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Cannes 2007 - 11/09/08

Bilan du palmarès



Soixante printemps et la vie continue

Les soixante printemps de Cannes ont été marqués par la plus belle sélection de films qu’un festival international puisse rêver. De fait, tout au long de l’événement, les rumeurs du public qui envisageaient les potentiels gagnants furent moins nombreuses qu’à l’accoutumée, embarrassées de la qualité qui se succédait sur les écrans chaque jour.

Hier soir il était entendu que le Jury, un consortium d’artistes de fortes personnalités dirigées par Stephen Frears, avait beaucoup souffert pour déterminer ses prix. Mais l’audace accouplée à la justesse de regard a tranché, la palme d’Or attribuée à Cristian Mungiu pour «4 mois, 3 semaines et 2 jours» résonne comme une conclusion parfaite. A travers elle il s’agit également d’une reconnaissance du nouveau vivier que constitue aujourd’hui le cinéma roumain, fer de lance d’un cinéma d’auteurs énergiques (tels Cristi Puiu, Corneliu Porumboiu) et protéiforme. Le film consacré de Cristian Mungiu s’apparente à une veine dure et sans concession dans l’examen de la société roumaine post-Ceaucescu. Il suit le trajet d’Otilia et Gabita pour un avortement clandestin terrifiant, qui souleva les cœurs des spectateurs en tout début de compétition. D’une grande maîtrise (scénario, mise en scène et interprétations impeccables), «4 mois, 3 semaines et 2 jours» est aussi une œuvre particulièrement fauchée (un budget de 600.000 euros) ayant d’autant plus de mérite à être auréolé d’or, la preuve comme le confirma Cristian Mungiu sur scène qu’il est possible de concrétiser des histoires simples et fortes sans stars.

Le Grand Prix décerné à « Mogari no mori » de la japonaise Naomi Kawase, le prix du 60ème anniversaire pour « Paranoid Park » de Gus Van Sant ou encore le prix du Jury pour « Lumière silencieuse » de Carlos Reygades (ex-aequo avec « Persepolis » de Majane Satrapi et Vincent Paronnaud) certifie l’intérêt du Jury à plébisciter les œuvres fragiles, novatrices, aux limites du champ expérimental et d’un formalisme toujours accompli. Comme l’a exprimé de manière très émouvante Naomi Kawase lors de la remise des prix, ces films ont en commun de chercher « une vérité que l’on ne peut pas voir, un vérité impalpable, dans le domaine de l’invisible».

Le prix d’interprétation féminine fut attribué à l’actrice Coréenne Jeon Do-yeon dont l’éclat dans « Secret Sunshine » de Lee Chang-dong (un drame admirable, à la fois fin et brutal) surpassa de manière assez évidente celui de ses concurrentes. Konstantin Lavronenko est quant à lui le lauréat masculin pour son rôle sombre dans « Izgannie » du russe Andreï Zvaguintsev et ceci aux dépends par exemple de la performance de Javier Bardem dans « No country for Old men » des frères Coen ou encore de Jake Gyllenhaal dans « Zodiac » de David Fincher, tant il est vrai que le Jury s’est dédouané de manière un peu systématique à décerner quelconque récompense au cinéma américain grand public.

Enfin, si le prix du scénario est revenu au cinéaste allemand Fatih Akin donnant une assise méritée à son statut international avec « Auf der anderen Seite », la seule note qui fera débat concerne le prix de la mise en scène délivré à Julian Schnabel pour « Le scaphandre et le papillon », un film qui engagea les pour et les contre pendant toute la quinzaine de cette compétition où beaucoup d’autres œuvres méritantes sont naturellement restées sans récompenses. Il n’en demeure pas moins qu’à tous les niveaux le festival de Cannes à célébré son anniversaire dans le cadre d’une extrême concentration et d’une grande générosité autour de ce qui l’anime de manière vibrante, un amour indéfectible pour cinéma.

Olivier Bombarda


Les soixante ans du Festival de Cannes: une preuve que le cinéma et le Festival se portent bien!

