(Mang Jing)De Li Yang
(Hongkong,/Chine/ Allemagne, 2002, 92 min)
Avec Li Yi Xiang, Wang Shuang Bao, Wang Bao Qiang
Compétition officielle Berlin 2003: Ours d'argent de la meilleure contribution artistique pour Li Yang

Synopsis : Un matin d'hiver, dans une des mines pauvrement équipées du nord de la Chine, Song et Tang commencent une autre journée de labeur avec le frère de Tang, Chaolu, arrivé quelques jours plus tôt. Dans les profondeurs de la mine, Tang et Song tuent Chaolu, maquillent leur crime en accident et touchent une prime destinée à la famille de la victime. Ils s'en vont et fiers de leur combine cherchent une nouvelle victime. Tang trouve alors un jeune paysan de seize ans, Yuan, innocent et doux, qu'ils font passer pour le neveu de Song.
Critique : Personne ne saurait remettre en question le fait que Li Yang a sans doute risqué sa vie comme il le prétend pour réaliser Blind Shaft, un film à mi-chemin entre un documentaire sur les mines illégales de charbon en Chine et une fiction sur cette misère qui étouffe la conscience. Ce qu'il avait à dire n'a sûrement pas été du goût des autorités chinoise qui ont interdit sa sortie. On peut néanmoins se demander si malgré son courage, il a bien choisi son moyen d'expression. Malgré le fait que Blind Shaft ne possède aucune qualité de mise en scène et aucun style, il se révèle pénible à suivre et presque impossible à apprécier. Les séquences sont tout juste assez lentes pour être douloureuses sans être intéressantes. Les personnages, un duo de mineurs sans culture ni morale qui cherchent des victimes pour gagner de l'argent, ne soulèvent jamais ni intérêt, ni compréhension. La réflexion sur la cupabilité et la misère peut-être échafaudée dans une optique qui se voudrait dostoievskienne ne va pas bien loin L'image crasseuse et mal cadrée paraît totalement dénuée de couleurs et de vie hormis des vieilles toiles sales de bâche plastique au milieu de la poussière et des cailloux et donne au film un grain sale absolument dénué de toute signification.
Delphine Valloire 
Synopsis: Song (Li Yixiang) et Tang (Wang Shuangbao), de pauvres bougres qui s'échinent dans une mine de charbon très dangereuse au cœur de la Mongolie, montent un plan diabolique : ils abordent dans la rue des jeunes en mal de travail et leur promettent un boulot dans la mine. Seule condition : falsifier leurs papiers et se faire passer pour des parents à eux. A peine nos deux comparses ont-ils réussi à attirer un jeune dans la mine qu'ils le tuent et exigent du directeur la prime promise à la famille de la victime. Tel est le sort qui attend Yang, un gamin de 16 ans. Mais Song se découvre les sentiments d'un père pour ce garçon…
Critique: Au petit jour, des silhouettes grisâtres sortent d'un pas lourd d'un réduit et émergent dans un paysage lunaire de carrières et de mines. Ils sont trop las pour parler, leurs rituels matinaux sont monotones et sans vie. Li Yang, qui a fait des études de réalisation à Cologne puis tourné trois films en Allemagne, commence son film par des images proches du documentaire qui trahissent un sens aigu de l'observation. A mesure que les deux hommes descendent au fond de la mine et que la lumière s'amenuise, on pressent que leur rude vie de mineurs s'achèvera 'au fond du trou'. 8000 mineurs périssent chaque année dans les mines de charbon en partie privatisées de Mongolie. L'une des mines où le cinéaste tournait à 700 mètres sous terre s'est même effondrée, emportant sous les décombres de nombreux mineurs. On comprend donc pourquoi les autorités chinoises ont interdit la sortie du film, pourtant inspiré d'un livre à succès sur une histoire vraie. Une scène de karaoké a sans doute aussi influencé cette décision : les deux anti-héros flanqués de deux prostituées chantent l'hymne du socialisme, mais avec des paroles modifiées glorifiant ironiquement le capitalisme. Li Yang observe très finement ce milieu des mineurs, sans prendre de gants pour décrire les effets pervers de la modernisation en Chine. Il nous montre un capitalisme effréné à l'orientale, où les gens du plus bas de l'échelle sociale sont avides de travail, d'argent, de sexe et d'un peu de bonheur. La compassion dont ils ne sont plus capables s'éveille en nous à la vue de leur misère. Celle de Song notamment, figure tragique du film, parti pour gagner de quoi payer les frais de scolarité de son fils afin qu'il ait un jour une vie meilleure, et qui devient lui-même le meurtrier d'un garçon qui pourrait être son fils. Pourquoi m'apitoyer sur les autres puisque personne n'a pitié de moi, clame Song. Cette compassion perdue, il finit tout de même par la retrouver, d'une façon à la fois tragique et bouleversante. Y aurait-il une lumière au bout du tunnel…?
Martin Rosefeldt






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