Critique: Des jeux puérils avec une racine de gingembre en forme de phallus, des clivages infantiles, une incapacité chronique à prendre des décisions, ainsi que des désirs inavoués et inassouvis – ce couple berlinois avec ses tracas ridicules ne serait-il pas une preuve que la relève cinématographique allemande, qui a mûri et est désigné à l'étranger par le terme « école berlinoise », ne passe son temps à se regarder le nombril et n'a rien d'autre à raconter?
Et bien pas du tout! Maren Ade confirme avec son deuxième film qu'elle est une talentueuse portraitiste qui parvient, en observant les fissures d'un couple, à révéler les sentiments qui animent toute une génération, sans la moindre fausse note et sans le moindre écart ou la moindre maladresse de la part des acteurs. Gitti, une directrice de relations publiques dans la branche musicale, est une femme non conventionnelle et spontanée; elle passe ses vacances d'été dans la maison de sa mère, en compagnie de son ami Chris, un architecte introverti, doué mais à qui la réussite professionnelle échappe encore. La maison, débordante de kitsch, rappelle à Chris qu'il est encore loin, matériellement, de voler de ses propres ailes et de parvenir à son idéal: être un architecte reconnu et épanoui. Ainsi, en dépit d'une harmonie apparente, les deux amants, auxquels la réalisatrice accorde autant de place, s'avèrent peu à peu très dissemblables, se cachant réciproquement beaucoup de petits secrets. Le protagoniste auquel s'intéresse Maren Ade n'est ni l'homme, ni la femme, mais le couple en lui-même, comme s'il s'agissait d'une étrange entité vivante, telle qu'elle est produite par deux personnes qui s'aiment, une entité à la fois complexe et mystérieuse.

Un film de Maren Ade
(Allemagne, 2009, 119 MINUTES)
avec: Birgit Minichmeyr, Lars Eidinger, Hans-Jochen Wagner, Nicole Marischka
En compétition

Martin Rosefeldt







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