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Mises en perspective : Allemagne - 23/06/10

Allemagne : le mythe du « Zahlmeister » et la réalité de l’espace économique européen

L’Union européenne traverse actuellement une période de troubles : la crise grecque a provoqué en quelques semaines une crise de la zone euro. L’Allemagne et sa chancelière Angela Merkel ont très longtemps hésité avant d’accorder une aide financière à la Grèce et, par ce même biais, à la monnaie unique. En tant que plus important contributeur net de l’Union, l’Allemagne veut avoir un plus grand droit de regard sur l’utilisation des fonds communautaires dans le futur. Nombreux sont les Européens qui y voient déjà les signes précurseurs de la position allemande pour les négociations du budget 2013-2020. Cependant, plusieurs arguments avancés par Berlin ne prennent en considération qu’une partie de la réalité…


Actuellement, l’Allemagne finance à elle seule 19,5 % du budget communautaire. À l’inverse de ce que pense l’opinion publique, cette contribution n’a cessé de diminuer régulièrement depuis les années 70 (en 1971, elle représentait encore 31,7% des ressources communautaires). Néanmoins, ces dernières années ont vu la naissance du mythe du « Zahlmeister », un terme ambigu qui signifie à la fois « trésorier » et « champion du paiement ». À chaque fois qu’il s’agit de financer un projet en Europe et dans le monde, la presse populaire parle du « Zahlmeister Deutschland », du pays donc qui doit, parce qu’il est travailleur et riche, payer pour tous les autres. Il n’est donc guère étonnant que cette presse populaire (voire populiste) ait représenté Angela Merkel comme la « chancelière de fer » qui a sauvé l’Allemagne de la convoitise des « pays paresseux », telle une Germania qui protège ses sujets des menaces du Sud.

La rigidité de la position allemande fut telle que même la presse internationale prit note du fait que « l’Allemagne est fatiguée de payer les additions de l’Europe ».
Foreign Policy trouva même un surnom à Madame Merkel : „Frau Germania“.
La chancelière allemande pensait que cette nouvelle image pouvait lui servir. D’autant plus que son parti, la CDU, avait d’importantes élections début mai en Rhénanie du Nord-Westphalie, la plus peuplée des régions allemandes. Cependant, la stratégie d’Angela Merkel fut un double échec : la CDU a perdu les élections en Rhénanie du Nord-Westphalie et la zone euro s’est engouffrée dans la pire crise depuis sa création il y a onze ans.

Et cet échec pointe du doigt la double hypocrisie sur laquelle se fondait la stratégie d’Angela Merkel : tout d’abord, l’Allemagne a besoin d’une grande zone euro pour ses exportations., Le célèbre économiste américain Adam S. Posen constate, dans un commentaire publié dans le quotidien Die Welt en février dernier, que l’Allemagne est sans doute « le pays qui a le plus profité de l’Union monétaire depuis sa création » : elle est considérée aujourd’hui comme « le pays garant de la stabilité économique de tout un continent. Un statut qui lui a apporté de très nombreux investissements étrangers. »
Par ailleurs, ajoute l’ancien ministre des Finances allemand Hans Eichel, une « nation d’exportateurs » comme l’Allemagne ne peut que profiter d’une grande zone de libre-échange sans frontières, douanes ni frais de changes. Ainsi, « les délocalisations d’entreprises allemandes ont diminué et des centaines de milliers de postes de travail ont pu être créés. »


Il existe cependant aussi une hypocrisie à plus court terme, alimentée par le secteur bancaire : les « mauvais élèves du Sud », dont la « comptabilité créative » fait souffrir le fisc allemand, ont vu les intérêts de leurs dettes doubler au cours des derniers mois.
La conséquence : de très nombreux investisseurs, comme le patron de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, doutent publiquement de la solvabilité de pays comme la Grèce ou le Portugal. Pendant ce temps-là, les revues spécialisées conseillent : « acheter des obligations allemandes ! ».
Car, depuis quelques semaines, elles se portent comme un charme : « tout le monde veut acheter des obligations allemandes pour plus de sécurité », explique Die Zeit cette semaine.
Au sein du même espace économique commun, le malheur des uns peut ainsi faire la fortune des autres…

Alexander Knetig


POUR ALLER PLUS LOIN


  • La contribution allemande au budget européen dans les prévisions et les priorités du ministère des Finances allemand.

  • L’Allemagne a besoin d’une grande zone euro en bonne santé, admet même le très libéral Financial Times dans un article de fond.

  • Le philosophe et sociologue Jürgen Habermas passe en revue les raisons qui poussent les élites allemandes à faire passer les intérêts à court terme de l'Allemagne avant les intérêts européens. Vision dont il se démarque au nom des intérêts à long terme de son pays et du « destin commun » des Européens.


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Regards croisés n° 16
Les priorités du budget européen 2014-2020
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Edité le : 17-06-10
Dernière mise à jour le : 23-06-10


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