C'est le dessinateur Blutch qui préside la 37ème édition du Festival International de la BD d'Angoulême. Blutch qui a fait ses classes dans la section illustration de l'École des Arts Décoratifs de Strasbourg a été mis en lumière dès 1988 par le mensuel Fluide Glacial. Il est aujourd'hui l'un des dessinateurs les plus doués de sa génération. Peu disert, grinçant et volontiers cynique, l'illustrateur se dit étonné d'avoir réussi à faire du dessin son métier. A l'occasion du festival, Blutch présente également une exposition "Sans Planches", plus de 200 dessins- croquis et illustrations- très loin de la BD traditionnelle. L'occasion de découvrir tous les styles maitrisés par Blutch et son magnifique coup de crayon. Christophe Brunella, envoyé spécial d'ARTE Journal à Angoulême, a rencontré le maître de la BD à la française.
Mais qui est Blutch ? Un poseur ? Un sergent ? Un penseur ? Blutch ne s'est manifestement jamais remis de ses lectures de jeunesse. Espiègle, il est là où on ne l'attend pas, toujours de l'autre côté. Il débute sa carrière -qui n'en est pas une- à la fin des années 80 dans Fluide Glacial et poursuit depuis son bonhomme de chemin avec virtuosité et poésie. Dessinateur puissant, Blutch n'hésite pas à aller au charbon, à mettre la gomme, à la jouer fine, quitte à repousser les frontières de la BD comme dans "La Beauté", son dernier livre paru en 2008. A 42 ans et après 20 ans de parcours, il redoute toujours autant la redite. D'un livre l'autre, Blutch est metteur en scène, caricaturiste ou explorateur du sensible. Le style se démultiplie, la narration se réinvente. Sans cesse. Et le grand prix de la ville d'Angoulême reçu l'an dernier n'y changera rien. Au contraire : "le fait qu'un auteur comme moi qui soit un peu erratique reçoive un prix comme ça important ne peut faire que me conforter dans cette direction que j'ai pris même malgré moi. En fait, je réalise que ce métier c'est presque comme un job d'été qui a mal tourné."