Qu'ils s'appellent Ross, John ou Stephanie, étudient les maths, les lettres ou le génie mécanique, qu’ils soient prodémocrates ou prorépublicains, soutiennent le mariage gay ou combattent l'avortement, ils sont tous engagés. À quoi rêvent ces jeunes Américains ? Sur le campus de l'université de Berkeley, en Californie, Julien Leconte a rencontré une jeunesse engagée, à contre-pied des idées reçues sur l'apathie politique américaine.
ARTE : Etre Américain – que cela signifie-t-il pour les jeunes Américains d’aujourd’hui ?Julien Leconte : Pour les jeunes que nous avons rencontrés à Berkeley, toutes tendances politiques confondues, il y a dans le fait d’être Américain l’idée - un peu mythique - de la constante possibilité de réaliser quelque chose, la croyance en son destin individuel, au sein d’une collectivité. Etre Américain, c’est aussi appartenir à plusieurs cultures et à aucune à la fois. Cela explique le fait que beaucoup de jeunes se retrouvent dans la figure d’Obama, dans son héritage multiculturel. A Berkeley, 60% des étudiants soutiennent sa candidature.

"American Paradox" sera diffusé mardi 21 octobre à 21h sur ARTE 
Le légendaire patriotisme américain a-t-il encore sa place chez les jeunes ?Oui, ce patriotisme existe encore aujourd’hui, mais il y a également beaucoup de déception quant à l’image des Etats-Unis dans le monde, au bout de huit ans d’administration Bush. La jeune génération d’aujourd’hui est marquée par le 11 septembre, la guerre en Afghanistan, la guerre en Irak, l’ouragan Katrina. Malgré tout cela, il y a une grande envie de dépasser ce phénomène, et une forte tendance à voir dans les aspects sombres des années passées des défis à relever.
Quel est leur plus grand rêve pour les années à venir ?Au-delà de la figure d’Obama, les jeunes entre 18 et 25 ans rêvent de dialogue et d’ouverture vers le monde extérieur, d’un monde plus multiculturel et moins raciste. Je pense que beaucoup de jeunes Américains ont pris conscience du fait qu’on vit sur une scène mondialisée où les interlocuteurs de demain vont être Européens, mais aussi Chinois ou Indiens. Ils ont envie de voyager, et ils veulent être acceptés et reconnus sans ressentiments. Ils ont aussi envie de pouvoir être à nouveau fiers d’être Américains.
Les 18-25 ans forment traditionnellement le groupe le plus dépolitisé aux Etats-Unis, est-ce en train de changer ?Oui, et les chiffres le prouvent. J’étais surpris de voir cette mobilisation, je m’attendais à une sorte de résignation, après une période aussi difficile. Les jeunes s’intéressent au devenir politique de leur pays, et ils connaissent les programmes politiques plus que l’on ne croit. Les jeunes d’aujourd’hui ont grandi dans un monde qui s’est transformé sous leurs yeux d’une façon radicale. Derrière ces élections, il y a des enjeux considérables, ils savent qu’ils sont en train de forger l’Amérique de demain. J’ai trouvé chez ces jeunes une grande volonté d’aller de l’avant, de relever des défis, de s’engager – et aussi la croyance de pouvoir individuellement changer des choses. Ca laisse entrevoir une nouvelle Amérique à naître que l’on ne peut pas encore saisir.
Vous avez filmé sur le campus d’une université d’élite – pourquoi ce choix ? Bien que Berkeley soit parmi les meilleures universités aux Etats-Unis, elle reste une université semi-publique ouverte à tous les étudiants qui peuvent obtenir des bourses. Avec 30000 étudiants, elle représente un éventail très varié de la jeunesse américaine, mélangée ethniquement, culturellement et socialement, avec une grosse tendance démocrate, certes, mais où les conservateurs existent également.
Berkeley est également le berceau du mouvement étudiant, on voulait voir ce qui a changé depuis les huit dernières années, voir si on mène les mêmes combats pour les mêmes raisons.
« American Paradox », pourquoi ce titre ?C’est sa grande richesse ethnique, ses multiples facettes, qui rendent les Etats-Unis complexes à saisir. On croit détenir les clés, et finalement tout est beaucoup plus compliqué et paradoxal que ce qu’on pense. L’Amérique se contredit constamment elle-même, c’est un pays en perpétuelle contradiction, une démocratie vivante, sans arrêt en train de se battre avec ses démons, ses forces, ses atouts - tout ce qui fait d’elle une terre où tout devient possible.
Propos recueillis par Nicola Hellmann