01/09/08
Au revoir, les enfants
Film d’une vie, tourné comme une dette à sa propre enfance, l’œuvre la plus intime de Louis Malle raconte une amitié d’enfants, brisée par une dénonciation dans la froideur de l’hiver et de l’Occupation.
Janvier 1944, un village, le pensionnat « St Jean de la Croix ». Tout est gris et bleu. Julien et les autres collégiens étudient Péguy, la définition d’une tangente en géométrie, le Grec ancien, et mangent des biscuits vitaminés pour compléter l’ordinaire du réfectoire. Un jour, le Père Joseph, qui dirige l’établissement, présente un nouvel élève, Jean Bonnet. « Soyez gentils avec lui », demande-t-il. Peu causant, le nouveau s’intègre à la classe après quelques bagarres. Jean et Julien deviennent amis petit à petit, se chamaillent, se perdent dans la forêt, lisent Les Milles et une nuits. Un peu de chaleur dans la froideur de l’Occupation. Mais Jean a « tout le temps peur » et Julien comprend pourquoi. Il ne s’appelle pas Bonnet, il est juif, et on le cache dans ce pensionnat.
AutobiographieEn 1987, Louis Malle revient travailler en France, après un long exil américain. Un retour pour un film qu’il porte comme un souvenir douloureux. Car Au revoir les enfants est, de manière totalement revendiquée, une œuvre autobiographique. Manesse, le bon élève, le meneur, le fils adoré par sa mère grande bourgeoise, et dont le père est entrepreneur dans le Nord, c’est Louis Malle lui-même. « Je m'en suis tenu à ce que je crois être mon souvenir, sachant que c'est un peu réinventé », expliquait le réalisateur à la revue Positif à la sortie du film. « Ma relation avec Bonnet dans le film est plus compliquée et plus intéressante que dans la réalité, puisque ce qui nous a manqué, c'est le temps, et je suppose qu'une des composantes de mon souvenir, c'est une culpabilité que j'ai gardée et qui a certainement influencé ma vie. » Ce film est l’histoire d’un regard, celui de Malle/ Manesse sur son camarade de classe lors d’une descente de la Gestapo. Un mouvement de tête qui a peut-être provoqué l’arrestation de Bonnet. Peut-être... « Plus de quarante ans ont passé », dit Louis Malle en voix off dans les derniers moments du film. « Mais jusqu’à ma mort je me rappellerai chaque seconde de ce matin de janvier ».
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Film de Louis Malle
(France/ Allemagne, 1987, 1h42mn)
Scénario : Louis Malle
Avec : Gaspard Manesse (Julien Quentin), Raphaël Fejtö (Jean Bonnet), Francine Racette (Mme Quentin), Stanislas Carré de Malberg (François Quentin), Philippe Morier-Genoud (le Père Jean), François Berléand (le Père Michel), François Négret (Joseph), Irène Jacob (Mlle Davenne)
Image : Renato Berta
Montage : Emmanuelle Castro
Son : Jean-Claude Laureux
Musique : Jean-François Heisser
Production : NEF, MK2, Stella Film et NEF Filmproduktion Munich
Lion d'Or, Venise 1987
Sept Césars 1988 (meilleur film, Réalisation, Scénario, Photo, Son, Décor et montage)
Nomination aux Oscar 1988, Meilleur Film Etranger
Edité le : 27-10-05
Dernière mise à jour le : 01-09-08