Tracks
Tracks fait le tour des sons et des cultures qui dépassent les bornes, tous les samedis à partir de 23h.
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Tracks fait le tour des sons et des cultures qui dépassent les bornes, tous les samedis à partir de 23h.
Diffusion le vendredi 29 août 2003 à 19h00
Rediffusion du 13 juin 2003
Rédaction: ARTE France, Program 33
Backstage - Sami Music
Après 4 siècles de soumission, les maîtres des glaces scandinaves se relèvent au son de la musique sami. Les scandinaves leur ont donné le nom péjoratif de "lapon", les loqueteux, mais le vrai nom de ce peuple c'est "sami". Leur territoire s'étend sur quatre frontières, de la Norvège à la Russie. A 300 kilomètres au nord du Cercle Polaire, soixante-quinze mille Samis se battent pour exister.
Anne-Gro et Olav du groupe Aigi, le temps en Sami font partie de cette nouvelle génération qui est fière de ses racines et les fait passer dans sa musique. Ils sont aussi à l'aise dans le tipi qui sert depuis des siècles à leur peuple pour suivre la transhumance des rennes, qu'avec leur téléphone portable. S'il reçoit le net et la télévision par satellite, Olav comme la plupart des jeunes samis a été obligé de s'exiler pour suivre ses études dans les capitales scandinaves.
La musique Sami repose sur un chant traditionnel; le joik. Depuis plus de dix ans, Wimme Saari modernise cette musique en l'entourant de sonorité électroniques. Composé de mots et d'onomatopées, perpétué depuis plus de dix mille ans et lié à la tradition chamanique des samis, le joik est l'un des plus vieux chant du monde.
Wimme Saari
Depuis l'apparition de l'être humain sur terre, on utilise cette forme de chant. Le joyk est un chant spirituel, et c'est même parfois un remède. A l'origine, le joyk et le tambour provoquaient une transe qui faisait passer du monde matériel à l'Au-Delà. C'est par elle qu'on exprime nos sentiments, nos peines, nos joies… C'est comme un passeport, chaque personne a son joyk et même les rennes, tous les animaux ont aussi leur propre joyk.
Chant religieux à l'origine, le joik est devenu la pierre angulaire de l'identité sami. Qu'il soit folk, rock ou électro, c'est autour de lui que se retrouvent ces indiens du cercle polaire.
Si aujourd'hui les Samis propagent leur culture dans leur média et leurs propres écoles, il leur a été longtemps interdit de la pratiquer.
Au début des années 80, pour protester contre la construction d'un barrage qui aurait englouti un village et menacé leurs ressources, la pêche et l'élevage de rennes, les habitants de Kautokeino, l'une des plus grandes villes sami se soulèvent. La Norvège envoie un millier de policiers et construit son barrage, mais les Sami ont relevé la tête après plus de quatre siècles de soumission.
Repoussés par les vikings au nord du cercle polaire au Moyen Age, les Sami, animistes, ont subi, depuis, le joug des missionnaires chrétiens. Jusqu'en 1960, la langue sami elle-même était pratiquée dans la clandestinité.
Mari Boine
A la maison, la musique traditionnelle était interdite. Pour mes parents, c'était la musique du Diable. J'ai grandi dans la honte de leur propre culture, de leurs rituels, de leur musique, de leurs cérémonies de guérison.
Dès le début des années 80, Mari Boine, la Joan Baez lapone, est la première à défier les autorités en demandant au Premier Ministre de s'excuser de l'attitude des Norvégiens envers les Samis. Sa première chanson est une reprise de "Working Class Hero" de John Lennon.
Mari Boine a refusé de chanter pour la cérémonie d'ouverture des JO de Lillehammer par crainte de passer pour une décoration exotique. Signée sur le label de Peter Gabriel, elle est devenue l'ambassadrice des Samis dans le monde entier.
Après avoir gagné la bataille de la langue, les Sami luttent pour leur sous-sol, riche en or et pierres précieuses et convoité par les multinationales. Ils réclament le droit de gérer leur terre via leur parlement, inauguré par le roi de Norvège, Olav V, en 1989.
Johan Mikkal Sara
Ca fait 23 ans qu'on attend de savoir quels droits on va avoir sur notre terre, ça doit être décidé cette année. Je ne suis pas très optimiste parce que les autorités norvégiennes n'ont pas l'air de vouloir nous concéder plus de pouvoir et en tout cas certainement pas la gestion de notre terre.
Tous les ans à Kautokeino, les Sami affirment haut et fort leur fierté retrouvée. Autour des activités traditionnelles, courses de rennes et concours de pêche dans la glace, on célèbre la fin d'un hiver où la température descend parfois jusqu'à -40°, et l'arrivée du soleil de minuit. Pendant les dix jours et dix nuits du festival, les groupes venus de toute la Laponie mettent le joik à toutes les sauces.
Edité le : 27-05-04
Dernière mise à jour le : 26-08-03