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03/05/05

Benoît Maurer, éditeur

Rencontre avec Benoît Maurer, éditeur de Junko Mizuno en France et fondateur des éditions Imho.

Mang'Arte : Comment sont nées les éditions Imho ? Le nom a-t-il une signification particulière ?

Imho signifie « In My Humble Opinion »,-à mon humble avis - et les éditions ont été lancées en septembre 2003. Auparavant je travaillais dans un magazine qui s’appelait Japan Mania qui traitait de culture japonaise populaire, magazine qui a cessé son activité l’année dernière. A partir de là, ayant eu beaucoup de contacts avec des auteurs dont Junko Mizuno qui était éditée par les Editions ViZ aux Etats-Unis et qui possède les droits internationaux des œuvres de Junko Mizuno, nous avons commencé à travailler sur une solution éditoriale pour leur permettre d’être diffusé en France.
Cependant les Editions IMHO ne se limitent pas à l’édition de mangas et de bandes-dessinées, nous avons plusieurs autres projets liés à la musique ou à la littérature.

Mang'Arte : Pour une première publication manga, vous démarrez avec un titre intéressant « Cinderalla » de Junko Mizuno. Comment s’est passé votre rencontre avec l’auteur ?

J’avais fait un article sur elle dans Japan Mania et j’avais aussi travaillé avec l’éditeur Viz au Etats-Unis. Je trouvais son travail intéressant, notamment le graphisme qui n’est pas très représenté en France. Peu après nous avons obtenu les droits auprès de l’éditeur américain.
J’ai ensuite rencontré Junko Mizuno lors de la fabrication du livre car elle a un droit de regard assez important sur ses œuvres. Par exemple, sur l’édition américaine, elle a refait les couleurs, le sens de lecture des planches, parce que la version initiale japonaise ne lui avait pas plu. Elle voulait vraiment un sens de lecture occidental, ce qui n’est pas courant pour un auteur japonais et surtout que les couleurs soient respectées. En ce qui nous concerne, elle souhaitait que le papier ait un aspect assez « crade », de basse qualité.



Mang'Arte : Comment "Cinderalla" a-t-il été accueilli en France ?

Avant la sortie, on a eu des à priori négatifs notamment à cause de l’utilisation de la couleur et du sens de lecture occidental, par rapport aux fans qui ont l’habitude de lire des mangas, c’était plutôt mal perçu.
Depuis sa sortie les réactions sont très divisées, il y a ceux qui aiment et ceux qui n’aiment pas du tout, il n’y a pas vraiment d’intermédiaire.

Mang'Arte : Quelles sont les différences entre le marché du manga en France et au Japon sur une œuvre comme "Cinderalla" ?

Pour "Cinderalla" et Junko Mizuno, la situation aux Etats-Unis et en France est un peu la même, cela touche un public particulier donc c’est plutôt des petits tirages, de l’ordre de 4000 exemplaires. En revanche au Japon , même si Junko Mizuno est éditée dans des magazines indépendants cela représente des ventes entre 50 000 et 100 000 exemplaires, ce qui par rapport à une situation d’indépendant en France, n’a évidemment rien à voir.

Mang'Arte : Avez-vous d’autres projets avec Junko Mizuno ?

Nous avons plusieurs ouvrages en cours comme « Hansel et Gretel » que l’on souhaiterait sortir en 2005 pour le Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême et aussi « La Petite Sirène » dont la sortie n’a pas été fixée pour le moment.

Mang'Arte : Beaucoup de ses œuvres se basent sur des contes ?

En fait, Junko Mizuno est illustratrice à la base et comme elle n’avait jamais réalisé de mangas, la première société d’édition avec laquelle elle a travaillé au Japon, lui a demandé de partir sur un conte, pour lui permettre de toucher un public précis. C’est pour cela que ses trois premières œuvres s’inspirent de contes européens.
En revanche, pour les séries qu’elle fait actuellement pour « Comic Beam », elle rédige des scénarios originaux.

Mang'Arte : Avec trois nouvelles éditions d’auteurs de manga peu connus en France en 2004, il semblerait que vous ayez une dynamique spécifique, quel est votre approche éditoriale ?

Les prochains auteurs édités seront Hideshi Hino et Suehiro Maruo qui ne sont pas inconnus en Europe puisqu’ils ont été édités en Italie, en Espagne et en Allemagne. Mais ils vont être édités pour la première fois en France par les Editions IMHO.
En fait c’est surtout des auteurs que j’avais lu en anglais et que je souhaitais retrouver en français comme Hideshi Hino qui a un propos très fort sur l’holocauste nucléaire, ou comme Suehiro Maruo qui traite le genre érotique-grotesque avec un discours intéressant qui n’apparaît pas forcément dans la BD franco-belge, ni dans le manga.
Les auteurs que nous éditons ont des carrières assez ambivalentes tels que Hideshi Hino qui a réalisé une série de films d’horreurs qui s’appelle «Guinea Pigs » qui a fait scandale par son aspect un peu trop réaliste.
Mais le fait d’éditer des auteurs de mangas d’horreur est un peu le fruit du hasard, les prochains seront sur des thèmes différents.
On devrait ainsi éditer un titre tous les trois mois environ à partir du mois de septembre 2004.



Mang'Arte : Le marché du manga a connu une progression spectaculaire ces dernières années en France, comment voyez-vous l’évolution de ce marché d’ici cinq ans ?

Il va sûrement y avoir le même phénomène que pour les comix américains il y a quelques années, le même processus d’acclimatation. D’abord considéré comme un objet exotique le manga va peu à peu trouver sa place dans les rayons BD traditionnels et tous ses genres seront représentés.
Il y a plusieurs projets d’éditeurs français qui visent à reproduire des modes de fonctionnement de l’édition japonaise comme les magazines de pré-publications, qui permettent de découvrir des auteurs. Des magazines pouvant aller jusqu’à 800 pages.
Il est possible qu’il y ait un phénomène de saturation dû à la répétition des titres et des genres.

Mang'Arte : Quel est votre souhait d’éditeur pour 2004 ?

Plutôt pour 2004/2005, l’idée initiale des éditions IMHO était de créer une plate-forme éditoriale qui permettrait de faire rencontrer différents champs artistiques, différents acteurs. Par exemple, nous avons le projet d’une rencontre entre une écrivaine française et Junko Mizuno qui ferait les illustrations de son roman. Et nous avons d’autres projets hybrides tels que des enregistrements sonores d’écrivains mixés par différents musiciens. Donc mon souhait est que nous puissions réaliser plusieurs projets de ce type.


Propos recueillis par Emmanuel Raillard, avril 2004

Editions IMHO
13, avenue Corentin Cariou 75019 Paris
www.imho.fr

Cinderalla de Junko Mizuno
136 pages / 11 €
Couleur / 14,5 X 21 cm
ISBN : 2-915517-00-2
EAN : 9782915517002
Distribution : Le Comptoir des indépendants

Edité le : 05-05-04
Dernière mise à jour le : 03-05-05