On ne pouvait guère espérer mieux pour les soixante ans du Festival: une programmation convaincante, une forte représentation des stars et de l'industrie du cinéma, une quinzaine harmonieuse et détendue, indubitablement sous le signe du film d'art, et enfin, un jury compétent aux décisions pertinentes. Certes, dans cette compétition très relevée, aucun film n'était particulièrement favori, mais l'attribution de la Palme d'Or à „4 luni, 3 saptamini si 2 zile“ (4 mois, 3 semaines et 2 jours) ne devrait donner lieu à aucune discussion. Il en va de même pour le prix de la mise en scène décerné à Julian Schnabel pour sa réalisation maîtrisée et esthétiquement très réussie („Le scaphandre et le papillon“) , ainsi que pour le prix du meilleur scénario pour le film de Fatih Akin « De l'autre côté », qui était d'ailleurs le favori du public. Dès la première, le film d'Akin fut particulièrement salué pour son rythme singulier et la parfaite construction de son récit composé de plusieurs strates. Akin, qui est un conteur par excellence, fait usage avec brio du principe du montage en parallèle de différentes histoires, sans jamais perdre le fil de sa narration. Il a d'ailleurs également obtenu, parallèlement à la compétition, le Prix Oecuménique.

Moins consensuelle est l'attribution du Grand Prix du Jury -le deuxième par ordre d'importance- à „Mogari No Mori“ de Naomi Kawase, la réalisatrice japonaise. Cette oeuvre magnifiquement filmée, mais surchargée par des métaphores de la nature et des messages bouddhistes, sacrifie une part de son intensité aux redondances et démonstrations didactiques.

Toutes les tentatives journalistiques de trouver un dénominateur commun à ce Festival, ou de lui attribuer un thème général, sont vouées à l'échec tant la programmation fut variée et exigeante. Une quelconque qualification globale serait de tout façon vaine car, outre les grands maîtres du cinéma que l'on peut rencontrer ici, que ce soient Alexander Sokurov, Kim Ki-duk, Gus Van Sant, Quentin Tarantino ou encore les frères Coen (qui sont certainement repartis les mains vides parce qu'ils ont déjà tant gagné), on peut aussi découvrir des films magnifiques tel que „Secret Sunshine“ du Sud-Coréen, encore inconnu chez nous, Lee Chang-dong.

Sa critique de la société coréenne, de l'ignorance larvée d'un peuple tourné vers la production industrielle et d'une forme d'auto-discipline poussée à l'excès, est portée par l'histoire émouvante d'une jeune femme dont l'enfant est enlevé puis assassiné. Heureusement, le jury fut clairvoyant et décerna le prix de la meilleure interprétation féminine à Do-Yeon Jeon.

On se félicite aussi de la décision du jury de ne pas choisir l'habituel blockbuster comme film d'ouverture - „Ocean’s Thirteen“ avec sa pléïade de stars fut projeté en milieu de festival -, mais de mettre plutôt d'emblée l'accent sur le cinéma d'art avec „My Blueberry Nights“ de Wong Kar Wai.
On regrettera seulement que le film de clôture de Denys Arcand, „L’âge des ténèbres“, ne fut pas de la qualité de ses précédentes productions.

Hormis la conférence de presse du film anniversaire „Chacun Son Cinéma“ et le coup de sang plutôt revivifiant de Roman Polanski, en réaction aux questions niaises et effectivement agaçantes des journalistes (« Aimez-vous Cannes? », « Aimez-vous le cinéma? »), il n'y eut pas le moindre scandale lors de cette édition.

Et pourtant, Asia Argento, l'éminente ambassadrice des films troubles et érotiques, était à l'affiche de trois films, mais même les baisers langoureux fait au doberman, dans le décevant „Go Go Tales“ d'Abel Ferrara, furent bien trop insignifiants pour susciter un scandale ou un débat.
C'est d'ailleurs certainement la seule chose que nous puissions reprocher au Festival de cette année.

Thomas Neuhauser

Tous les gagnants du 60éme Festival de Cannes

Edité le : 28-05-07
Dernière mise à jour le : 11-09-08