« La tâche prioritaire était de dégager ce que nous avions en commun avec nos voisins et de trouver des moyens pour mettre à profit ces domaines d'intérêts communs. En essayant et en garantissant que cette démarche concerne toutes les instances de nos sociétés. C'est pourquoi j'ai créé en 1993 l'Institut de Berlin-Brandebourg pour la coopération franco-allemande de Genshagen. […]
« Nous devrions proposer ce que j'appellerais "le monde de Nabokov" en tant qu'alternative à la mondialisation. Nous devrions mettre l'accent sur la richesse de notre culture, en montrant combien cette richesse réside dans notre diversité. La culture "globale" n'est pas du tout en mesure d'en tenir compte. Or la culture européenne est fondée sur cette diversité.
Et j'ai l'impression que nous commençons à en être conscients. Les jeunes Européens sont en train de réaliser que nous sommes bien meilleurs dans certains domaines – par exemple au niveau des rapports hommes-femmes. Les États-Unis font référence à une guerre des sexes, alors que nous considérons que la dichotomie induite par ce concept est erronée. Je crois que nous avons justement plus de femmes d'influence et de pouvoir en Europe qu'aux États-Unis, parce que nous n'avons pas eu recours à cette notion de guerre. Mais, je le répète, ce ne sont pas les États-Unis qui posent problème. C'est plutôt nous qui avons un problème, qui ne nous engageons pas suffisamment pour devenir des Européens. […]
« L'Europe du Sud est européenne par nature. Les Néerlandais et les Britanniques font preuve d'un peu plus de distance. Les Britanniques aiment particulièrement s'identifier à la société globale, au pouvoir et à l'opulence que représente l'économie mondialisée. Mais ils sont aussi européens et ils peuvent apporter une contribution déterminante à la définition d'une nouvelle identité européenne, grâce à leurs traditions en matière de liberté individuelle. Nous avons tendance en Europe à considérer que l'État est un protecteur ; nous pourrions reprendre à notre compte un peu de cette irrévérence chère aux Anglo-Saxons par rapport à ceux qui nous gouvernent. […]
« Je suis très consciente du fait que l'Europe fait partie de la société globale – mais on ne peut pas être partout à la fois. C'est lorsque vous êtes conscient de votre propre identité que vous pouvez partir explorer le monde. »
| Extraits traduits en français de l'interview accordée en anglais par Brigitte Sauzay à l’Association internationale des interprètes de conférences (AIIC) en décembre 1999. |






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Brigitte Sauzay (Toulon 1947 - Paris, 2003), issue d’une famille de militaires du sud de la France, a été l’interprète de l’allemand vers le français de deux présidents de la République, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand avant que le chancelier Gerhard Schroeder ne la choisisse comme conseillère pour les affaires franco-allemandes en 1998.
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