Comment peut-on accepter d’incarner de Gaulle ?On se plaint de recevoir toujours les mêmes propositions, pour une fois qu’on m’offre un rôle aussi… hors norme ! La question n’était pas tant d’accepter que de savoir si c’était possible, si j’allais être crédible. Au début, j’étais enthousiaste, puis totalement
sidéré, juste avant d’avoir envie de partir en courant ! C’est sûr qu’après les Taxi, c’est un sacré virage à 360°. Il faut que je rende hommage à Jean-Pierre Guérin et Bernard Stora parce qu’ils ont eu un vrai courage, d’abord de faire ce film, ensuite de le faire avec moi, un acteur surtout connu pour des comédies. Ils ont fait preuve d’une grande confiance. Ils ont senti qu’on pouvait me demander autre chose, une autre couleur. C’est sacrément stimulant ! Alors je me disais : “Mon garçon, il faut y aller, il faut tenir !” 50 % de vanité et 50 % d’inconscience, c’est ce qui m’a décidé.
Quelle difficulté rencontre-t-on pour interpréter une telle figure historique ?
D’habitude, on vous donne un scénario avec un canevas de personnage. En tant qu’acteur, vous l’abordez avec votre imagination pour lui donner corps et composer le personnage final. Avec Le Grand Charles, le personnage existait déjà. Il m’a donc fallu faire le processus inverse, trouver une autre façon d’ancrer la part de fiction. Heureusement, la période choisie, parce qu’elle est méconnue, permettait d’ouvrir un champ d’imaginaire. Personne, à part quelques proches, ne sait exactement ce que de Gaulle faisait à La Boisserie, comment il vivait…, non pas dans l’intimité mais au quotidien. C’est en cela que le projet est passionnant : dévoiler par la fiction le quotidien d’un homme d’exception.
La confrontation avec les images d’archives représentait-elle une difficulté supplémentaire ?
À l’évidence, j’étais battu d’avance par la comparaison ! Tout le travail a consisté à me débarrasser d’une certaine solennité vers laquelle j’étais tenté d’aller vu l’importance du personnage, pour rentrer davantage dans le quotidien de ses gestes, de ses inflexions, de ses accents, mais sans jamais chercher à les imiter, à les caricaturer. Je crois que, grâce à toute l’équipe, nous avons réussi à trouver une forme d’alchimie pour créer ce que j’appellerais une “illusion convaincante”.
Comment vous êtes-vous préparé ?Ça a été un long travail de documentation : lectures, archives, entretiens…, que j’ai
utilisés en permanence pour “colorer” le personnage. Par exemple, son fils raconte
comment de Gaulle se tenait assis, un peu raide, en bougeant les bras à ras des accoudoirs. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est le genre de comportement que j’intègre, que j’oublie et qui, au moment du tournage, m’échappe soudain. J’ai puisé ainsi un nombre incalculable d’informations. Mais la source principale reste le scénario extrêmement précis, extrêmement documenté, extrêmement bien écrit, de Bernard Stora. Ensemble, nous avons énormément travaillé le texte. Au fond, j’ai joué ce personnage tel qu’il était écrit
Quelle influence le maquillage a-t-il eu sur votre interprétation ?
Je tiens à souligner, puisque vous m’en donnez l’occasion, le travail magnifique de
Dominique Colladant et de son assistant Pascal Thiollier, avec lesquels j’ai passé trois heures, tous les matins du tournage. De de Gaulle, j’avais un peu la silhouette, et, grâce à leur talent, j’ai pu approcher son visage. Ce fut une aide très précieuse pour moi. Elle m’a permis d’oublier mon propre visage pour mieux coller au personnage. Il y a eu également le travail avec Alain Zaepffel, professeur au Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Grâce à lui, j’ai retravaillé les fondamentaux un peu délaissés : respiration, exercices vocaux, etc.






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