traduites en plusieurs langues et ses pièces sont jouées aux quatre coins du monde. Ses peintures à l’encre de Chine ont fait l’objet de plus d’une trentaine d’expositions internationales et il illustre lui-même les couvertures de ses livres. En 1992, Jack Lang, alors Ministre de la culture, lui remet les insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

En l’an 2000, il reçoit l’honneur suprême : il est le premier écrivain chinois à devenir Prix Nobel de Littérature. Cela faisait de nombreuses années que l’on se demandait qui, parmi les lauréats potentiels, dont le poète chinois Bei Dao qui vit actuellement en Suède, serait le premier à recevoir cette distinction…

Sascha Hartmann
De nombreuses informations sont tirées du livre "JA oder/und NEIN (1992). Ein Drama von Gao Xingjian", de S.Hartmann, Projekt Verlag, Bochum.



Invitation pour la représentation de la pièce "Dialoguer - Interloquer" à Vienne, Autriche, au Théâtre du Clin d'Oeil.
L'image est une reproduction d'un tableau de Gao Xingjian.




Gao Xingjian pendant les répétitions de "Dialoguer - Interloquer" à Vienne, Autriche, au Théâtre du Clin d'Oeil.

Crédit photo : Sascha Hartmann

Edité le : 22-04-04
Dernière mise à jour le : 03-02-03


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