Synopsis : Londres 1818. Un jeune poète de 23 ans, John Keats, et sa voisine Fanny Brawne commencent à se voir de plus en plus souvent. Leur idylle s’épanouit malgré des premiers contacts assez houleux. John trouve Fanny élégante mais effrontée tandis que Fanny n’est pas du tout impressionnée par la littérature. Mais la maladie du jeune frère de John va les rapprocher. Keats, touché par la sollicitude de Fanny, accepte de lui enseigner la poésie. Emportés par l’intensité de leurs sentiments, les deux jeunes gens irrémédiablement liés l’un à l’autre, découvrent l’amour…
Critique : L’œuvre de Jane Campion trace une ligne singulière dans le paysage du cinéma cinématographique. Son univers ne ressemble à aucun autre et cette « Etoile brillante » s’ajoute très naturellement, de façon organique à sa galaxie de films envoûtants (« Sweetie », « Un ange à ma table », « La leçon de piano »).
Héroïque, Jane Campion ose ici son sujet, envers et contre tout, avec un certain panache. Des costumes Régence, une histoire insoutenablement romantique qui déroule le destin tragique et les amours passionnées d’un poète mythique : autant se lancer à 200 à l’heure contre un mur de béton ! Entre l’armada de nanars inspirés de Jane Austen et un public de plus en plus cynique, il fallait avoir un certain courage pour se lancer dans une telle entreprise. De plus, Campion filme à sa manière, avec un toucher impressionniste presque pointilliste et transforme l’histoire en une expérience sensitive. Sur l’herbe trempée de pluie, la lumière devient tactile ; le grain d’un voile de coton est piqué d’une fine aiguille en gros plan, un coin de mur blanc cache l’objet de tous les désirs. « Sensualiste », elle saisit une atmosphère, un rythme de vie, un quotidien disparu, avec un instinct de peintre.

Bright Star
Un film de Jane Campion
Avec Ben Whinshaw, Abbie Cornish, Paul Schneider, Kerry Fox…
Compétition Officielle – Festival de Cannes 2009

Sans jamais perdre l’équilibre, la cinéaste néo-zélandaise ancre ce drame aux accents de tragédie grecque dans un quotidien capté au plus près : par les sens, elle construit un pont entre le passé et le présent, raccroche l’époque à l’intemporel. John et Fanny tremblent de leur premier baiser, se déchirent pour de simples malentendus, se croient seuls au monde à souffrir d’amour. Bien qu’il soit un grand esprit et un immense poète, John est aussi un amoureux transi et Fanny, une jeune fille qui aime les fringues et les jolis rubans. Cette histoire doit se répéter en ce moment même à Paris, Glasgow ou Tokyo et Christophe Honoré s’apprête peut-être à en faire une nouvelle trilogie. Déjà habité dans le rôle d’un Arthur Rimbaud dylanien en diable dans le « I’m not there » de Todd Haynes, Ben Winshaw incarne plus qu’il ne joue. Il a cette qualité indéfinissable, une sorte de photogénie extrême qu’on trouve chez les grands acteurs : terriblement vivant, présent à l’écran. Chacun de ses gestes dégage une justesse sidérante, sans pathos, sans excès, sans cette fausse intensité qui plombe certains des acteurs de sa génération. Aux côtés d’Abbie Cornish, en Fanny vibrante et fiévreuse, il dénoue avec justesse les bonheurs et les drames de ce début de passion, de cet « Innamoramento » en lente métamorphose. Cette chorégraphie de l’âme suit des codes puis s’en échappe, change de couleur, de respiration suivant les marées des sentiments. Le temps de « Bright Star » n’est pas le nôtre au propre et comme au figuré ; il se dilate, palpite ou disparaît… que ce soit le temps des mots, le temps de vivre, de mourir ou le temps d’aimer.
Delphine Valloire