Il en a aussi profité pour rompre avec le traitement des affiches illustrées du festival au profit d’une approche plus graphique, d’une redoutable simplicité, avec ce dessin d’ores et déjà mémorable d’une main fermée brandissant fièrement un crayon. Manière roublarde d’évoquer son approche militante de la bande dessinée, ce poing dressé donne le ton de cette manifestation « new look » qui fait sa révolution tranquille et délaisse le centre-ville pour le site spacieux de Montauzier où un gigantesque barnum a été monté pour constituer, paraît-il, « la plus grande librairie du monde ».
C’est sans conteste la grande idée de ce festival qui, en réunissant tous les acteurs du milieu au même endroit, place de fait les petites maisons d’éditions indépendantes sur le même plan que les mastodontes de l’édition commerciale courante. Désormais, il suffit de faire quelques pas pour passer de Glénat, Casterman, Dargaud, Soleil, Dupuis aux Enfants rouges, toute nouvelle maison d’édition qui a attendu le festival pour lancer ses nouveaux titres (au catalogue, la punkette Tanxx, l’univers gothico-romantique de Anton et Bramardi ou le tendre quotidien de Dauvilliers et Daviaud) ; on pourrait citer aussi Cà et Là fondé par un ancien producteur de dessin animé passionné de comics indépendants qui s’est jeté dans l’aventure héroïque de l’édition en publiant des pépites que l’on ne trouvait pas en français, notamment, Alec, une série semi autobiographique mythique par l’auteur de From Hell, Eddie Campbell ou encore Peter Kuper, et ses strips sophistiqués d’humour noir.Guidé par ses pas, le visiteur est donc invité à filer de stand en stand et passe de bouquineries en librairies d’importation et n’a plus qu’à se laisser tenter. Pourquoi pas par ce comic-book accrocheur rigoureusement inconnu, Doctor Carnacki de Maarten Vande Wiele et Stefan Nieuwenhuis ? Une bd néherlandaise rigoureusement incompréhensible pour le commun des mortels mais dont le style graphique superbe d’élégance hérité des cartoons UPA fait vite oublier ses petites tracasseries. A moins que l’on ne soit tenté par cette revue chinoise présenté au stand de la délégation de Shangaï ou par une réédition de ce chef-d’œuvre du 9è Art qu’est Gasoline Alley de Frank King ou encore par le dernier numéro de Comic Art, revue américaine de pointe en matière de défense du patrimoine et de l’avant-garde de la BD, sublimée par une couverture du génial graphiste Richard McGuire. On trouve même des fascicules de la small press en vente, ce micro fanzinat de l’édition américaine, où des auteurs se lance dans l’auto-publication à l’écart des grands circuits de diffusion, comme le King Cat Comics de John Porcellino ou le collectif Flotation Device, terreau pour des auteurs que l’on devrait retrouver sans nul doute traduits en français d’ici quelques années : Robert Ullman, Gabrielle Bell, Anders Nielsen…
Si au début, on avoue avoir un peu de mal à prendre ses marques devant l’immensité du lieu, on prend aussi plaisir à se perdre dans ces allées immenses que le public peine encore à remplir, la faute à une tombée de neige impromptue la veille. .
De toute manière, ce premier jour de festival n’est traditionnellement qu’une mise en jambe et la manifestation devrait monter progressivement en puissance d’autant que la météo annoncée pour le week end est bonne. Et la journée de s’achever tranquillement sur la remise des prix Découvertes désormais dissociée de la grande cérémonie du samedi soir. Animée par le directeur artistique du festival Benoît Mouchard et un animateur de télé jeunesse très « djeun », la soirée évolue dans une ambiance potache entrecoupée de courts extraits de dessins animés dont le The incredible choco show et le Allez raconte de Parrondo et Trondheim, vainqueurs sans conteste à l’applaudimètre chez les nombreux enfants et ados de la salle.
Nicolas Trespallé






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter