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16/04/09

Backstage - Diversion idéologique

Un sujet de Aaron Alayo


Depuis 50 ans, le peuple cubain doit mettre toutes ses forces dans la Révolution. Et pour ceux qui se détourneraient du droit chemin, le pouvoir a un sceau infamant : "la diversion idéologique". Une expression qui permet au régime castriste de lutter contre tout ce qui pourrait faire de l'ombre à l'idéal révolutionnaire. Mais malgré cet épouvantail, depuis la fin du siècle dernier, une partie de la jeunesse cubaine succombe à l'exotisme des guitares massues.

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Porno Para Ricardo dans notre podcast

Dès la chute de Batista en 59, la révolution cubaine mène la guerre sur deux fronts: le premier contre l'Amérique, le second contre l'"ennemi intérieur", suspecté de détourner les masses de l"idéal révolutionnaire". En 71, Fidel Castro reprend un vieux terme soviétique, le diversionisme idéologique, pour désigner les déviants. C'est que, depuis le "Summer Of Love" de 67, l'horrible Amérique capitaliste a inventé un nouveau monstre qui séduit la jeunesse du monde entier. Dans le sillage des Beatles, toute une génération se convertit au « Peace and Love » et à la culture pop. Pour Castro, il faut agir au plus vite contre ces sirènes venues du pays de l'Oncle Sam.
Entre 71 à 76, de 20 000 à 30 000 personnes menant des "vies moralement désordonnées", intellectuels dissidents, homosexuels et même amateurs de rock sont envoyés dans des "Unités Militaires d’Aide à la Production", des fermes où elles sont rééduquées à coup de travail forcé.
Mais les temps changent à Cuba. John Lennon n’est plus taxé de diversionisme idéologique: Fidel Castro lui a même dédié un monument dans un parc de la Havane, le Parc Lennon. Depuis la fin du bloc soviétique, toujours confronté au blocus économique le plus long de l'histoire mondiale et en pleine déroute économique, la plus grande île des Antilles se débat encore. À 82 ans, éreinté par la maladie, Fidel Castro a jeté l'éponge et écrit ses derniers discours. C'est son frère Raul qui a repris les rênes du pouvoir. Pour faire baisser la pression, il autorise l’ouverture des hôtels aux Cubains ou la vente de téléphones mobiles. Et tant pis si, avec un salaire moyen de 15 euros par mois, personne ici ne peut se payer une ligne à 50 euros! Confronté à l'une des plus graves crises économiques de son histoire, le castrisme lâche un peu la pression sur le plan culturel. Une brèche dans laquelle s'engouffrent, avec quelques précautions, des dizaines de groupes tentés par les sons venus d'ailleurs.

Porno Para Ricardo

Ça fait 12 ans, que Gorki Aguila est le poil à gratter du régime cubain. C'est comme si le chanteur du groupe Porno Para Ricardo, "du porno pour Richard", n'avait jamais entendu parler du diversionisme idéologique. Chacune des chansons de Porno Para Ricardo accumule les provocations. Le groupe répète chez Gorki, 39 ans, qui vit dans la maison de son père, ancien responsable d'une épicerie d’Etat. Abonné aux interdictions de jouer, Porno Para Ricardo doit rivaliser d'astuces. Ce jour-là, ils squattent un cinéma abandonné de la Havane et baptisent leur concert "fête antiblocage". Sa notoriété, le quatuor l'a gagnée sur le net. Une présence dans le monde digital qui lui offre une relative protection. En remplaçant le marteau communiste par un sexe en érection, les Porno ne font pas dans la dentelle.

Escape et Combat Noise

Certains rockeurs passent cependant librement à la télé, depuis l'arrivée au pouvoir de Raul Castro en juillet 2006. Créé il y a 13 ans à la Havane, Combat Noise joue la carte du Death Metal. Partageant leur batteur avec Escape, eux aussi sont artistes professionnels et salariés de l'Etat. Leur obsession : la guerre qui les fascine. Mais pour en parler à la télé, le chanteur Juan Carlos a un petit truc bien à lui… il chante en anglais et laisse volontairement planer le doute sur ses convictions. Formé en 2000, Escape a le statut de "professionnel", ce qui permet à ses membres d'appartenir à la nouvelle "Agence du rock" et donc de répéter dans une Maison de la Culture.
Juan Carlos / Combat Noise : "Il y a eu des époques pendant lesquelles la répression de l’Etat envers les rockeurs était très sévère. On nous considérait comme antisociaux…J’ai été en prison, je sais même plus combien de fois. Bon, selon la loi, ils peuvent seulement te garder trois jours en prison... Mais je connais toutes les gendarmeries de la Havane!"

Teufel

"Teufel", le diable en allemand, a été créé en 2000, au sud de La Havane. Pour eux, le chemin est encore long avant de vivre de sa musique. Le groupe a trois maquettes d’album à son actif. Pour l'équivalent de deux euros par semaine, il répète chez un copain, et y stocke ses instruments. Reidal, guitariste et leader du groupe, a arrêté ses études d’électronique pour vivre de sa passion. Mais pour l'instant, il survit grâce à des petits boulots.

Liens


Compilation

"Not salsa, just brutal music: Cuba's hardest"
Mixé et mastérisé à La Havane de mars à décembre 2007 - "...l'illustration la plus représentative possible du mouvement metal cubain actuel: metalcore, brutal-death, hardcore, death-metal, thrash..."
>> En commande sur le web

Extraits audio

Combat Noise - "Sniper is in position"
Escape - "Invencible"

Vidéos
"El Cake" - Porno Para Ricardo

"Soldiers must like to kill" - Combat Noise

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samedi, 18 avril 2009 à 01:45
Pas de rediffusion
(France, 2009, 52mn)
ARTE F

Edité le : 09-04-09
Dernière mise à jour le : 16-04-09