Mercredi 02 mars 2006 à 00.30 - 14/02/06
Australie
L’Australie fascine, c’est un pays qui offre tout ce qu’en disent les médias européens : animaux étranges, solitude dans les immenses espaces et paysages extrêmes. Mais l’île-continent a d’autres cordes à son arc, notamment une riche culture cinématographique, de nombreux talents derrière la caméra et des films primés dans le monde entier.
A Melbourne, j’ai voulu savoir qui faisait des films aux antipodes, à 20.000 kilomètres de chez nous. Et en quoi les paysages, la situation géographique et la société multiculturelle conditionnent les thèmes choisis, la manière de filmer.
Dans cette métropole, mon premier rendez-vous est avec Lisa Pieroni, spécialiste du court métrage qui a roulé sa bosse dans de multiples festivals. J’apprends de sa bouche que les Australiens s’intéressent beaucoup au court métrage, que les festivals consacrés à ce format sont légion et que même de nombreux bars là-bas proposent un programme de courts métrages. Cet engouement, de l’avis de Lisa, s’explique surtout par les succès remportés par les courts métrages australiens à travers le monde, comme « Harvie Krumpet » d’Adam Elliot, élu meilleur film d’animation en 2004 aux Oscars, ou «Cracker Bag» et «Blue Tongue», projetés à Cannes.
Il existe deux grandes écoles de cinéma en Australie. L’une est à Sydney, l’autre est abritée par le « Victorian College of the Arts » (VCA) de Melbourne, dont j’ai pu rencontré la directrice, Jennifer Sabine. Son école, m’apprend-elle, met l’accent sur les histoires que les apprentis réalisateurs ont envie de raconter, les aspects techniques, indispensable support, passent ici au second plan.
Chaque étudiant écrit ses scénarios lui-même avant de passer à la réalisation. La plupart s’occupent aussi du montage. Les cours ne sont donc pas dispensés dans les domaines photo, écriture de scénario et réalisation ; ce qui compte, dit-elle, c’est le film qu’on a envie de faire. Les matières enseignées sont l’animation, la fiction et le documentaire.
Adam Elliot, le détenteur de l’Oscar, est lui-même un ancien de la VCA. Après avoir vendu sur les marchés pendant 5 ans, avec un certain succès, des t-shirts arborant des dessins de son cru, il a voulu s’inscrire à l’école qui, dans un premier temps, refusa de l’accueillir. Profitant du départ d’un autre étudiant, il a progressé dans la liste d’attente et finalement été pris. Aujourd’hui, il est le réalisateur de courts métrages le plus connu d’Australie. A la VCA, il étudiait l’animation, donnant vie aux personnages en deux dimensions qu’il dessinait sur les t-shirts.
Après son film d’animation en pâte à modeler, « Harvie Krumpet », qui lui valu une renommée internationale, il reçut de nombreuses offres de l’étranger, y compris de Disney. Mais très lié à son pays, il a préféré rester en Australie. Il travaille en ce moment à la réalisation du premier long métrage d’animation en pâte à modeler, qui devrait être terminé fin 2008.
En Australie, chacun des Etats fédérés possède un centre d’aide à la création cinématographique, en plus de l’« Australian Film Commission » au niveau national. Par année, les sommes allouées à la production de 8 à 10 courts métrages se montent à 600 000 euros. Il existe en outre un budget spécifique pour les films d’animation et les films des aborigènes.
Les vrais autochtones ont commencé à tourner des films il y a une dizaine d’années ; d’abord des sujets graves et critiques, les réalisateurs se penchant sur l’histoire de leur communauté, sur les contacts souvent problématiques avec la population blanche et sur la vie dans les réserves. Souvent, leurs films étaient en quelque sorte un moyen de panser les traumatismes de la « génération volée ». Il faut savoir que jusque dans les années 60, il n’était pas rare que les enfants soient séparés de leurs parents et placés dans des foyers ou dans des familles blanches.
Les temps ont changé : aujourd’hui, les films aborigènes donnent volontiers dans l’humour, ils jettent des passerelles entre les deux cultures.
Peter Kaufmann, membre de la « Film Commission », est très impressionné par la singularité des films tournés par les aborigènes. Lui-même Australien blanc, il trouve que ces films en disant long sur leur culture et qu’ils abordent les histoires racontées avec une sensibilité très particulière ; le style, l’atmosphère de ces films sont, eux aussi, incomparables.
Après deux mois passés là-bas, je reviens en Europe. J’ai beaucoup appris sur la culture cinématographique de ce pays, une culture très originale et très mature. Sans doute du fait de l’éloignement géographique, les films s’attachent souvent à des thèmes en lien avec les particularités du pays, ce qui rend pour nous les histoires si étonnantes, si nouvelles. J’espère qu’en Europe, nous verrons à l’avenir de nombreux films de l’autre bout du monde.
Daniela Thiel
Edité le : 13-02-06
Dernière mise à jour le : 14-02-06