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Tracks fait le tour des sons et des cultures qui dépassent les bornes, tous les samedis à partir de 23h.

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24/08/11

Artivism - Canul'art - Tracks

Un reportage de Gérard Maximin et Jérôme Thorel (archive de mars 2011)

À Prague le collectif Ztohoven, c'est de la bombe atomique. Badaboum avec un collectif d'artistes en colère !

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Antonin Pirko est artiste et l'un des fondateurs du collectif Ztohoven, les "100 merdes" en Tchèque.
Adepte du hacking artistique, ce mystérieux groupe met la capitale praguoise sens dessus dessous.

En 2003, agacé par la dérive marchande de leur pays, Ztohoven détourne plus de sept cents panneaux publicitaires.

À la place, ils glissent en toute illégalité un immense point d'interrogation censé provoquer le questionnement des passants. Dans une autre performance, le collectif a organisé dans le métro praguois le vernissage d'une exposition où les œuvres d'art se substituent aux réclames.

En effet, aux galeries d'art, les Ztohoven préfèrent l'espace urbain.



Les Ztohoven commettent leur premier acte de piratage artistique quelques mois plus tôt. À l'époque pour saluer la fin du mandat présidentiel de Václav Havel, un immense cœur illumine Prague. Dans la nuit, le collectif mène son opération commando transformant le symbole d'amour en gigantesque point d'interrogation.

Si les Ztohoven font beaucoup parler d'eux, ils ne sont pas bavards pour autant. Pour ces artistes hackers, l'anonymat garantit une marge de manœuvre maximale.

Exceptionnellement, une partie du noyau dur a accepté de se montrer à visage découvert mais en utilisant des pseudonymes. Graffeurs, tatoueurs, réalisateurs ou anthropologues, ils ont une mission : reconquérir les espaces de liberté confisqués par le pouvoir.

Antonin est l'un des cerveaux de Ztohoven. Ce pionnier du street art en Tchéquie entretient le flou sur son passé.

Antonin : J’avais quinze ans quand la révolution de 89 a éclaté, j’avais tellement envie d’aller aux Beaux Arts que j’étais prêt à fabriquer de la fausse monnaie pour accéder aux nouvelles technologies.

Il y a cinq ans, les Ztohoven réalisent le casse du siècle. L'équipée part au nord de la frontière tchèque. Leur cible : la caméra télécommandée qui filme chaque matin le lever du jour pour la deuxième chaîne nationale. Ce 17 juin 2007, le groupuscule prend le contrôle de l'antenne pour offrir un show apocalyptique aux 50 000 téléspectateurs.

Ztohoven pirate le relais de la télévision tchèque et diffuse ses images. Le collectif a incrusté une explosion nucléaire qui déclenche la panique chez les téléspectateurs. La performance fait un clin d'œil au show radiophonique d'Orson Welles qui, il y a soixante-dix ans, en évoquant l'attaque de la terre par les Martiens avait semé la terreur aux USA.



La fiction-réalité de Ztohoven fait mouche dans ce pays qui vit dans la psychose d'un accident nucléaire avec son voisin autrichien. Les téléspectateurs harcèlent le standard de la télévision qui porte plainte pour "nouvelle alarmiste". L’affaire est portée devant les tribunaux, les auteurs du canular sont finalement relaxés. Dans le même temps, à Prague, la Galerie Nationale décerne un prix spécial assorti d’une dotation de 13 000 euros aux hackers de Ztohoven.

"Obcan K" le dernier projet de Ztohoven défie le système en s'attaquant au nerf de la guerre : la carte d'identité. Ce piratage a commencé devant l'ordinateur d'Antonin.

Grâce à la technique du morphing, Antonin peut mixer deux visages de membres de Ztohoven pour en obtenir un nouveau. Il mélange ensuite les informations de chacun pour obtenir légalement de vraies fausses cartes d’identité qui seront reconnues par le système biométrique. Au final, la nouvelle carte peut être utilisée par deux personnes à la fois.

Munis de leurs papiers modifiés, les Ztohoven s'amusent à manipuler le système à leur tour. Pendant plusieurs mois, camouflés sous une identité virtuelle, ils passent les frontières, font des achats, pilotent un avion, louent un appartement, votent et même se marient.



Aux dernières nouvelles, les douze de Ztohoven se sont fait inculper par la justice et projet "Obcan K" n'est pas prêt de s'arrêter...

Edité le : 24-03-11
Dernière mise à jour le : 24-08-11