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Cannes 2005 - Compétition - 20/05/05

Bataille dans le ciel

Un film de Carlos Reygadas



Un homme en conflit et la ville tentaculaire de Mexico inspirent au jeune réalisateur Carlos Reygadas un chef-d’œuvre combatif, qui est aussi une célébration sous toutes ses formes…

(Mexique/Belgique/France/Allemagne/101 min.)
Avec Brenda Angulo, David Bornstien, Marcos Hernández, Berta Ruiz…

L'interview avec Carlos Reygadas
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Synopsis : Marcos, chauffeur d’un général, et sa femme ont kidnappé à des fins lucratives un enfant qui en est mort accidentellement. Dans une autre sphère de la société, Ana, la fille du patron de Marcos, se prostitue par plaisir. Hanté par sa conscience, ce dernier se confesse à elle, à la recherche de réconfort. Finalement, sa quête de rédemption le conduit à suivre un pèlerinage en l’honneur de Notre Dame de Guadalupe, la sainte mère de tous les mexicains.

Critique : Avec « Japon » (2002), son premier film qui suivait le parcours d’un homme désireux de mettre fin à ses jours, au terme d’un voyage dans une région reculée du Mexique, Carlos Reygadas avait fait le pari d’une prétention formelle et esthétique clairement assumée. Mais, pour ce réalisateur cultivé et combatif, le premier degré renforce la puissance d’évocation des images, loin de la pose. Le formalisme en accentue la vérité, quand l’inspiration lyrique demeure au service d’un discours social tout à fait réaliste. Pour Reygadas, le conflit des classes, le désir charnel, la spiritualité, le sentiment de culpabilité et l’idée de la remise en question sont des éléments invitant, non à un militantisme asséné comme une succession indigeste de slogans, mais à une forme de célébration sophistiquée. Dans « Batalla en El Cielo » (Bataille dans le ciel), lenteur et mouvement, personnages et infrastructures urbaines, sons, dialogues et musique se fondent en un tout, d’où le geste créatif et le pouvoir d’évocation sortent vainqueurs.

L’inconséquences des jeunes gens issus des couches aisées de la société, celle des prolétaires qui en viennent à enlever le bébé de l’une de leurs propres amies, car il est plus facile de rançonner un pauvre qu’un millionnaire entouré de gardes du corps… Tout cela ne relève pas d’un geste critique et misanthrope, mais de l’envie d’un cinéma total, qui se confond avec l’envie de filmer la mégalopole tentaculaire et hostile de Mexico comme la campagne verte et brumeuse, la beauté et la puissance calme des corps massifs comme celle d’une nymphette tatouée arborant des dreadlocks. Lyrique et noir, le cinéma de Carlos Reygadas ne fonctionne jamais sur un rapport d’élitisme et d’exclusion. De « Japon » à « Batalla en El Cielo », il a surtout accompli un grand pas, tout en précisant une forme foisonnante et sensitive, avec laquelle il faudra compter.

Julien Welter

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Batalla En El Cielo
De Carlos Reygadas
(Mexique – France – Belgique, 2005, 1h40)
Avec Marcos Hernandez, Analopa Mushkadiz, Berta Ruiz…
Filmfestival Cannes 2005 - Compétition
Une Coproduction Arte

Edité le : 16-05-05
Dernière mise à jour le : 20-05-05