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Cultures Electroniques

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Cultures Electroniques

Un texte de Jens Hauser - 02/09/08

Ars Electronica 2006 – Simplement complexe

Quand la technologie devient-elle une fin en soi ? À quelle vitesse les effets de nouveauté s’usent-ils ? Quand le message se réduit-il au médium qui le véhicule ? Ne serait-il pas possible de simplifier un grand nombre d’applications ? Comme faire pour circonvenir la fascinante dynamique propre à l’innovation technique et pour ne simplement retenir que l’essentiel ?

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Voir le reportage (real video - 5mn20)

Des années durant, le festival de Linz (Autriche) consacré à la culture médiatique a fait le lien entre les systèmes experts scientifiques, artistiques et économiques afin de débattre des répercussions sociales des nouvelles technologies. Si le thème de la « simplicité » figure cette année au programme, c’est qu’on est devenu conscient de la nécessité de dresser un bilan d’étape. L’Ars Electronica 2006 s’y livre sur le ton de l’autodérision. Ainsi, des « Digital Music Awards » sont décernés à des artistes qui ont délibérément choisi de ne travailler que dans l’analogique, des prix récompensent des installations d’art « interactif » qui ne laissent au visiteur que des possibilités extrêmement réduites d’interagir. Et cela ne s’arrête pas là : le besoin manifeste d’une nouvelle simplicité se reflète aussi dans la manière dont beaucoup de « médiartistes » parodient des progrès qui, hier encore, allaient de soi.

Par exemple les écrans à pixels qui, des années durant, ont dominé l’art numérique et ses représentations et simulations sur écran. Mais les visualisations de systèmes complexes n’auraient-ils pas souvent noyé l’essentiel dans un fatras de données ? Aram Bartholl, qui présente son écran aléatoire Random Screen dans le cadre de l’Ars Electronica, résume : « En Occident, les cénacles de la technologie s’enflamment à l’idée d’optimiser un système permettant de construire un laptop à 100 dollars qui, dans l’idéal, assurerait l’alimentation de base de l’Afrique. Mais ce dont les Africains ont sans doute le plus urgemment besoin, c’est d’eau propre et potable. »

Une panne de courant ? Qu’à cela ne tienne, cet écran fonctionne encore quand bien même l’ordinateur n’aurait plus de jus. En effet, un coup d’œil derrière la feuille de projection sur laquelle clignotent de grossiers pixels révèle des chauffe-plats en canettes de bière trafiquées qui produisent l’illusion d’une image. Mais les bougies ne font pas seulement office de source lumineuse, la chaleur qu’elles produisent met en mouvement les canettes de bière découpées et reconverties en un genre de ventilateur. Empilées les unes sur les autres, les boîtes à pixels bougent en obéissant strictement aux lois thermiques, sans aucun apport d’une machine enfermée à l’intérieur.

De même, les PingPongPixel des Néerlandais Jonathan den Breejen et Marenka Deenstra, malgré l’évidente complexité de leur machinerie, génèrent « seulement » une grande image à la définition grossière. Un système interactif de représentation de l’information pilote l’assemblage fastidieux et progressif d’une image pixélisée à partir de 8 100 balles de ping-pong colorées en divers niveaux de gris. La lenteur de l’opération enlève toute utilité à ce système compliqué constitué d’un ordinateur, de coupelles où se mélangent les couleurs des balles, et de tuyauteries. Mais connaissez-vous quelqu’un qui n’aurait jamais perdu patience en attendant que les sites Internet veuillent bien apparaître à l’écran dans leur intégralité ?

John Maeda nous montre comment éviter, par réduction, ces temps d’attente inhérents à notre technologie, comment divertir l’utilisateur et agrémenter cette inévitable latence matérialisée par les « barres de progression », aujourd'hui omniprésentes, qui illustrent l’état d’avancement de l’opération en cours. Lors de l’Ars Electronica, ce designer, artiste et professeur au célèbre MIT (Massachusetts Institute of Technology) a patronné la conférence thématique sur la « simplicité », basé sur le livre qu’il vient de publier et intitulé « The Laws of Simplicity ». Qu’y a-t-il de commun entre l’art, le mercantilisme et la contemplation ? Cette année, les visiteurs ont eu l’occasion de réfléchir à cette question dans le cadre d’une excursion-événement à l’abbaye augustinienne de Saint-Florian. Pendant une journée, le festival a transféré ses activités dans le cadre baroque et campagnard de ce centre religieux et spirituel. Là, des visualisations de réseau, images de synthèse génératives et univers sonores numériques côtoyaient des conciliabules avec des Augustiniens dans les jardins du monastère, des prières silencieuses, des exercices de méditation, des ateliers d’origami et des concerts d’orgue.

Par contre, l’asservissement de l’homme par la machine est ostensiblement mis en scène sur la Hauptplatz, la place principale de Linz. Le groupe autrichien « no-mad-designers » a réalisé une installation homme-machine, système entièrement automatique de production à la chaîne auquel les participants sont attelés. Cette disposition expérimentale se compose d’une chaîne de fabrication sur laquelle l’automate humain, privé du contrôle de son propre corps, actionne ses muscles sous l’effet de stimulations électriques. Indépendamment de sa volonté, il voit son bras se déployer pour ôter de la chaîne de production un cube de couleur et le catapulter dans une des corbeilles prévues à cet effet. C’est l’ordinateur qui décide du moment auquel le bras doit bouger.

Mais il y a des volontaires aussi: Dans le cadre du projet Moon Ride conçu par le collectif d’artistes Assocreation, les nombreux cyclistes qui, pour leur part, ahanent de leur plein gré, ont couplé leurs bécanes aux générateurs d’électricité mis en place. Ainsi, en rechargeant lentement un accu, ils peuvent ressentir dans leur chair la véritable valeur de l’énergie consommée par notre technologie de tous les jours. Chaque tour de pédale se traduit en watts et en pourcentages sur l’affichage du niveau de charge. Au crépuscule, l’énergie des pédaleurs en action est directement transmise à un ballon qui, tableau fort romantique, se découpe comme une lune artificielle sur le ciel nocturne. Un spectacle naturel de synthèse, simplement complexe.
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  • Liens
>> Random Screen
>> PingPongPixel
>> Mensch-Maschine
>> Maschine-Mensch

  • Les autres articles
>> John Maeda – « In simplicity we trust »
>> "The Messenger" de Paul DeMarinis
>> Ars Electronica 2006 – Simplement complexe
>> Interviews vidéo de John Maeda et Paul DeMarinis
>> Le reportage en vidéo

  • Le festival
Ars Electronica 2006
Simplicity
du 31 août au 05 septembre 2006
à Linz - Österreich
>> Le site officiel

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Cultures Electroniques
Septembre 2006
par Jens Hauser
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Edité le : 04-09-06
Dernière mise à jour le : 02-09-08