Dans les temples de l’art et les manifestations annuelles artistiques, les «salons», on cultivait un pâle académisme, des nus mythologiques suaves, des beautés aseptisées, ornement idéal à la discrète honte de la bourgeoisie. Rien à voir avec les tableaux qui dévoilaient des femmes impudiques comme «l’Olympia» de Manet que Cézanne tenta encore de surpasser avec son «Olympia moderne».Edgar Degas, une autre célébrité de cette génération, atteint également des prix record. Plus de 26 millions d’euros pour une de ses danseuses aériennes. Si Degas flânait sur les scènes de la capitale, il en connaissait aussi les bas-fonds et croquait la vie des bordels, pour son plaisir personnel. Après sa mort, on trouva le reste d’une série de tableaux sur la vie privée des prostituées. De honte, son frère en détruisit une partie.
Personne n’a approché de plus près la réalité que le Comte Henri de Toulouse-Lautrec. Avec ses jambes difformes, c’est un marginal dans la société de son temps. Il montre dans sa peinture la tristesse des maisons de plaisir. Lautrec vit avec des prostituées, dort avec elles, mais souffre aussi de cette situation : si on peut acheter le sexe, on ne peut pas acheter l’amour. Le peu de tendresse dont ces femmes ont besoin pour survivre, elles vont le chercher chez d’autres femmes.
Quelqu’un d’autre a dû lutter contre les préjugés et l’incompréhension : l’espagnol Pablo Picasso. Jeune garçon, il fut initié au bordel. En 1907, à tout juste 26 ans, Picasso intègre ce type d’expériences dans un tableau dont on ne peut voir à la Kunsthalle de Tübingen que les esquisses préparatoires. Ses « demoiselles d’Avignon » sont un choc, une révolution : le premier tableau cubiste, l’icône de la peinture moderne. Si précieux que le musée d’art moderne de New York n’a pas voulu la déplacer pour l’exposition. Quand Picasso est devenu riche et célèbre, il achète une série des tableaux secrets de Degas sur les bordels. A 90 ans, Picasso fait un portrait de Degas, et le sien par la même occasion : un vieil artiste qui, entre avidité de vivre et peur de la mort, n’est plus qu’un observateur marginalisé.
Pablo Picasso
(Etude "Les Demoiselles d'Avignon")
1906/07, Musée Picasso, Paris
© Succession Picasso/VG Bild Kunst, Bonn 2004
Exposition
Bordell und Boudoir - Schauplätze der Moderne
Cézanne, Degas, Toulouse-Lautrec, Picasso
Du 22 janvier au 22 mai 2005
Kunsthalle Tübingen
Philosophenweg 76
72076 Tübingen
>> Le site officiel de la Kunsthalle de Tübingen
Catalogue
Bordell und Boudoir. Schauplätze der Moderne
de Götz Adriani
ISBN 3-7757-1503-7
est paru chez Hatje Cantz
>> Photos, extraits
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Metropolis
Samedi 19 février 2005 à 23h50
Rediffusion le 20 février à 18h05
Rédaction: ZDF
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