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50 incontournables du jazz

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50 incontournables du jazz

Incontournables du Jazz - 28/11/08

Alexander von Schlippenbach: „Globe Unity“

SABA SB 15109 (1966)


DANS UN GESTE DE REVOLTE : « Globe Unity », d’Alexander von Schlippenbach
par Reinhard Kager

Le choix en sommaire

L’année 1966 s’inscrit dans une ère de profonds changements. Une période mouve-mentée de l’histoire, qui aura aussi des répercussions sur l’évolution du jazz. Dans le sillage libérateur du free jazz né aux États-Unis, une nouvelle conscience musicale émerge en Europe. D’abord apparue en Angleterre, où John Stevens crée son Spontaneous Music Ensemble, et aux Pays-Bas, où Misha Mengelberg fonde l’ICP Orchestra, l’improvisation libre se répand comme une trainée de poudre à travers le continent européen.
L’Allemagne ne fait pas exception.
C’est là qu’entre en scène un pianiste de 28 ans, qui affiche une détermination inouïe : pour un projet monté à l’occasion des Berliner Jazztage de 1966, Alexander von Schlippenbach, qui a soufflé ses 70 bougies en avril 2008, avait constitué un ensemble réunissant d’éminents musiciens de toute l’Europe, qu’il avait baptisé d’un nom ambitieux : « Globe Unity Orchestra ». Nul ne se doutait que cet ensemble serait toujours là plus de 40 ans après et obtiendrait, pour l’enregistrement de son concert anniversaire en 2006, le prix de la critique du disque allemand.

En 1966, lorsqu’il se produit pour la première fois à Berlin avec la composition du même nom, « Globe Unity », de tels honneurs sont encore bien loin. À l’époque, le jeu des treize musiciens est trop nouveau, et leurs concepts harmoniques sont trop atypiques et trop osés, même si le jazz ne fait alors que suivre le tournant que la composition musicale avait déjà négocié vers 1910 : le passage à l’atonalité, la rupture avec les modèles tonaux. Les commentaires de la presse montraient à quel point la musique énergisante du Globe Unity Orchestra choquait : « Une bande de copains qui s’amusent à la philharmonie », pouvait-on lire. Le jeu de Peter Brötz-mann au saxophone a même été comparé aux bruits de Belzébuth.

Pour cette composition, commandée par le Südwestfunk, Alexander von Schlippenbach s’est appuyé sur les principes de la musique nouvelle, qu’il avait appris auprès de Bernd Alois Zimmermann : tout le matériau que le pianiste utilise dans ce morceau découle d’une série dodécaphonique dominée par des tierces. Même les soli parfois martiaux des instruments à vent sont sans cesse rattachés à ce matériau thématique, ce qui crée une cohérence, une unité (« Unity »). La composition a pour moteurs deux contrebassistes, Peter Kowald et Buschi Niebergall, ainsi que deux batteurs, Jaki Liebezeit et Mani Neumeier.

Dans la remarquable section d’instruments à vent, avec, notamment, Manfred Schoof, Peter Brötzmann, Gerd Dudek et Willem Breuker, les solistes se détachent toujours. Ou, pour reprendre les termes d’Alexander von Schlippenbach : « Ils fendent la divine impassibilité de la sphère dans un geste de révolte ». Cette formule fait référence à la thèse de Bernd Alois Zimmermann, sur « la forme sphérique du temps », c’est-à-dire de l’imbrication totale du passé, du présent et de l’avenir. C’est ainsi que le Globe Unity Orchestra a incontestablement puisé dans la tradition du jazz en se projetant dans l’avenir de la musique à partir du présent de 1966.
Texte (original allemand) de Reinhard Kager
Alexander von Schlippenbach :
« Globe Unity »
Enregistrement du Berlin Jazz Festival de 1966
avec le Globe Unity Orchestra
SABA SB 15109

Edité le : 07-10-08
Dernière mise à jour le : 28-11-08