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Prof. Bayer : Le groupe NEURAD représente en tout dix groupes de travail issus de toute l’Europe, d’Allemagne évidemment, mais aussi principalement de France, de Hollande et de Belgique. Nous souhaitons qu’il y ait un transfert des connaissances obtenues en biologie moléculaire et en neurobiologie vers la pratique clinique – c’est là l’un de nos principaux objectifs, en réponse à l’un de nos plus gros soucis. En effet, nous comprenons maintenant assez bien ce qui se déroule au plan moléculaire mais tout le reste est catastrophique : nous ne disposons à l’heure où je vous parle d’aucune thérapie qui agisse efficacement sur la cause.
Les causes de la maladie d’Alzheimer sont encore mal connues. Les études se concentrent, pour la plupart, sur l’agrégation de protéines dans les régions cérébrales. Or vous-même êtes convaincu que ces plaques ne jouent pas un si grand rôle …
Ces dépôts de protéines dans le cerveau des patients atteints d’Alzheimer, qui sont des agrégations du peptide amyloïde beta (Aβ), sont caractéristiques de cette maladie. Ces plaques apparaissent quand des protéines formées à l’intérieur des cellules en sont expulsées. Si une cellule n’est plus en état de les expulser, elle meurt.
Toutes les méthodes thérapeutiques actuellement étudiées visent à réduire ces plaques extracellulaires ; or, en réalité, on ne trouve pas de corrélation entre ces plaques et la perte neuronale. Certes, elles ont aussi des effets toxiques mais c’est accessoire. Les processus véritablement en cause sont intracellulaires. A notre avis, l’approche actuelle ne nous fera donc pas vraiment avancer.
Qu’est-ce que cela signifie pour votre hypothèse de travail ?
Nous pensons que le plus judicieux serait de lutter très en amont contre la formation de peptides Aβ à l’intérieur de la cellule - et pas après qu’ils sont déjà apparus et que les dépôts extracellulaires ont commencé. Nous passons au crible les études précliniques sur des animaux modèles avec perte neuronale. Le hic, ce n’est pas fondamentalement que des études soient effectuées sur les plaques, mais qu’elles soient associées à une immense promesse de guérison : un échec aura des répercussions dans le monde entier et entraînera une terrible régression de la recherche sur l’Alzheimer. On connaît aujourd’hui les problèmes de ces études mais, malheureusement, il faut toujours attendre un certain temps avant qu’une nouvelle idée ne s’impose à la communauté scientifique.
Depuis un certain temps, on entend aussi parler d’un vaccin… Fin 2002, une étude conduite par l’entreprise irlandaise Elan s’est soldée par un désastre : les participants ont développé des encéphalites.
À la suite de cette catastrophe de 2002, on ne travaille plus avec des anticorps actifs mais seulement passifs. Cela fonctionne parfaitement sur les animaux modèles et c’est bien que l’on s’attaque enfin à la cause – le peptide amyloïde beta. Toutefois ce vaccin ne sert, lui aussi, qu’à réduire les plaques, et s’il n’y a pas de relation causale entre celles-ci et la maladie, pourquoi vouloir les atténuer ? La question doit être posée.
Il existe une forme héréditaire d’Alzheimer. Quel en est l’impact sur vos recherches ?
C’est sur la base de ces formes héréditaires et de la connaissance des mutations dominantes que les chercheurs du monde entier ont pu développer les modèles animaux. Mais on ne sait pas encore si les mécanismes qui conduisent à la variante héréditaire, très rare, sont les mêmes que ceux de la variante dite sporadique. Il est tout à fait possible que les grands groupes pharmaceutiques mettent au point des médicaments pour une dizaine de familles dans le monde car pour l’autre forme, beaucoup plus répandue, il n’y a pas d’animaux modèles.
Certains médecins considèrent cette maladie comme un phénomène normal lié au vieillissement, et non comme une pathologie.
Il est vrai que l’âge est l’un des principaux facteurs de risque. Néanmoins, il existe suffisamment d’études et d’indices montrant qu’une perte neuronale massive n’est pas liée au phénomène normal du vieillissement mais qu’il s’agit d’un processus pathologique susceptible d’être stoppé. Les synapses reliant les cellules nerveuses peuvent disparaître mais d’autres peuvent apparaître ; cela peut dépendre du mode de vie mais aussi de facteurs génétiques.
Quels sont les facteurs de risque connus ? La fameuse rééducation du cerveau sert-elle à quelque chose ?
Certaines études le suggèrent mais c’est une position qui n’est pas tenable. Il existe en effet suffisamment d’exemples d’individus extrêmement actifs sur le plan mental, je pense au président Ronald Reagan, qui ont malgré cela développé une Alzheimer. Les trois principaux facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer sont connus et nous savons aussi comment y remédier : ce sont le diabète, la surcharge pondérale et une tension trop élevée. Tout ce qui permet de lutter contre ces pathologies qui se développent dans nos sociétés permet aussi de lutter contre l’Alzheimer.
Les médicaments disponibles sur le marché ne soignent pas la maladie. Quelle thérapie recommandez-vous ?
Les médicaments actuellement utilisés n’ont qu’un impact dérisoire. Ils ne s’attaquent qu’aux symptômes et sont le résultat d’études vieilles de vingt ans. Sur le plan purement statistique, leur prise ne fait que retarder de six mois l’internement. En outre, ils ont des effets secondaires très lourds. Toutefois, les médecins n’ont rien d’autre à proposer aujourd’hui.
Ce n’est pas particulièrement satisfaisant. À quand une véritable percée ?
Il faudrait avant tout améliorer la qualité de vie et les soins aux personnes dépendantes. Et, naturellement, investir dans la recherche. Heureusement, les gouvernements sont conscients du problème. Dans de bonnes mains, de tels moyens financiers permettraient aux scientifiques de faire leur travail et je suis persuadé que d’ici cinq à six ans, nous pourrions entrer dans les phases d’études, voire peut-être conclure des études-pilotes. Il est fort probable que l’avenir appartiendra aux multithérapies : immunothérapie, réduction des plaques et des processus inflammatoires encéphaliques, et lutte contre la formation de peptides Aβ toxiques.
Propos recueillis par Nicola Hellmann








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