Le 16 janvier 1938 s’ouvre un nouveau chapitre de l’histoire du jazz : ce soir-là, Benny Goodman monte avec son orchestre sur la scène du vénéré Carnegie Hall de New York. Avec sa clarinette, il donne le tempo du concert sans doute le plus célèbre de l’ère du swing.
Aux États-Unis, dans les années 30, tout comme dans les folles années 20, on entend du jazz un peu partout, mais presque exclusivement dans les bals et les clubs, les salons et les salles de restaurant des hôtels, les bars et les cafés. À l’époque, les concerts tels que nous les connaissons aujourd’hui, avec des sièges bien alignés et une scène vers laquelle convergent tous les regards, étaient encore l’apanage de la musique classique. L’illustre Carnegie Hall était réservé à la musique classique, si l’on excepte un concert de « musique noire » dirigé par W.C. Handy en 1928.La salle affiche complet depuis longtemps. Sur scène, on a installé des chaises supplémentaires tout autour de l’orchestre pour accueillir quelques spectateurs de plus. Le fameux soir, on vend encore des places debout ! La tension est palpable, l’excitation règne dans le public, mais aussi sur scène. Les premières notes sont quelque peu hésitantes. Benny Goodman, lui-même nerveux, donne un tempo un peu lent pour un morceau d’ouverture, « Don't be that way ». Les musiciens sont tout sauf détendus, le leader à la clarinette solo, Babe Russin au saxo ténor et Harry James à la trompette. Puis, soudain, le batteur Gene Krupa lance son break : le public se lève, en liesse, applaudit et, dès lors, tout se met en place : l’orchestre trouve le bon feeling, le swing s’installe.
Dès cette époque, Benny Goodman était surnommé « le Roi du swing ». Son orchestre, composé de solistes exceptionnels, s’était fait connaître dans tous les États-Unis par de nombreux disques largement diffusés sur les radios et par sa présence dans une émission publicitaire en vogue, The Camel Caravan. C’est d’ailleurs un agent publicitaire qui eut l’idée de ce concert au Carnegie Hall. Au départ, Benny Goodman se montra sceptique. A l’arrivée, un succès phénoménal.
Benny Goodman se produit dans son big band au grand complet, mais aussi dans deux de ses petites formations : un trio avec Teddy Wilson au piano et Gene Krupa à la batterie, et un quartette, formé de ce trio plus Lionel Hampton au vibraphone. Un quintette et un septette montent également sur scène. Le Roi du swing a convié aussi quelques grands noms du jazz : Count Basie et quatre de ses solistes, mais aussi Cootie Williams, Johnny Hodges et Harry Carney, de l’orchestre de Duke Ellington, qui se retrouvent tous ensemble dans une grandiose jam session sur le thème de « Honeysuckle Rose ». Le magazine Down Beat consacre sa une à l’événement : « Le concert de Benny Goodman est entré dans les annales de la swingologie ».Une date phare dans l’histoire du jazz. Le double album de Bella Musica ne nous livre pas les morceaux dans l’ordre original, qu’à cela ne tienne. On déplorera en revanche l’indigence du livret. Certes, il contient quelques éléments biographiques sur Benny Goodman et nomme les musiciens de l’orchestre, mais nulle part il est question des musiciens invités, pourtant bel et bien sur scène ! En outre, il manque le magistral final, en quelque sorte l’apothéose de ce concert mythique : « Sing Sing Sing ». L’album intègre une version ultérieure de ce morceau, ainsi que sept autres tirés d’un concert enregistré le 6 octobre 1939. Malgré cette petite réserve, ce concert au Carnegie Hall est et restera à n’en pas douter l’un des enregistrements du siècle.
Texte : H.-Werner Wunderlich

Benny Goodman :
The Carnegie Hall Jazz Concerts
Bella Musica BM 14.4028






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter