Formé à peine six mois auparavant, ce quartette atteignait son point d’orgue dès le concert donné dans le cadre du Festival de Dortmund, comme le relatent les témoins d’époque et les connaisseurs de la musique d’Anthony Braxton. Mais il faudra attendre le début des années 90 pour découvrir l’enregistrement en direct du WDR et l’éditer sur CD. Anthony Braxton a entamé sa carrière au sein de l’AACM de Chicago (Association for Advancement of Creative Musicians).
D’emblée, il s’est intéressé aussi bien à l’improvisation libre qu’aux structures de la composition. Il conçoit ses musiques de quartette comme « une grande plate-forme qui fait la démonstration d’une architecture en logiques stables, sur laquelle les musiciens traversent un réseau d’univers architectoniques, improvisent et interagissent ». Dans ses « Tri-Axium Writings » en quatre volumes, Anthony Braxton a fondé la philosophie d’une pratique musicale qui utilise diverses stratégies et qui, dans le cas des musiques de quartette, vise à intégrer éléments structurels préexistants dans la composition et influences sur l’improvisation.
Parallèlement au groupe « Circle » formé en 1971 avec Anthony Braxton, Chick Corea, Dave Holland et Barry Altschul, un quartette est créé avec le trompettiste Kenny Wheeler, mais ne commence à se produire régulièrement qu’à partir de 1974. En 1976, Wheeler est remplacé par le tromboniste George Lewis qui, tout comme Anthony Braxton avant lui, était passé par le moule de l’AACM de Chicago. Lors du concert donné à Dortmund, Braxton et Lewis puisent dans une expérience commune, étincellent par leurs idées, leur inspiration et leur enjouement. La musique de Braxton, que certains critiques taxeront parfois de cérébrale, développe ici une très riche sensualité.
En son centre figure la « dynamique d’interaction » recherchée par le compositeur, Anthony Braxton. En dépit des combinaisons de chiffres, lettres et signes cabalistiques qui émaillent les partitions, les morceaux surprennent par leur vitalité au fil de l’interprétation. Les structures répétitives, collages, fragments extraits de marches et thématiques post-bebop reflètent la diversité des éléments à suivre. L’utilisation de divers matériaux et la multiplicité des colorations sonores ouvrent des possibilités d’agencement musical qui dépassent de loin une conception traditionnelle du jazz.
En même temps, les enregistrements du quartette établissent un rapport bien réel avec l’histoire de la musique afro-américaine, soulignent la continuité de l’évolution par des dédicaces à Lou Donaldson et Leroy Jenkins et attestent par leur intensité ludique de l’attachement à la tradition. Anthony Braxton se révèle ici non seulement comme novateur dans sa pensée musicale, mais aussi – dans le prolongement d’une approche multi-instrumentale déjà privilégiée par l’AACM –, comme un instrumentiste en quête de sonorités et comme un improvisateur entraînant.
Texte : Bert Noglik
Quartet (Dortmund) 1976hatOLOGY 557
Antony Braxton – saxophones alto, contrebasse et sopranino ; clarinette Eb et clarinette contrebasse
George Lewis – Trombone
Dave Holland – Contrebasse
Barry Altschul – Batterie et percussion
Enregistré en direct le 31 octobre 1976 lors du festival « Jazz Life » à Dortmund






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter