Venise 2004 – Hors Compétition
Synopsis : Bobby et Jonathan, deux lycéens vivant dans une banlieue en Ohio, se rencontrent et deviennent dans l’instant inséparables. Pour Jonathan, l’excentrique Bobby est une connection à un autre monde ; il ouvre les fenêtres de son univers. Pour Bobby, la famille de Jonathan, en particulier sa mère, représente une sorte de stabilité qu’il n’a pas connue. Les deux garçons sont séparés pendant l’université puis se retrouvent à New York où ils vivent avec Claire, une jeune femme libérée et joyeuse. Ils tentent d’inventer une nouvelle façon de vivre, une autre famille.
Critique : Michael Cunningham, écrivain pulitzerisé pour « The Hours », a écrit un scénario basé sur son premier roman sur une demande du metteur en scène de théâtre « Off-Broadway » Michael Mayer et de Tom Hulce, l’acteur inoubliable de l’ « Amadeus » de Milos Forman, devenu producteur. Contre toute attente, l’alchimie fonctionne très bien, et ce premier « petit » film tourné en une trentaine de jours possède un charme fou.
Dans « A Home at the End of the World”, deux univers se succèdent et se complètent. L’histoire commence dans une banlieue américaine à fin des années 60, par une chronique de l’âge ingrat, cette adolescence une peu perdue et déjà nostalgique de la perte de l’enfance, où une famille peut se briser et se raccommoder tant bien que mal et où l’amitié finit par prendre toute la place. Bobby et Jonathan deviennent comme deux frères, légèrement incestueux, et Alice, la mère de Jonathan, les couve tout deux de toute sa tendresse, sans illusion. La rupture est marquée par le départ pour la ville, la plus électrique et la plus prometteuse : New York en 198O, pendant ces années un peu âpres, un peu punk.
Vivant dans le même appartement, Bobby, Jonathan et Claire se foutent des conventions et vivent leur amour du mieux qu’ils le peuvent : en improvisant. Ils ne font pas l’erreur de devenir raisonnables mais, prenant ce risque, affrontent des crises sentimentales sismiques qui les bouleversent et les entraînent d’évolution en révolution. Deux hommes, deux femmes, auxquelles ils n’était pas facile de donner une âme et une présence. Sissi Spacek et Robin Wright Penn, c’était une évidence, donnent du cœur et du charisme aux personnages d’Alice et Claire. Dallas Roberts, acteur de théâtre, apporte ce qu’il faut de fausse nonchalance à Jonathan, une retenue, une froideur feinte qui le fait quand même exister en face de l’excellent Colin Farrell. Car une des vraies surprises du film est de découvrir les possibilités vertigineuses de cet acteur, déjà vu dans des rôles de durs « Minority Report » ou « Tigerland » qui, cette fois, incarne avec une vraie grâce un Bobby, un peu candide, un peu dans la lune qui déploie pour Jonathan, Claire et Alice une vraie tendresse quotidienne, un amour silencieux sans faille. A suivre jusqu'au bout du monde.
Delphine Valloire
--------------
A Home at the End of the World
(USA, 2004, 95 mn)
De Michael Mayer
Avec Colin Farrell, Sissi Spacek, Robin Wright Penn, Dallas Roberts…
Venise 2004 – Hors Compétition






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter