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Cannes 2005 - Compétition - 23/05/05

A History of Violence

Un film de David Cronenberg


Un homme tue deux malfaiteurs pour protéger son restaurant. Sa célébrité lui vaut d’être poursuivi, ainsi que sa famille, par des mafieux dangereux.

(Canada / USA, 2005, 96 mn)
Avec Viggo Mortensen, Maria Bello, Ed Harris, William Hurt

Synopsis : Au cours d’un braquage, Tom Stall abat deux malfrats qui menaçaient la vie d'employés et de clients de son restaurant. Il est acclamé en héros par les habitants de sa petite ville et son aventure s’étale à la une des médias. Alors qu’il essaie de retrouver une vie normale, un certain Carl Fogarty débarque, convaincu d’avoir reconnu en Tom celui avec qui il a eu autrefois de violents démêlés. Tom a beau nier, Fogarty et ses hommes le traquent et menacent sa famille…

L'interview avec David Cronenberg
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Critique : David Cronenberg fait la révolution par l’épure dans sa mise en scène. « A History of Violence » suit un schéma simple mais efficace, une intrigue linéaire. L’apparente tranquillité de l’ « American Way of Life », comme le dit ironiquement le mafieux joué par Ed Harris, se trouble seulement lors de scènes d’ultra-violence. Le contraste qui est ainsi provoqué a deux conséquences, elles aussi très contradictoires. Au choc et à l’effroi devant les chairs déchirées et sanguinolentes s’ajoute souvent un rire qui protège cette réalité grotesque de la mort. Cronenberg joue beaucoup sur cette ironie cruelle pour donner du jeu, de la distance mais aussi un certain degré de réflexion au film.

La violence dont parle le titre entraîne de multiples conséquences inattendues dans la vie de cette famille parfaite. Elle remplace l’insouciance par la peur et la paranoïa. Elle suscite la haine et la colère là où il y avait un amour inconditionnel. Le cinéaste va plus loin en montrant que cette même violence peut susciter l’admiration et la gloire quand elle est utilisée pour le « bien » d’une communauté et aussi engendrer un désir sexuel irrépressible. Avant l’attaque du restaurant, la sexualité de Tom et Edie est tranquille et tendre, la subversion se limitant à une tenue de cheerleader et à un 69 passionné. Ils dérivent ensuite vers une attraction plus brutale mêlée de haine et de sentiments excessifs.

Les concepts de Cronenberg n’ont rien perdu de leur férocité, même s’ils suintaient d’une façon plus maniérée et plus complexe dans ses derniers films. Une tranquille petite famille américaine peut devenir féroce devant le danger. Cette même famille peut tuer des hommes qui la menacent de l’extérieur tout comme de l’intérieur. A l’instar de la pratique de la bicyclette, un homme n’oublie jamais comment frapper et tuer. L’instinct de violence s’avère parfois être purement génétique. « A History of Violence » fascine aussi par ses acteurs totalement charismatiques tels Ed Harris et William Hurt et par le magnétique Viggo Mortensen. Les émotions les plus brutales passent sur son visage de doux chef de famille comme des nuages inquiétants, ravageurs, venus dont ne sait quelle pulsion enfouie.

La petite ferme construite aux alentours d’une charmante bourgade, son shérif honnête et perspicace qui veut maintenir le calme de sa communauté de « gens biens », son petit resto plein d’habitués sympas collés devant leur « donut », ce paysage à l’ « americana » est perturbé par l’arrivée de méchants flegmatiques à la technique meurtrière redoutable. Ces éléments archétypaux donnent au film un petit air de déjà-vu, de bon vieux western ou de polar à l’ancienne façon John Sturges. « A History of Violence » n’en demeure pas moins un film à part, une singularité qui ne dépare pas dans l’œuvre noire du maître Cronenberg.

Delphine Valloire


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A History of Violence
Un film de David Cronenberg
(Canada / USA, 2005, 96 mn)
Avec Viggo Mortensen, Maria Bello, Ed Harris, William Hurt
Compétition

Edité le : 16-05-05
Dernière mise à jour le : 23-05-05