Un nom pareil, ça ne s’invente pas. Annette Messager, plasticienne française connue et reconnue, se livre à travers ses créations. Mais, si messages il y a, c’est à nous, spectateurs de son œuvre à tiroirs, de les décrypter, en toute subjectivité. Pour cela, nous disposons de quelques clés. « L’art n’est pas de la psychanalyse », confiait-elle lors d’une interview sur RFI, au moment de la rétrospective que lui a consacrée le Centre Georges Pompidou en 2007.
On évitera donc de se lancer dans des interprétations, un peu attendues, sur son obsession pour les corps inanimés d’animaux, ou les organes vivants, béants, qu’elle reconstitue de façon clinique, quasi pornographique.
« En art, il n’y a
pas de réponses,
que des questions
Annette Messager a choisi de fractionner, décortiquer le réel. Il n’y a pas de vue d’ensemble, mais des œuvres composites. Et autant de fantasmes, de questionnements qu’elle génère dans nos cerveaux dérangés. « En art, il n’y a pas de réponses, que des questions. » Autre phrase de l’artiste, qui aime les proverbes, à méditer. Il y a aussi chez Messager un art de la dérobade, une légèreté, un refus de s’appesantir qui tient de l’élégance. Pourtant, rien n’est moins futile que son travail qui évoque, de façon récurrente, l’enfance, avec tous ses paradoxes, ses aspérités. Parce que le réel n’est pas une chose simple, uniforme, et facile à identifier, elle le dissèque, comme un mécano avec sa machine, ou un médecin légiste avec une dépouille.
codebase="http://fpdownload.macromedia.com/get/flashplayer/current/swflash.cab">
width="425" height="319" name="Visionneuse" align="middle"
quality="high"
allowScriptAccess="always"
allowFullScreen="true"
type="application/x-shockwave-flash"
pluginspage="http://www.adobe.com/go/getflashplayer"
flashvars="">
Il en résulte un assemblage, une accumulation de formes et d’objets. La peluche, l’animal empaillé, deux leitmotiv dans son univers très intime, côtoient morceaux de tissu, fils de laine, broderies, cahiers d’écolier, bas nylon, ficelles, crayons, photographies. Art brut, art pauvre, art populaire, art des talismans : avec ces matériaux ancrés à la fois dans le quotidien et l’imaginaire, l’effet de proximité opère.
« Je suis
une voleuse
de mots
Dans ce foisonnement, cet éparpillement des objets et des matières, le rangement, la classification s’imposent, histoire d’apporter un semblant de logique et d’ordre au cœur d’un monde décousu. Ainsi Annette Messager, au fil des années, s’est attribuée des rôles, superposables et superposés : d’artiste, au début des années 70, elle est passée à collectionneuse, puis femme pratique, truqueuse… Des tâches qu’elle ne prend pas qu’au second degré, entre ses Travaux d’aiguilles, ses mouchoirs brodés de sympathiques proverbes misogynes du type « Quand la fille naît, même les murs pleurent », ou même ses coupures de presse (Les hommes que j’aime/j’aime pas) : le travail, méticuleux, révèle un souci et un goût du détail aigus. Artiste libre – elle a, à sa manière, beaucoup œuvré pour l’émancipation des femmes – Annette Messager joue avec les codes, les tissus, mais aussi les images. Dans Mes trophées, elle affiche en grand des membres humains (pieds, mains, sexes…), puis, dans Mes vœux, quantité de petites photographies assemblées les unes aux autres : dans les deux cas, une façon de jouer avec le langage du corps et de démultiplier la carte du réel, ses possibilités. Dans son livre Mot pour mot, elle annonce la couleur : « Je suis une voleuse de mots. » Il en va de même pour son riche vocabulaire, qu’elle déploie sous nos yeux ravis : le butin est précieux.
Julien Grunberg
Annette Messager parle de ses sources d'inspiration sur Artnet.fr.







Envoyer à un ami

RSS
Facebook
Twitter