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> 24 février > Bill Morrison

Vendredi 24 février 2006 à 14.30 - 14/02/06

Bill Morrison

« Les courts métrages de Bill Morrison sont des fragments de beauté violente, pleins d'images fantomatiques soumises à la solarisation, à la tireuse optique et à d'autres manipulations qui les font ressembler aux images furtives qui peuplent notre imaginaire. Des baleines, des trains, des projecteurs de cinéma et des autoroutes sont ainsi transformés en d'étourdissantes et hypnotiques méditations sur l'histoire et la mémoire, le destin et l'intervention humaine » (Los Angeles Weekly).

Né à Chicago en 1965, Bill Morrison a étudié la peinture à la Cooper Union School à New York, où il vit et travaille depuis 20 ans. D’abord attiré par le cinéma d’animation, il se tourne assez rapidement vers le cinéma expérimental, qu’il envisage avec une approche et une sensibilité de plasticien. Bill Morrison travaille à partir de pellicules de films anciens glanés dans les fonds d’archives, dont les photogrammes en décomposition lui servent de matériau de base. Ces images sont ensuite retravaillées à la tireuse optique et soumises à diverses techniques (solarisation, effets stroboscopiques, morphing...) qui permettent de sublimer les caractéristiques plastiques et poétiques de la pellicule.

Le travail de Bill Morrison repose sur une réflexion autour de la disparition/réapparition des films ; en redonnant vie à des films oubliés, Morrison pose la question du sens de l’histoire, mais aussi celle du passage du temps et de la mémoire des images. En somme, il questionne l’essence même du cinéma et son rapport à la vie.

« I love to shoot. I love to collect footage. But the issues that I am interested in were better addressed through other people’s footage, through footage I’d found, in the way I’d come to them and how they had come to me. That put me at a place in time over a hundred years rather than over a hundred hours. It had more to do with removing myself, removing my hand, removing my eye in a certain way and just bringing a sensibility which was a gatherer, a collage of everything that’s happened, that’s been recorded and everything in referencing the people that recorded them, and therefore referencing all the things in our own lifetimes that we could have known, their memory.

(...) Film, when it decays, can decay in quite engaging ways and in a way that expresses something to me that goes way beyond the idea of trying to express the idea of “the evolution of man is the evolution of media” or something, like this “big idea” thing, but just the very notion that time is passing, we can’t slow it down, we can’t hold it down, it is an inexorable process forward, that’s rather tragic, that’s rather sad, it also can be very beautiful, there is nothing we can do about it and we have to sort of enjoy the ride or accept it for what it is. » *

« J’adore filmer. J ‘adore collectionner des images d’archives. Mais les questions qui m’intéressent se trouvent d’avantage dans les archives des autres, dans les archives que je trouve par hasard, et dans la façon dont je les trouve ou dont elles viennent à moi. J’occupe alors une place dans l’échelle temporelle qui pourrait se calculer en centaines d’années plutôt qu’en centaines d’heures. Je deviens alors une sorte d’assembleur, je fais des collages avec tous les événements écoulés, tout ce qui a été enregistré et qui fait référence aux personnes qui l’ont fait, et par là même, à tout ce que nous avons nous mêmes vécu et qui s’y rapporterait … à la mémoire en quelque sorte.

(...) Une pellicule se dégrade de différentes manières, toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Cette dégradation exprime quelque chose qui, pour moi, va bien au-delà de cette grande idée de l’évolution simultanée de l’homme et des médias. Elle exprime avant tout la notion initiale du temps qui passe, inexorablement. C’est une idée certes triste ou tragique, mais qui peut être aussi très belle. Nous ne pouvons rien y faire sauf accepter de prendre du plaisir au voyage ou l’accepter simplement pour ce qu’il est. »

Depuis maintenant plus de dix ans, Bill Morrison collabore régulièrement au Ridge Theater de New York, une compagnie de théâtre dont les scénographies intègrent aussi bien la photographie, les films, l’opéra ou la musique orchestrale.
Sans dialogues ni voix-off, les films de Bill Morrison font partie intégrante de ces spectacles multimédias et sont accompagnés d’une bande-son composée et orchestrée par des musiciens comme Michael Gordon, Bill Frisell, et Basel Sinfonietta.

* Bill Morrison. Propos recueillis par Pip Chodorov pour Court-Circuit (le magazine), février 2005.


  • Filmographie

1989 - Reserection (16mm, n&b, 9 min)
1990 - Night Highway (16mm, n&b, 7 min)
1991 - Lost Avenues (16mm, n&b et couleurs, 6 min)
1992 - Footprints (16mm, n&b et couleurs, 6 min)
Photo Op (16mm, n&b, 5 min)
1993 - The Death Train (16mm, n&b, 17 min)
1994 - The World is Round (16mm, n&b, 5 min)
1995 - Nemo (16mm, n&b, 6 min)
1996 - Vigneti (vidéo, couleurs, 4 min)
Moda (vidéo, n&b, 7 min)
Nine Days North (16mm, n&b, 7 min)
The Film of Her (35mm, n&b, 12 min)
1997 - Another Sky (16mm, n&b, 9 min)
Big Non's Last Scrabble Game (vidéo, couleurs, 17 min)
2000 - Ghost Trip (35mm, n&b, 23 min)
Trinity (35mm, n&b, 12 min)
2002 - Decasia (35mm, n&b, 67 min)
2003 - The Mesmerist (35mm, couleurs, 16 min)
2004 - Light is Calling (35mm, couleurs, 8 min)


  • À consulter

À propos de Bill Morrison...

« Les films de Bill Morrison. Notes sur l’imaginaire de la ruine au cinéma. » par André Habib
Hors champ présente : « Les films de Bill Morrison. Le temps décomposé » par André Habib
Bill Morrison à la Maya Stendhal Gallery
Filmographie, installations et articles référencés

À propos d’autres cinéastes travaillant avec de la pellicule abîmée...

Peter Delpeut
Jürgen Reble
Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi
Gustav Deutsch

Et d’un photographe...

Eric Rondepierre


  • À lire

« Le goût de l'archive » par Arlette Farge, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points. Histoire ».
« Esthétique de l’éphémère » de Christine Buci-Glucksmann, Paris, Édition Galilée, 2003.

Edité le : 14-02-06
Dernière mise à jour le : 14-02-06