Avec Galina Vishnevskaya, Vasili Shevtsov, Raisa Gichaeva…
Un DVD France Télévision
Synopsis : La République de Tchétchénie, de nos jours, dans un campement militaire russe. Alexandra Nikolaevna (Galina Vishnevskaya) vient rendre visite à son petit-fils, l’un des officiers les plus estimés de son unité. Dans cet autre monde où elle s’apprête à passer quelques jours, il n’y a ni femme, ni chaleur, ni confort. La vie quotidienne y est miséreuse, les sentiments ne s’y expriment pas. A moins que les forces et le temps ne manquent pour ces derniers. Ici, chaque jour, chaque minute, des questions de vie ou de mort se résolvent.
Critique : Pour Alexandre Sokourov, il n’y a pas de poésie dans la guerre, c’est une dégradation qui ne peut être exprimée. D’où la nature terreuse et âcre de ce nouveau film moins ouvertement séduisant que « Père, fils » (2003) et sa célébration des corps au torse nu, ou « Le Soleil » (2005) et ses visions fulgurantes. D’où aussi l’absence des scènes de combats ou de bombardements. Pas de plan large ou de vue panoramique non plus : l’espace est morcelé, il rebute le visiteur et ne se donne pas facilement. En son milieu, omniprésente, l’artiste lyrique émérite Galina Vishnevskaya interprète Alexandra, l’incarnation progressive d’un lien tendu entre les soldats russes et la population locale séparés par des années de conflits. Octogénaire, elle se promène en compagnie des fantassins, s’assoit régulièrement en raison de la fatigue, grimpe sur un blindé, souffle, traîne sous les regards pensifs des jeunes appelés soucieux, aux regards d’enfants, qui épient, vont et viennent eux aussi dans un jeu déconcertant sur les perspectives et le champ/contrechamp. Le camp est un autre monde, pourtant bien réel, balayé par la poussière et une chaleur nullement humaine rendues toutes deux par les mémorables sépias aux teintes brunes et rouille.
Le ballet de l’organisation militaire est donc aussi désarticulé que les a priori avancés à l’encontre d’un récit russe situé en Tchétchénie. Au sein de l’armée, vue par ses membres comme une confrérie tandis qu’au-dehors, « les femmes ne parlent que d’argent », celui que les militaires n’ont pas, Alexandra la grand-mère d’un officier s’en va… au marché local, marmonne, grommelle, se tait ou parle soudain, et noue une amitié inattendue avec une vendeuse, dame tchétchène de son âge et de sa condition. « Les slaves, vous êtes bien différents » lui dira-t-elle, et Alexandra de lui répondre prestement : « on s’emmêle nous-mêmes ! ».
La méthode d’Alexandre Sokourov elle-même relève du mystère. L’utilisation des longues focales est peut-être dans « Alexandra » la condition d’une distance qui permet aux comédiens non professionnels ou débutants de ne pas être influencés par la caméra et de disjoindre l’action regardée de ceux qui regardent. L’union et la séparation, la solidarité et le déchirement affectif sont effectivement deux des thèmes majeurs d’un film dédié à des populations en lutte pour leur survie, mais le regard de Sokourov ne veut pas dissocier. Il entend familiariser tout en présentant les spécificités d’une culture. « Quel est ce mystère que tu perçois mieux que moi ? » semble même répéter l’officier à sa grand-mère, et Sokourov à sa propre caméra. Difficile après cela d’oublier, non seulement l’approche que fait Alexandre Sokourov d’une contrée sinistrée, mais aussi le regard de Galina Vishnevskaya.
Les compléments du DVD :
- Conférence de presse
- Galerie photos
- Filmographies
- Bande-annonce
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Alexandra
(2007, Russie, 1h32)
Avec Galina Vishnevskaya, Vasili Shevtsov, Raisa Gichaeva…
Un DVD France Télévision
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