Bob Andy est l'un des grands pionniers de la musique jamaïcaine. Une carrière de presque un demi-siècle, avec un chef d'œuvre précurseur du reggae roots enregistré à 23 ans dans le mythique Studio One : le Bob Andy' Songbook. En 62, la Jamaïque est libérée de la tutelle britannique qui occupait l'île depuis trois siècles. Un monde encore façonné par l'esclavage dont il fut la plaque tournante dans les Amériques. La fierté jamaïcaine, ce sont les marrons, les esclaves rebelles des montagnes, qui ont conservé des traditions africaines. Parmi elles, l'énorme tambour Burro au centre de la musique rasta et bientôt du reggae. Bob Andy est l'un des artisans de ce nouveau son qui va ouvrir la voie au Reggae. En 63, il monte avec des copains de collège ce qui va devenir le plus grand groupe vocal de Jamaïque: The Paragons. Lorsque les Paragons engagent un nouveau chanteur, le mythique John Holt, Bob entame une carrière solo. En pleine explosion du rocksteady, il sort son "Songbook" et écrit des chansons pour les plus grands, comme Ken Boothe.
Solo, il ne le reste pas très longtemps. En 70, il forme un duo à la scène et dans la vraie vie avec l'une des grandes divas du reggae, Marcia Griffiths qu'il avait vue chanter à Studio One en 64, quand elle n'avait que 14 ans ! En 75, Marcia Griffiths devient l'une des I-Three, les chanteuses qui entourent Bob Marley. Bob Andy entame des tournées mondiales qui le mènent jusqu'au Japon, où il ouvre,le premier sunsplash, l'un des plus grands festivals de Reggae au monde. Soudain, Bob Andy disparaît.
Bob Andy : "ça me faisait chier de me lever tôt le matin, de courir pour me retrouver dans un endroit où on me mettait de la poudre sur le visage et puis de sauter sur scène. Je me suis bientôt rendu compte que c'était pas ça qui me plaisait dans la musique. Et puis, j'ai perdu mes illusions dans ce business. Alors je me suis inscrit à un cours d'art dramatique, j'ai appris à jouer au tennis et j'ai fait les choses que j'aimais faire, comme nager tous les jours."
Bob change de vie. En 80, il est la star d'un des rares films jamaïcains de l'époque : "Children of Babylon". Il y joue le rôle d'un rasta séduisant une riche touriste américaine. C'est la belle vie. Durant toutes ces années, Bob est de tous les combats. A Gdansk en Pologne en 89, il participe à un concert pour le syndicat "Solidarité". Mais sa grande mission, c'est la reconnaissance des droits bafoués des musiciens, pour lesquels il a monté une organisation de défense en Jamaïque et engagé des avocats. Pour éviter d'être encore roulé dans la farine, il a monté son propre label, I-Anka qui sort ses disques depuis 20 ans.
Bob Andy : "Les gens qui ont donné naissance à ce qui est devenu cette fameuse musique jamaïcaine étaient des pauvres. Et dès que ces pauvres se sont mis à gagner du fric, partager aurait été pour eux ralentir la course au sommet. On le savait tous, on l'avait appris des blancs : plus t'es riche, plus t'as de pouvoir. Alors rien à foutre si ça veut dire écraser tes semblables. Mais tout ça pour quoi faire ? Jusqu'où je peux me gaver, m'empiffrer ? Moi, je suis aussi riche qu'un milliardaire !"
Liens
Livre
"Bass Culture, Quand le reggae était roi"de Lloyd Bradley traduit de l’anglais par Manuel Rabasse.
Editions Allia, 2005.
Avec Bass Culture, Lloyd Bradley livre l’histoire passionnante et passionnée de la musique jamaïcaine, avec ses arrière-plans sociologique, politique, économique et spirituel, depuis les sound-systems des années cinquante en passant par le ska et le rocksteady, jusqu’à l’explosion de Bob Marley et au-delà. Il y analyse l’évolution musicale d’un genre qui, prenant sa source dans le calypso, va acquérir son autonomie et devenir l’une des formes les plus originales et fécondes de la musique populaire contemporaine. Tous les grands protagonistes de cette aventure donnent ici leur témoignage : Prince Buster, Horace Handy, Bunny Lee ; on y croise les figures mythiques de Lee “Scratch” Perry, Peter Tosh, Jimmy Cliff et bien d’autres. Au-delà de la musique, c’est une culture paradoxale qui est ici décrite, aussi bien en Jamaïque qu’en Angleterre, où se mêlent extrême violence (les combats de rue des rude-boys) et profonde spiritualité.







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