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Etats-Unis: élections 2008

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Etats-Unis: élections 2008

25/09/08

Barack Obama - Espoir de la jeune Amérique ?

Avant les primaires au Texas et dans l'Ohio, Barack Obama était le favori incontesté des démocrates. Mais après onze défaites consécutives, Hillary Clinton revient dans la course. Un revirement de situation qui pourrait profiter au candidat républicain John McCain.

Christoph von Marschall est l'auteur de la première biographie allemande de Barack Obama. A l'occasion d'une interview pour ARTE, il a parlé du message du changement prôné par cette comète du monde politique et de la fascination que la candidat exerce sur de nombreux Américains.

ARTE : Vous avez beaucoup travaillé sur la biographie de Barack Obama. Pourquoi, selon vous, ce candidat exerce-t-il une telle fascination ?
Christoph von Marschall : Ce qui fascine chez cet homme, c'est son charisme, ses qualités rhétoriques. Grâce à son message positif, il arrive à enthousiasmer les foules. A ce niveau, la comparaison avec Hillary Clinton est flagrante. Après sept ans sous George W. Bush, l'Amérique se languit d'une société qui lui permet de réaliser ses idéaux, de retrouver son amour-propre et d'être de nouveau respecté par le monde extérieur. Barack Obama, fils d'un Africain venu faire ses études en Amérique et d'une mère blanche du Kansas, est parti de tout en bas et s’est hissé tout en haut de l'échelle sociale. Sa réussite incarne donc aussi le message que le rêve américain fonctionne toujours - ou de nouveau.

Changement, recommencement, réconciliation ... Les Américains sont-ils à ce point insatisfaits et déprimés ?
Le fait que ce pays est actuellement figé dans un immobilisme complet a engendré une grande désillusion politique. Pour beaucoup, les raisons en sont les multiples clivages de la société américaine : gauche contre droite, classe privilégiée contre défavorisés, noirs contre blancs ... La promesse d'Obama de s'investir dans une politique qui dépasse les seuls intérêts des partis et de « réunifier » l'Amérique, nourrit aussi l’espoir que ce nouveau style politique permettra de sortir de cet immobilisme. Ce clivage, qui s’est accentué sous Bush, avait déjà commencé sous Clinton. Dans ce sens, Hillary Clinton n’est pas vraiment bien placée pour réconcilier cette société.

Cette promesse peut-elle être tenue de manière réaliste ? Est-ce qu’elle sera encore crédible à l’échelle de tout un pays ?
Depuis le « Super Tuesday », le message de Barack Obama fait apparemment recette. Selon les sondages en effet, si Hillary Clinton est donnée perdante face à John McCain, Obama, lui, remporterait la partie. Quant à savoir si cette promesse sera tenue, c’est une autre question, mais je n’ai aucun doute qu’elle se maintiendra jusqu’à l’automne. Quoi qu’il en soit, face à McCain avec ses 72 ans et ses problèmes de santé, Obama sera sans aucun doute l’adversaire le plus coriace ne serait-ce qu’en raison de sa fraîcheur et de sa jeunesse.

Dans le sous-titre de votre livre, vous appelez Barack Obama le « Kennedy noir ». En quoi exactement consiste sa « politique noire » ? Ou alors ses origines culturelles représentent-elles une bonne opportunité pour séduire les électeurs appartenant aux minorités ethniques ?
Il est intéressant de noter que l’argument d’une politique favorable aux minorités ne marche pas pour Obama. Les hispanophones votent en majorité pour Hillary Clinton, une blanche de la classe aisée. Ils sont en concurrence avec les noirs pour les emplois à bas salaire et manifestent des préjugés raciaux. Les partisans blancs d’Obama - et en particulier la classe moyenne cultivée et les jeunes femmes - ne voient d’ailleurs pas en lui un candidat noir, mais un candidat qui est au-delà des questions d’appartenance sociale ou raciale. Le premier candidat « post-racial » en quelque sorte. Dans le nouveau modèle social de la jeune Amérique, les différences de salaire, d’éducation, de race ou d’origine importeront moins.

La campagne des primaires est menée beaucoup plus sur le plan des émotions que sur le plan des contenus politiques. Qu’est ce que l’on sait des conseillers et des politiciens derrière Obama ?
Barack Obama a recruté ses conseilleurs parmi ses contacts remontant à ses mandats en politique régionale et comme sénateur de l’Illinois, mais aussi dans les milieux universitaires à Harvard et dans d’autres universités réservées aux élites. Il a aussi trouvé des conseillers influents parmi les anciens collaborateurs de Tom Daschle. Le leader de la majorité démocrate au sénat a perdu son mandat l’année où Obama est arrivé au sénat. Il y a quelques semaines, Obama a aussi publié une liste de 43 noms de personnes ayant appartenu au staff de l’ancien président Bill Clinton, parmi lesquels figure Dennis Ross, secrétaire à la défense et médiateur de Bill Clinton au Proche-Orient. Cela dit, avec 83 noms, la liste de Hillary Clinton est nettement plus longue.

Les détracteurs d’Obama critiquent son manque d’expérience en politique étrangère. Sur ce plan, lequel des trois noms en lice serait le candidat idéal du point de vue européen ?
Ceux qui critiquent le manque d’expérience d’Obama en politique étrangère oublient souvent de prendre en compte deux arguments qui pourraient tout à fait nourrir les espoirs d’une politique étrangère américaine différente : ses compétences interculturelles et interconfessionnelles. Il a grandi pendant plusieurs années à l’étranger et comprend viscéralement que des pays comme l’Asie ou l’Afrique fonctionnent selon d’autres valeurs que l’Amérique. Sa compréhension de la culture religieuse de l’islam est une bonne nouvelle qui pourrait ouvrir des nouvelles options politiques dans le conflit au Proche-Orient.
Hillary Clinton serait elle aussi une candidate relativement sûre. Elle ferait moins d’erreurs que Bush. Quant au fait qu’elle est moins qualifiée pour réconcilier la société américaine, c’est un aspect qui sera peu perceptible en Europe. Cela dit, et même si en Europe l’idée de la victoire d’un républicain après les années Bush a du mal à passer, l’élection de McCain ne serait pas une mauvaise nouvelle non plus pour le reste du monde. Il est certes partisan d’une ligne dure en politique iranienne, mais il a aussi une autre conception de la relation avec ses alliés que Bush. Il a beaucoup plus d’expérience en politique étrangère et dispose de très bons contacts en Europe et dans le reste du monde.

Après onze défaites consécutives, Hillary Clinton vient de rattraper son retard au Texas et dans l’Ohio. Quel est, à partir de là, votre pronostic ?
Avec onze victoires d’affilée depuis le « Super Tuesday », Barack Obama était considéré comme le grand favori, mais depuis le 4 mars, Hillary est revenue dans la course. Si l’on prend en compte le seul vote des délégués, il faudra sans doute attendre le Congrès des démocrates pour connaître le verdict. Quant à l’élection elle-même, rien n’est joué. Les républicains peuvent très bien gagner, un peu plus facilement

Propos recueillis par Nicola Hellmann (mars 2008)

Edité le : 10-03-08
Dernière mise à jour le : 25-09-08


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