
Documentaire de Bernard-Henri Levy et Alain Ferari(France, 1994, 2h)
Un DVD Arte Vidéo
Commander le DVD

Synopsis : Peu après le mois d’avril 1992, où la ville de Sarajevo, située dans cette partie de l’ex-Yougoslavie qui est aujourd’hui la Bosnie, devient le théâtre d’un siège sanglant et implacable échafaudé par les troupes serbes, qui ont mis à leur disposition l’ex-armée de Tito, le philosophe Bernard-Henri Levy se rend sur les lieux, en compagnie d’une très petite équipe de tournage. Afin de dénoncer et de porter à la connaissance du plus grand nombre une situation apocalyptique et totalitaire, il filme en plusieurs temps ce qui deviendra un documentaire vindicatif et argumenté, qui exalte la résistance du peuple bosniaque autant qu’il fustige l’aveuglement ou la lâcheté du monde occidental en général, et européen en particulier.
Critique : Avec comme source d’inspiration, le film « Espoir » d’André Malraux, consacré à la guerre civile de 1936 en Espagne, et comme modèle de résistance et de vigilance les opposants à Franco, Bernard-Henri Levy a réalisé son premier film avec le souci de clarifier une situation le plus souvent drapée derrière le lieu commun du « brasier des Balkans », synonyme éternel de luttes et de confusion. S’inspirant du phrasé lyrique de Malraux, il commente lui-même le montage des séquences rapportées de Bosnie et livre un film précis et fort, où l’atrocité de ce qu’il montre est à la mesure de son emportement. Du phantasme de la Grande Serbie, propre au réveil des nationalismes libérés par la chute du communisme, à une obsession de la destruction des villes ou des populations, familières aux régimes fascistes, en passant par le syndrome de la pitié dangereuse, qui mue l’appui militaire en réflexe humanitaire, l’interventionnisme en diplomatie et le problème de la justice en affaire de charité souvent méprisante, tout est dit et fort bien expliqué. Bernard-Henri Levy n’hésite pas à traiter les casques bleus de « chèvres au piquet » et condamne cette incapacité contemporaine à penser la guerre, cette tendance avec « avoir de yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre ». Se mettant très peu scène (on est loin de la complaisance et du schématisme d’un Michael Moore), le philosophe met en lumière chaque enjeu essentiel, grâce à son statut d’observateur indépendant. Tout en ayant l’intelligence de ne pas confondre documentaire et réalisme, il rappelle de façon remarquablement nécessaire les écueils répétés de la soumission à la violence, à la stature du chef imposant ou à un ordre, et cette tendance à l’indifférence et à la fatalité qui a entaché l’histoire européenne.
Les Bonus : Hormis une fiction singulièrement ratée (« Le Jour et la nuit » en 1997 avec Alain Delon), BHL n’est plus revenu au cinéma depuis « Bosna ! ». C’est dire l’importance de ce film dont la mise en chantier, au départ, ne relevait pas de son fait. Dix ans après, dans une interview d’une heure présente sur ce DVD, l’homme de lettres revient sur ce film et sur la question essentielle de la survivance des luttes, de leur importance à l’épreuve du temps qui passe. Ayant aussi longuement accompagné son film, notamment lors de projections en ex-Yougoslavie, il revient également sur l’idée de la Bosnie comme territoire cosmopolite, multiculturel et transnational (après tout, on surnommait Sarajevo « la petite Vienne »), un idéal européen insupportable aux nationalistes de tout poil. Devant l’impuissance ou l’abandon, il rappelle également l’atout d’une caméra et le pouvoir des images, justifiant ainsi que sa démarche alarmante ait pris, à ce moment-là, la forme d’un film plutôt que d’une somme écrite. Julien Welter
-------------------
Bosna ! (DVD)
Documentaire de Bernard-Henri Levy et Alain Ferari
(France, 1994, 2h)
Un DVD Arte Vidéo
Commander le DVD
-------------------






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter