Avec Ventura, Beatriz Duarte, Vanda Duarte, Gustavo Sumpta, Cila Cardoso…
Une Coproduction Arte


Synopsis : Dans un quartier pauvre de la banlieue de Lisbonne, des bruits retentissent, des meubles sont défenestrés : Clotilde a décidé de quitter son mari Ventura, ouvrier capverdien à la retraite. Perdu entre les rues insalubres où il déambule depuis des années et le nouveau logement HLM où on l’incite désormais à s’installer, Ventura poursuit son chemin, sans abdiquer. Il s’engage à la rencontre des autres, s’enquiert de leur santé, pour les considérer comme ses enfants…
L'interview avec le réalisateur Pedro CostaCritique : D’un film à l’autre, Pedro Costa manifestait le souci de remettre en question systématiquement et violemment son approche du cinéma. L’âpre claustrophobie d’ « Ossos » (1997) n’annonçait en rien la tension lumineuse de l’ample « Dans la chambre de Vanda » (2000). « En avant, jeunesse ! » révèle pourtant le choix assumé d’une fidélisation au style de cette ?uvre marquante et d’« Où gît votre sourire enfoui » (2002), un documentaire consacré aux cinéastes Danielle Huillet et Jean-Marie Straub, qui ont toujours martelé cette nécessité de se familiariser aux gens et aux lieux où ils résident avant de commencer à filmer.
Pedro Costa en a fait l’un de ses principes. La patience est une autre définition de son cinéma et permet notamment le discernement progressif des sentiments. En prenant le temps nécessaire, Pedro Costa prend celui de définir sans agressivité la violence d’un quartier dans son fonctionnement, mais aussi la violence extérieure, celle de l’autre société vis-à-vis de ce lieu, ou encore celle dissimulée derrière les murs couverts de peinture fraîche des logements sociaux. Le quartier devient une fiction en lui-même, avec tous ses rapports psychologiques et économiques, chaotiques mais palpables, quand l’acceptation du cinéaste au sein de cette communauté déportée d’un bidonville à des HLM lui permet de connaître réellement les joies et tristesses qui personnifient ses représentants. Le cinéaste les restitue fièrement au travers des visages et des gestes et c’est pourquoi le cadre de chaque plan se révèle très étudié. Il entend sublimer les belles poses aristocratiques et inattendues des personnages, pour renvoyer à l’orgueil retrouvé de ces corps abîmés par le travail pénible, la misère, la drogue ou l’errance.
Ainsi, la valeur du témoignage se joint, plus que dans ses films précédents, à la valeur esthétique, quand il n’y a jamais eu chez lui autant de véritables scènes de comédie. Le cinéaste n’est plus dans le constat d’un glissement vers l’abyme, il se porte vers une forme de restauration, toujours difficile et attentive. Ouvrier blessé sur un chantier, Ventura renvoie au personnage incarné par Isaac de Bankolé, victime d’un accident similaire au début de « Casa de Lava » (1994), depuis lequel Costa observe régulièrement la population ouvrière lisbonnaise et originaire du Cap Vert. Visiteur sans relâche Ventura le passeur relaie l’ambition de Pedro Costa à maintenir en vie une communauté relogée mais disloquée. Ce n’est pas un hasard si l’on trouve beaucoup moins de scènes de groupe dans « En avant, jeunesse ! », par rapport à « Dans la chambre de Vanda ». Ventura opère seul le lien entre ces destins isolés dans leurs habitations neuves, à regarder la télévision. Il reconnecte et réactive un lien profond et quelque peu éteint. Les murs des HLM sont d’un blanc immaculé, mais ce décor exacerbe justement la visibilité de cette population que l’on ne veut généralement pas voir. Entre quartier pauvre et quartier rénové, Pedro Costa abolit avec un idéalisme jamais dupe les frontières sociales, privées et domestiques. Il y a vraiment-là le signe chez ce cinéaste exigeant d’un renouveau, de sa confiance retrouvée envers le cinéma.
