Berlinale 2009 - Review Berlinale - 10/02/09
Berlinale goes digital
Depuis 2004 l'équipement de projection digitale progresse à grands pas.
Sur la place de Potsdam en janvier: une pré-conférence de presse de la section « Perspective Cinéma allemand », on y présente, devant un parterre de journalistes curieux, le film d'ouverture « Distanz »: l'histoire d'un jardinier qui devient un meurtrier aussi froid que ce mois de janvier à Berlin. Au bout de trois bons quarts d'heure, notre jardinier-tueur, totalement inoffensif d'apparence, prend de nouveau un jogger pour cible, cette fois-ci depuis la fenêtre de son propre appartement, alors que son amie dort à côté. C'est un film calme, les personnages sont taciturnes, mais la tension monte: la jeune fille va-t-elle se réveiller et découvrir ce que fait son petit ami? Puis, un long black-out, on entend le protagoniste respirer, manipuler son fusil et armer le chien. Etrangement long, ce black-out, trop long – une véritable panne en fait. Les journalistes inquiets s'agitent sur leurs fauteuils, la chargée des relations publiques est tendue, quand soudain l'image réapparaît. Sans son, cette fois. Puis un drôle de saut...d'image bien entendu, pas dans le public, car là l'ambiance atteint plutôt des records de froid. Finalement, le film reprend, le son étant désespérément en décalage avec l'image, sans retour possible sur la séquence manquée. On diffuse diverses informations et excuses embrouillées: la projection en format digital, nous dit-on, ne permet pas de revenir en arrière, le projectionniste va avoir recours à la bande originale et on nous propose de reprendre le film dans vingt minutes, à partir de la première panne. Plusieurs journalistes quittent définitivement la salle, un véritable dilemme pour le producteur présent dans la salle. Sachant que depuis 2004, l'équipement de projection digitale progresse à grands pas (29 des 49 salles sont maintenant équipées et disposent donc d'une technologie homogène), il y a peut-être matière à s'inquiéter. On peut s'interroger sur le degré de fiabilité de cette nouvelle technologie, du matériel fourni par une société de Tübingen (serveurs et postes de masterisation), et sur les raisons qui ont bien pu pousser les organisateurs de la Berlinale à faire un tel pari technologique, alors même qu'une rétrospective est consacrée en parallèle aux films tournés en 70 mm.
André Stever, le directeur, nous répond sur les motivations de la Berlinale: il s'agissait, et c'est compréhensible, d'homogénéiser d'emblée les différents formats et ainsi de limiter, grâce à une technologie uniforme, les besoins logistiques. L'année précédente, lors du Festival et du European Film Market, les organisateurs ont été confrontés à près de 400 films de formats différents, pour lesquels les moyens de projection correspondants ont dû être mis à disposition dans les différentes salles. La logistique requise a été considérable: entre les projections, on ne disposait que de dix minutes pour adapter les formats, régler les appareils et procéder aux vérifications techniques. Face à la progression des formats digitaux, un format uniforme devenait inévitable pour résorber l'ampleur des problèmes et le stress généré.
Les serveurs digitaux, qui connaissent un essor constant depuis quelques années, mais dont l'utilisation n'est devenue systématique que depuis peu, sont d'un usage beaucoup plus simple que les systèmes précédents, d'autant que les personnels ont été formés en conséquence. A la place des trente lecteurs utilisés précédemment, on a plus besoin que de trois appareils par format en salle de masterisation, où les films sont « décodés », pourvus d'une clé de sécurité, envoyés sur le serveur central, d'où ils transférés sur un disque dur externe destiné à un salle : une procédure « fluide » et sûre. Et quels en sont les avantages pour le public? « Dans le cas idéal, le spectateur ne remarque même pas le changement. », affirme André Stever. Et effectivement, lors de la présentation à la presse de la section « Panorama », la projection s'est déroulé sans aucun soucis, démontrant ainsi que la technologie digitale n'a rien à envier aux bobines classiques – sachant que tout ce qui a été tourné en 35 mm, sera projeté de la même manière. Et ainsi, les signaux habituels, apparaissant en bordure d'image, sont remplacés par un code digital d'une fraction de seconde: il s'agit là des effets secondaires des premières versions pas complètement abouties, mais qui devraient avoir disparu au moment du Festival proprement dit.
De façon générale, la projection digitale est éminemment performante, la technologie employée permet le full-HD, c'est à dire une définition de 1920 par 1080 pixels; la qualité finale de l'image dépend bien-sûr de la taille de l'écran et du projecteur employé. La qualité atteint jusqu'à 2k, du moins pour les films projetés en compétition. Pour six films, les lourdes bobines sont remplacées par un serveur, l'an dernier seuls trois étaient concernés. Pour ces six films du programme 2009, dont le film d'ouverture « The International » et « Cherie » de Stephen Frears, on utilisera seulement des système éprouvés, ce qui signifie que les partenaires externes tels que Dolby ou Barco fournissent les serveurs, les projecteurs et du personnel, afin d'éviter toute panne.
Qu'en est-il des 29 salles nouvellement équipées? « Il faut bien reconnaître qu'en phase préparatoire, nous avons fait des expériences que nous voulons et devons absolument pas reproduire lors du Festival », nous dit Stever, qui finit par nous expliquer la cause de la panne lors de la première projection: « Nous n'avons reçu les serveurs appropriés qu'aujourd'hui. Pour la présentation à la presse, et en guise de test pour notre encodage, la société « Bewegte Bilder » avait mis à notre disposition une version préalable. Il y a eu différents problèmes dans l'exécution du protocole, par exemple, un problème de logiciel sur le serveur utilisé qui a provoqué un décalage entre son et image. En grande partie, les problèmes sont déjà résolus: nous disposons déjà d'un nouveau logiciel et la fonction « retour » a enfin été intégrée dans les nouveaux serveurs. » Tout va pour le mieux alors? « Si nous n'étions pas optimistes par nature, nous ne ferions pas tout ça », dit André Stever d'un ton détaché. Il ne reste plus qu'à souhaiter à la Berlinale, aux techniciens, aux présentateurs, et surtout aux spectateurs qu'à partir du 5 février tous ces soucis de jeunesse seront effectivement dépassés au moment où le rideau, un bon rideau à l'ancienne, se lèvera sur des aventures cinématographiques passionnantes et épurées de tout tracas technologique.
Kyra Scheurer
Edité le : 22-01-09
Dernière mise à jour le : 10-02-09