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Une nuit. Tandis que la guerre civile fait rage entre les sexes, Lily, jeune femme déguisée en garçon, conduit une voiture à pleine vitesse. Arrêtée à un barrage, elle assiste à l’exécution d’un groupe de femmes. Bientôt prise pour cible, Lily, la peur au ventre, s’enfuit à travers champs. Au moment où elle s'allonge enfin pour se reposer, elle aperçoit un mille-pattes, une mante religieuse et une licorne. Cette dernière la guide dans une grande maison. Là, elle trouve une vieille femme en train de parler à un rat, un soldat mort, des enfants nus, ainsi qu’un jeune androgyne et sa sœur…Alice au pays des rêves
Fenêtre ouverte sur l’anticipation et sur l’onirisme, éclairé par le grand chef opérateur d’Ingmar Bergman Sven Nykvist, Black moon est un véritable ovni cinématographique. Quasiment muet, le film ne raconte pratiquement pas d’histoire. Tout le pari du scénario repose sur un savant mélange d’images et de scènes obscures, d’une beauté toujours tendue et d’un charme ensorceleur. En convoquant l’absurde et le merveilleux, en multipliant les symboles et les références croisées (Tristan et Iseult ou La guerre de Troie), Louis Malle aurait pu réaliser un film pompeux ou ennuyeux. Il n’en est rien. Le résultat est une vibrante composition picturale, une constellation visuelle sans quivalent au cinéma sinon peut-être Alice ou la dernière fugue (1977) de Claude Chabrol. Toute la réussite de Black moon repose sur l’audace de ses partis pris et l’impressionnante harmonie qui s’en dégage. Dédié à la mémoire de l’actrice Thérèse Giehse, tourné dans la maison de campagne de Louis Malle, le film est porté d’un bout à l’autre par Cathryn Harrison. Elle incarne à merveille le personnage de la femme enfant caressée par les mains du maître jardinier et chanteur d’opéra Joe Dallesandro, tout droit sorti de la trilogie érotique de Paul Morrissey.
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