Julien Welter
Synopsis: Ventura, un travailleur capverdien, habite depuis 34 ans à Fontainhas, une banlieue de Lisbonne. Son ancien quartier a été rasé, et il vit maintenant dans un immeuble blanc tout neuf. Bien qu'il n'ait pas d'enfant, tous ceux qu'il rencontre semblent être les siens.Critique: La clef pour décrypter l'oeuvre de Pedro Costa, c'est le 'temps'. Le réalisateur portugais prend son temps, beaucoup de temps, pour préparer ses films et pour les tourner. Lorsque l'on en regarde un , il faut également prendre son temps et s'armer de patience, car ils durent souvent plusieurs heures. Cela revêt pour Pedro Costas une importance particulière, car „c'est seulement comme ça que l'on peut voir, ce que je veux montrer“. Durant des semaines, il rendit visite aux personnes qui jouent dans son dernier film. Pour JUVENTUDE EM MARCHA, le tournage dura 15 mois, à raison de six jours par semaine et de journées de travail complètes. Certaines scènes furent refaites vingt fois. 320 heures d'enregistrement furent réalisées. Les personnes devant la caméra ne sont pas des acteurs, ils sont eux-mêmes. Pedro Costa retravaille les textes avec eux, jusqu'à ce qu'ils acquièrent une certaine densité et qu'ils parviennent à raconter leur histoire de manière condensée. Le résultat est par moments infiniment poétique. Par exemple, quand Ventura s'imagine en train d'écrire une lettre d'amour à sa femme Clotilde, qui l'a quitté soudainement: „Etre de nouveau avec toi donnerait de la beauté à ma vie pour les trentes années à venir. J'aimerais pouvoir t'offrir 100.000 cigarettes, une douzaines de robes élégantes, une voiture...“
La caméra focalise constamment sur les personnages, éclairés par la lumière naturelle: aucune lumière artificielle n'est jamais employée. Ainsi, les lieux sont parfois très sombres, et l'on distingue mal les protagonistes. Parfois, cependant, Ventura est filmé devant son nouvel immeuble: la caméra descend et le filme par en dessous: le bâtiment apparaît alors en arrière-plan comme un grand collosse blanc. Pedro Costa a un don exceptionnel pour le cadrage, même dans les plus petites pièces, il trouve encore un angle intéressant. A l'intérieur comme à l'extérieur, il réduit ses images à l'espace occupé par les personnages. Aucun objet n'est visible, c'est à peine s'il y a des meubles. L'espace et les personnages, voilà l'essentiel, et on en oublie la caméra: dès que la caméra est posée, Pedro Costa ne la déplace plus, et se concentre sur sa mise en scène et sur ces Capverdiens, qui parlent de leur quotidien.
„Les gens que je filme sont aussi mes amis“, affirme Pedro Costa en évoquant le 'contrat de confiance' qui devrait lier tout réalisateur à son oeuvre: une confiance inaliénable dans le film en train de naître et dans son absolue nécessité. Il laisse les gens parler avec leurs mots. Il se sent très proche de son personnage principal,, car tous deux vivent dans le passé: „La passé n'est pas là pour évoquer le changement, ou du moins l'aspiration au changement. On ne change pas de cap. Je veux rester sincère avec moi-même. J'étais heureux de rencontrer quelqu'un qui pense comme moi et qui voit les choses de la même manière. Je voulais que le sujet de mon film soit un homme sincère, dans une monde, qui ne l'est plus du tout. Un homme brisé.“Ce n'est pas particulièrement judicieux d'avoir programmé en fin de festival un film d'une telle qualité demandant tant d'énergie et de force de la part des spectateurs: ce film est exceptionnel et exige beaucoup d'attention et de concentration. Si les spectateurs sont épuisés, ils auront du mal à percevoir le message poétique et critique du film.
Nana A.T. Rebhan







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