Avec La Ville est tranquille, Robert Guédiguian prend ses distances avec les fameux "Contes de l'Estaque" (le quartier de Marseille où il situe tous ses films) dont il s'est fait une spécialité. Car cet opus révèle un profond désenchantement du monde de la part du cinéaste : sous l'apparente sérénité de la ville endormie – ou plutôt sous sa "tranquillité" trompeuse – les êtres humains sont désormais incapables de se parler. La communauté, en tant qu'espace de rencontre au sein de la cité, a disparu. D'où la peur de l'autre. D'où l'intolérance et le racisme. D'où l'essor du Front National dont on observe les ravages dans le film de Guédiguian. D'où aussi l'amertume des anciens militants de gauche qui n'ont plus foi en rien…Au-delà du constat social et politique, le cinéaste tisse une tragédie où la fatalité pèse constamment sur les protagonistes, modernes Atrides : la jeune fille, toxicomane, sans espoir de guérison, Michèle, la mère, condamnée à se prostituer ou encore le tueur à gages marqué par le Fatum. Guédiguian passe d'un personnage à l'autre avec la plus grande fluidité, signant un récit choral qui échappe à l'écueil de l'œuvre démonstrative. Noyé dans des teintes bleutées, Marseille est le théâtre d'une poignante tragédie contemporaine dont Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin et Julie-Marie Parmentier incarnent formidablement les figures modernes.
La rédaction de Ciném'arte






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