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Du 7 au 17 février, l’équipe web franco-allemande en collaboration avec la rédaction du Journal de la Culture couvre en direct l’intégralité de la Berlinale.

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Filmfestival Berlinale 2008 - Compétition - 01/09/08

Ballast

Un film de Lance Hammer


Radical et désespéré, Ballast, premier film de Lance Hammer, a des accents de requiem fiévreux pour un Sud exsangue.

Synopsis : James, douze ans, mène une vie difficile sur les rives du Delta du Mississippi avec sa mère Marlee. Elle passe son temps à travailler pour un salaire médiocre et James est livré à lui-même. Il tente de se faire accepter par une petite bande de délinquants et, ce faisant, se grille définitivement avec eux et se fait tabasser. Sa mère et lui sont obligés de fuir et de se réfugier chez le père de James, Darrius, qui vient de se suicider. Sa maison est gardée par son frère jumeau, Lawrence, dépressif et lui aussi suicidaire. Lawrence essaie d’apprivoiser son neveu et sa mère malgré leur agressivité…

Critique : Lance Hammer lance un grand pavé dans la mare de la compétition officielle de cette Berlinale 2008 avec ce premier film radical. Avec une économie de moyens qui n’exclut pas une vraie sophistication de la mise en scène, il raconte par à-coups les bouleversements dans la vie de trois êtres en perdition : James, un pré-ado difficile, Marlee, sa mère un peu envahissante, et Lawrence qui doit survivre tant bien que mal au récent suicide de son frère jumeau. Le cadre de vie de ses trois-là semble tout droit sorti d’un documentaire sur les ravages du cyclone Katrina en Louisiane : des champs pris sous le gel de l’hiver, de la boue, des maisons éventrées et détrempées ou des cadavres d’arbres abattus émergeant à peine des marécages poisseux. Le film, dont le titre « Ballast » évoque sans doute la capacité étrange de ces anti-héros à surnager – avec peine – au-dessus de la ligne de flottaison des emmerdes, commence de façon trash avec un quasi double suicide et continue sur des situations tout aussi angoissantes.

Le gamin, par ennui, joue avec un pistolet, s’endette auprès de petits dealers frimeurs, et ment comme un arracheur de dents à sa mère jusqu’à ce qu’ils se fassent tous les deux sérieusement tabasser. Marlee se débat avec des problèmes d’argent, un fils à élever seule, une haine à peine dissimulée pour son ex-mari, et une totale cécité pour tout ce qui touche à son enfant chéri. Quant à Lawrence, dépressif après la mort de son frère jumeau qu’il adorait, il se remet à peine de sa tentative de suicide, parle peu et morfle beaucoup. Pour résumer, c’est pas la joie… Lance Hammer marche fièrement sur les pas de ses pairs : le cadre de vie de ses héros fait songer à celui des frères Dardenne transposé dans le Mississippi. Le cinéaste, dans la veine behaviouriste de Lodge Kerrigan, n’explique rien : il montre des mouvements, des tranches de vie. Sa manière de filmer, un peu plus compliquée qu’une simple caméra à l‘épaule, joue sur les différentes focales, la place des acteurs souvent de dos dans le cadre, l’ombre portée et lourde des choses et des êtres. Tout pèse. Le son particulièrement soigné et travaillé tient une place à part dans le film, ce qui entérine deux autres influences majeures : Gérard Blain qui a lui aussi interrogé de façon plutôt radicale la question de la paternité et Bresson pour le choix des acteurs non professionnels, des gens qui existent à l’écran sans pour autant avoir beaucoup de dialogues. Au final, ce film ultra radical ressemble à un coup de massue et pose des questions politiques sur le sort des Afro-américains dans le sud des Etats-Unis, délaissés par le gouvernement dans une misère absolue après la catastrophe de l’ouragan Katrina. Un film sur le manque d’espoir qui laisse peu de place à la lumière et beaucoup à la survie.

Delphine Valloire
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Ballast
USA, 2007, 96 min
Réalisateur : Lance Hammer
Avec : Micheal J. Smith, JimMyron Ross, Tarra Riggs, Johnny McPhai

Edité le : 08-02-08
Dernière mise à jour le : 01-09-08