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Synopsis : Un couple en deuil après la mort accidentelle de son enfant se retire dans un chalet isolé en plein centre de la forêt. Progressivement l'homme et la femme se déchirent...
Critique : Après « Manderlay » en compétition à Cannes en 2005 , attendu comme le Messie par certain, méprisé par les autres, Lars Von Trier revient aujourd'hui avec « Antichrist », une œuvre sombre et violente qui ne pourra pas passer inaperçue. Plus que jamais, au sortir d'une longue dépression de deux ans, le cinéaste danois a débarqué à Cannes recroquevillé sur lui même, cul nu prêt à prendre la fessée des critiques qui l'attendaient de pied ferme. Lui est resté imperturbable dans la pose sacrificielle (supposée) sincère de l'artiste à la fois génial et maudit pour un film qui, au bout du compte, pose davantage de questions face à un auteur qui s'interdit lui-même la moindre réponse : avons-nous le droit de condamner le nombrilisme d'un cinéaste mû essentiellement par la projection de ses propres fantasmes à l'écran? Les obsessions récurrentes d'un artiste suffisent-elles à justifier de la bonne moralité d'une œuvre ? Et par ailleurs la critique cinématographique contemporaine est-elle si bien armée qu'elle est en mesure d'y répondre ? De manière emblématique lors de la conférence de presse, c'est un journaliste américain très agressif qui en premier lieu s'est adressé à un Von Trier déjà très fébrile : « Pouvez-nous nous expliquer votre film ? Et s'il vous plaît pouvez-vous vraiment répondre autrement que par une simple pirouette ? » « I can not justify » répond Von Trier.

de Lars Von Trier
(Danemark, 2009, 1h44)
Avec Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe
Une coproduction ARTE

Olivier Bombarda
DE
Synopsis: Après la mort tragique et accidentelle de leur enfant, un couple de Seattle, « il » et « elle », se retire, pour faire le deuil, dans une maisonnette isolée en forêt qui porte justement le nom 'Eden'. Lui est psychothérapeute et tente de soigner les souffrances autodestructrices et les angoisses de sa femme. Mais la situation dégénère complètement: la folie et le mal ambiant s'avèrent des énergies plus puissantes que la thérapie et l'amour.
Critique: La littérature consacrée aux films bouleversants et déstabilisants de Lars von Trier est déjà plus qu'abondante, pour autant, ses films sont trop complexes pour que quelqu'un puisse prétendre à lui seul en détenir la clef. C'est justement ce qui rend la chose particulièrement palpitante: on aborde à chaque fois ses films avec un regard vierge et pourtant, on est toujours surpris de sa faculté à trouver des images qui provoquent un véritable choc chez le spectateur, un choc cathartique, s'entend. Dans son nouveau film, qui a de nouveau suscité la controverse à Cannes, il poursuit son chemin avec une radicalité qui n'est en fait qu'une forme de rigueur morale: il se doit d'exprimer ses idées de la façon dont lui, et parfois lui seul, le conçoit. Chez lui, l'art est plus une pulsion qu'une capacité. « Je suis le meilleur cinéaste du monde », dit-il lors de la conférence de presse, avec son humour discret mais profond, en réponse à la question franchement aggressive d'un journaliste américain, qui demandait à quoi rimait ce film. Il ne faut pas prendre tout cela au sérieux, mais pour faire un tel film, il faut parfois que le metteur en scène fasse semblant de le croire.

Un film de Lars von Trier (Danemark, Allemagne, France 2009, 104 min.)
Scénario: Lars von Trier
Avec: Charlotte Gainsbourg (She), Willem Dafoe (He)

Par ailleurs, le fait qu' « elle » rédige un mémoire - évidemment inachevé - sur le génocide, en particulier la persécution et l'extermination des femmes, devrait ne pas déplaire aux inconditionnels de Lars vonTrier. En l'occurrence, « il » se rend compte au cours de ses tentatives de thérapie que dans son esprit à elle, les femmes furent poursuivies à juste titre: elles portaient le mal ultime en elles, tel que cela apparaît suite à la mort de l'enfant (ou alors, suite à la thérapie). Mais le mal était là avant: n'enfilait-elle pas toujours les chaussures de l'enfant à l'envers, de sorte que cela provoqua une déformation du pied, ce dont « il » ne prit connaissance qu'à la lecture de l'autopsie. Dès lors, entre les deux, c'est un combat à mort qui s'engage, et personne ne peut s'attendre de la part de Lars von Trier que l'un ou l'autre des personnages apparaisse sous un jour meilleur. Bien qu'il s'enfonce ici dans les profondeurs de la mythologie chrétienne, les personnages ne trouvent aucun réconfort, et surtout pas dans la nature. Cela rend le film magnifique et inclassable, et pour certains donc, intolérable.
Inutile de s'attarder sur la performance exceptionnelle des acteurs, on connaît trop bien les qualités de Lars von Trier en matière de direction d'acteurs, mais un point particulier prête à critique: quand on y regarde de plus près, on constate que l'homme, comparé à la femme, est représenté de façon simpliste et unidimensionnelle. Qu'en est-il de sa douleur, de son deuil de l'enfant? Une petite scène de pleurs sur la tombe, puis il se consacre aussitôt à sa femme et sa thérapie, dont il constate bien trop tard l'inutilité et la nocivité. Cela renvoie au cliché de la rationalité de l'homme et de son atrophie emotionelle, et on est en droit de se dire que le metteur en scène, bien qu'il masque cela avec talent, a beaucoup plus de mal à appréhender son essence propre que celle de la femme. A la fin, les femmes sont bien les plus fortes et remontent du fond des temps comme un présage, comme un avertissement, tel qu'on le voit dans la dernière image du film, une image belle et inattendue. Ainsi, les hommes s'entendent sans cesse rappeller leur culpabilité, et jamais ils ne pardonneront aux femmes le mal qu'ils leur ont fait.
Thomas Neuhauser







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