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Venise 2008

Retrouvez toute l'actualité du festival de La Mostra 2008 : nos interviews, les sujets d'ARTE CULTURE, les critiques de film en avant première.

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Venise 2008

Venise 2008 - Film d'ouverture - Hors compétition - 04/09/08

Burn After Reading

Un film de Joel & Ethan Coen


( note Arte: 3 ) Soi-disant d’humeur badine, les frères Coen privilégient les teintes automnales de leur palette (***)

  • Exclusif : George Clooney et Brad Pitt
  • Trailer :  "Burn After Reading"
  • Conférence de presse : "Burn After Reading"

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Synopsis : C’est un mauvais jour pour Osborne Cox (John Malkovich) : ses supérieurs ont décidé de le limoger en raison de son alcoolisme. Il ne fait plus partie de la C.I.A., mais il n’a pas dit son dernier mot. Il décide même d’écrire ses mémoires, riches d’indiscrétions. Ses notes intéressent dans un premier temps son épouse Katie (Tilda Swinton), désireuse d’engager une procédure de divorce. Une maladresse va modifier le cours des évènements, puisque le document atterrit aussi dans les mains de Linda et Chad (Frances McDormand & Brad Pitt), modestes employés d’une salle de remise en forme… Au milieu, il y a Harry (George Clooney), époux mesquin et fieffé érotomane.

Critique : Passée la « crise de foi » d’un shérif qui n’espère plus en son pays (« No Country for Old Men »), les frères Coen recentrent le débat sur la crise de la quarantaine et le foyer domestique. George Clooney arbore même une chaîne en or autour du cou. Pour sa part, Frances McDormand ne se sent pas belle et vogue de déception en déception avec les hommes, jusqu’à devenir ce qu’on appelle vulgairement « une copine à homo » (son collègue, plutôt asexué et incarné par Brad Pitt, à qui il est imposé le supplice dit du « brushing de George Michael », période Wham ! et le tube « Wake me up before you go go »). Ravi de se faire les dents sur ce rôle sans âge, qui lui rappelle peut-être ses débuts dans la série « Dallas » à la fin des années 1980, la star récemment vieillie pour « Babel » et « L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford » fait feu de tout bois et constitue le clou du spectacle, qui n’en est pas vraiment un : entre facétie et amertume, Joel et Ethan Coen s’ingénient ici à nous faire éprouver un sentiment mêlé, qu’il serait dommage de ramener à la demi-teinte.

Ils insistent plutôt pour nous convaincre qu’il faudra attendre la fin de cette drôle d’histoire où se bousculent rencontres sur Internet, adultère et sécurité nationale, pour savoir s’il s’agit effectivement d’une farce ou d’une comédie plus noire. Distingué par un nœud abracadabrant et chaotique, où fitness et C.I.A. sont en bisbille, « Burn after Reading » est en réalité, et comme la plupart des films du tandem, très rond. Il veille toujours à retomber sur ses pattes. D’une déréliction moins monumentale que leur opus précédent auquel il ne manquera pas d’être comparé, fournée d’Oscars oblige, il produit une impression conséquemment moins forte, celle d’une screwball comedy apparemment plus familière et dérisoire. A ce titre, il constitue un challenge peut-être plus intéressant pour les Coen : continuer à jouer sur du velours, mais dans la géographie drapée de Washington, ses demeures agréables et aseptisées (celle de Harry et celle du couple Cox), un centre de fitness communément laid, un restaurant chinois ordinaire où Linda invite ses prétendants alpagués sur le Net, enfin les couloirs blancs et hygiéniques des bâtiments de la C.I.A., à peine rythmés par le cliquetis des talons d’un exécutant pressé. On est loin du « Grand saut » ou du kaléidoscope déployé au cours de « The Big Lebowski ».

Reine le temps de « No Country for Old Men », l’amoralité fait même place à un récit relativement probe, où les arroseurs se retrouvent immanquablement les arrosés. La curiosité peut émaner de cette mise à plat : le pathétique mesuré de Harry (George Clooney), les tailleurs stricts de Katie Cox (Tilda Swinton, impériale mais juste ce qu’il faut), ou les mesquineries entre mari et femme qui se révèlent sans même la découverte d’un CD contenant les informations top secret conservées par Osborne Cox (John Malkovich, toujours ectoplasmique, incarne cet ancien de Princeton au comportement vraiment délétère). Nonobstant l’existence du chef d’oeuvre « Miller’s Crossing » et ses envolées de feuilles mortes, on peut qualifier d’automnal « Burn after Reading », un titre qui tombe comme un couperet. Maris aveugles, amants médiocres et espions du dimanche sont ici des personnages humains trop humains, dans la lignée de « Fargo » et privés en tout cas de la capacité au délire caractéristique d’« Intolérable cruauté », cette autre comédie conjugale déjà oubliée des frères Coen. Harry, Katie et Linda n’auront d’ailleurs pas d’autre moyen que de classer la drôle d’affaire plutôt que de tirer les leçons de leur aventure : That’s all, Folks !

Julien Welter

Edité le : 02-09-08
Dernière mise à jour le : 04-09-08